Bordeaux: «L'influence des paquebots sur la pollution de l'air est négligeable», selon une étude indépendante

ENVIRONNEMENT Trois polluants ont été mesurés pendant deux mois sur les quais de Bordeaux, où stationnent les paquebots maritimes et fluviaux...

Mickaël Bosredon

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Paquebot de croisière passant sous le pont Chaban-Delmas, le 13 juin 2017 à Bordeaux
Paquebot de croisière passant sous le pont Chaban-Delmas, le 13 juin 2017 à Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes
  • L’organisme indépendant Atmo Aquitaine a mesuré les émissions de particule fine, dioxyde d’azote et dioxyde de soufre au niveau des quais, et les valeurs obtenues sont en dessous de la réglementation.
  • L’adjoint au maire Stephan Delaux assure que le trafic de ces paquebots à Bordeaux continuera de progresser, de manière raisonnable.
  • L’élu vert Pierre Hurmic se montre toutefois déçu que la campagne de mesure n’ait duré que deux mois.

Bordeaux Métropole et l’organisme indépendant de mesure de la qualité de l’air Atmo Aquitaine, ont présenté ce vendredi une étude très attendue, portant sur l'impact sur la qualité de l'air des paquebots maritimes et fluviaux, faisant escale sur les quais de Bordeaux. Voici ce qu’il faut en retenir.

Une étude sur deux mois

« Nous avons réalisé deux mois de mesure en avril et mai derniers, les deux mois où l’on avait potentiellement le plus fort trafic de paquebots, explique Agnès Hulin, responsable du service études et modélisation chez Atmo Aquitaine. Nous avons effectué les principales mesures à l’aide de notre laboratoire mobile, situé à proximité immédiate des quais, et nous avons mesuré trois polluants : les particules fines PM10, les dioxydes d'azote (NO2) et le dioxyde de soufre (SO2), particulièrement intéressant dans ce type d’études car les fumées des paquebots sont précisément suspectées d’émettre des émissions de SO2. Ces outils nous ont donné des mesures heure par heure. Pour voir jusqu’où la pollution peut aller, nous avons aussi placé de petits capteurs, laissés pendant une semaine et qui se sont imprégnés de polluants, ce qui nous a donné une concentration moyenne sur la semaine. »

Présentation de l'étude sur l'impact des paquebots sur la qualité de l'air à Bordeaux.
Présentation de l'étude sur l'impact des paquebots sur la qualité de l'air à Bordeaux. - M.Bosredon/20Minutes

Des valeurs en dessous des limites pour les trois polluants mesurés

Concernant le dioxyde de soufre - mesuré du 28 mars au 31 mai - « effectivement il est émis par les paquebots, mais nous avons relevé des concentrations extrêmement faibles, de l’ordre de 0,39 µg/m3 quand l’objectif de qualité fixe un seuil de 50 µg/m3 en moyenne annuelle. Et, comparé à d’autres sites urbains que nous mesurons, celui des quais de Bordeaux reste très inférieur en émission de SO2. »

Pour le dioxyde d’azote, qui est le polluant traceur de l’impact du trafic routier, il a été mesuré du 9 au 19 avril, et comparé à une autre station, celle du Grand Parc, il est assez similaire : 19,2 µg/m3 sur les quais, contre 11,6 µg/m3 à Grand Parc. « L’écart s’explique par l’influence du trafic routier sur les quais, assure Agnès Hulin. Il reste cependant en deçà de la valeur limite annuelle, de 40 µg/m3, et en dessous des valeurs limite des 200 µg/m3 par heure, puisque le maximum que l’on ait pu mesurer c’est 130 µg/m3. »

Sur les particules fines, deux pics ont été relevés, mais « ils étaient dus à la poussière, puisqu’il s’agissait de particules de sol qui venaient de la place des Quinconces. » Pour le reste, avec une moyenne de 22,5 µg/m3, « on est très en dessous de la limite journalière de 50 µg/m3. »

« L’influence des paquebots sur les trois polluants que nous avons mesurés est donc négligeable et le principal responsable de la pollution sur ce quai reste le trafic automobile », assure la scientifique. Les concentrations sont par ailleurs « plus faibles » que celles mesurées dans d’autres ports français (Nice, Toulon et Calais).

Un pic de pollution relevé le 11 avril

Atmo a quand même relevé un pic de SO2 et NO2, au moment du départ d’un paquebot le 11 avril. Il s’agissait en l’occurrence du Braemar.

Le paquebot Braemar, dans le port de la Lune à Bordeaux le 27 mars 2015
Le paquebot Braemar, dans le port de la Lune à Bordeaux le 27 mars 2015 - M.Bosredon/20Minutes

« Ce jour-là les vents provenaient du nord-est et notre laboratoire de mesure était sous les émissions des quais, explique Agnès Hulin. Cependant, ce pic était de 150 µg/m3 pour le SO2, quand la réglementation fixe un seuil de 350 µg/m3 à ne pas dépasser en valeur horaire, et de moins de 80 µg/m3 pour le NO2, quand la valeur à ne pas dépasser est de 200 µg/m3. Nous ne sommes donc pas dans des concentrations très élevées. » L’adjoint au tourisme Stephan Delaux a « l’intention de questionner l’armateur pour avoir des précisions sur l’équipement de ce bateau et lui demander s’il a prévu des aménagements ou des dispositifs sur ce bateau ou sa flotte. »

Les paquebots fluviaux un peu plus polluants ?

Un niveau plus élevé de dioxyde d’azote a été relevé au niveau du Hangar 14, où sont stationnés les paquebots fluviaux organisant des croisières sur la Garonne. « A ce niveau, nous sommes à 42 µg/m3, et cette valeur-là est liée à la présence de ces paquebots fluviaux », assure Agnès Hulin.

Le trafic des paquebots à Bordeaux continuera d’augmenter

« Le trafic des paquebots à Bordeaux est très limité - de l’ordre de 30 à 40 bateaux par an - notamment comparé au port de Marseille où l’on parle de 500 paquebots, rappelle Stephan Delaux. Nous avons le souci par ailleurs d’améliorer les conditions environnementales dans le port, et nous savons que les armateurs sont eux aussi dans une démarche environnementale et nous envoient des bateaux qui ne cessent d’évoluer sur la qualité des combustibles. Tordons définitivement le cou à ce qui se dit, qu’il y aurait beaucoup de pollution car on utiliserait du fioul lourd. Ce sont des contre-vérités, car on n’est que sur des fiouls allégés. Nous pensons donc qu’il y a encore une possibilité d’évolution du trafic à Bordeaux, dans une mesure raisonnable. »

« Dire aux armateurs les moins civiques qu’ils ne sont pas les bienvenus »

L'élu Vert Pierre Hurmic, qui avait fortement réclamé cette étude, en « prend acte » et se dit « satisfait. » Toutefois, l’élu regrette « qu’elle n’ait duré que deux mois, c’est un peu insuffisant, car si pendant ces deux mois il y a peu de bateaux polluants, cela ne traduit pas la réalité du phénomène. Il faut bien avoir conscience qu’il existe des paquebots plus ou moins vertueux. Il y a encore de vieux rafiots, notamment le Braemar qui date de 1993, et on est très inquiet car dans un an sera accueilli le Black Watch, qui est un vieux bateau de 1972, et qui appartient d’ailleurs au même armateur que le Braemar. Nous ne sommes donc pas pour les renvoyer tous, mais il y a des armateurs plus ou moins civiques, et la ville de Bordeaux pourrait leur dire qu’ils ne sont pas les bienvenus. »