Huile de palme: L’agroalimentaire et les cosmétiques sont encore loin de l’objectif «zéro déforestation»

DEFORESTATION Dans un rapport paru ce mercredi, Greenpeace s’est penché sur les pratiques de 25 producteurs d’huile de palme…

Fabrice Pouliquen

— 

Photo aérienne d'une plantation d'huile de palme dans une réserve pourtant protégée sur l'île de Sumatra en Indonésie.
Photo aérienne d'une plantation d'huile de palme dans une réserve pourtant protégée sur l'île de Sumatra en Indonésie. — JANUAR / AFP
  • Greenpeace a examiné les activités de 25 producteurs d’huile de palme dont les pratiques contribuent à la déforestation en Indonésie.
  • L’ONG a révélé que douze grandes marques de l’agroalimentaire et des cosmétiques se fournissaient en partie auprès de ces producteurs.
  • Pourtant, l’ensemble de la filière, des producteurs d’huile de palme aux industriels qui utilisent cet ingrédient, s’est engagé à une politique « zéro déforestation ».

Colgate-Palmolive, General Mills, Hershey, Kellog’s, Kraft Heinz, L’Oréal, Mars, Mondelez, Nestlé, PepsiCo, Reckitt Benckiser et Unilever… Si on lit ainsi cette liste, il est difficile de trouver un point commun à ces douze multinationales de l’agroalimentaire et des cosmétiques.

C’est Greenpeace qui établit le lien dans son enquête intitulée « Le compte à rebours final » et publiée ce mercredi. Ces douze grands noms utilisent de l’ huile de palme dans leurs produits qu’elles se procurent en partie auprès d’au moins vingt producteurs qui contribuent à la destruction des forêts tropicales en Indonésie.

130 000 ha de forêt détruits par ces 25 producteurs en trois ans

Pendant plusieurs mois, en combinant images satellitaires, plaintes déposées, rapports passés et enquêtes sur le terrain, Greenpeace a passé au crible les activités de 25 producteurs d’huile de palme en Indonésie. « Ces 25 producteurs, nous étions sûrs qu’ils contribuaient à la déforestation », explique à 20 Minutes Cécile Leuba, chargée de campagne et forêts chez Greenpeace France. Et pas qu’un peu. Ils sont à l’origine de la destruction de plus de 130 000 hectares de forêt depuis 2015, dont 51 600 se trouvent en Papouasie indonésienne, une des régions du monde les plus riches en biodiversité et jusque-là préservée de l’industrie de l’huile de palme.

Une fois cela établi, Greenepace a remonté les chaînes d’approvisionnement de 18 multinationales de l’agroalimentaire et des cosmétiques utilisant de l’huile de palme. « La filière peut être comparée à un sablier, décrit Cécile Leuba. D’un côté, on trouve les importateurs d’huile de palme, de l’autre les producteurs. Dans ces deux catégories, ils sont à chaque fois très nombreux. Mais, entre les deux, il y a une poignée de négociants qui jouent les intermédiaires, dont  Wilmar International, qui représente à lui seul 43 % du négoce de l’huile de palme dans le monde. »

Des promesses non tenues

Des 18 multinationales prises en compte par Greenpeace dans son rapport, toutes avaient des relatiosn commerciales avec Wilmar International, « à l’exception de Danone », précise Cécile Leuba. Or ce négociant est aussi le principal client de 18 des 25 producteurs d’huile de palme ciblés par l’ONG. « Nous avons également vérifié, point par point, les liens qui pouvaient exister entre les 25 producteurs d’huile de palme et les 18 multinationales, poursuit Cécile Leuba. Nous avons ainsi découvert que 12 de ces 18 multinationales s’approvisionnaient [soit par l’intermédiaire de Wilmar International, soit par l’intermédiaire d’un autre négociant] auprès d’au moins 20 producteurs pris en compte dans notre enquête. » Et les six autres multinationales ? « Elles sont au-dessous des 20, mais aucune ne parvient à assurer à ses clients que ses produits alimentaires contiennent que de l’huile de palme zéro déforestation. »

Et c’est tout le problème pour Greenpeace sachant que l’ensemble de la filière – des importateurs aux producteurs en passant par les négociants – s’est progressivement engagé depuis 2010 à une politique « zéro déforestation ». Y compris Wilmar International qui avait suscité beaucoup d’espoir en 2013 en s’engageant à cesser « toute déforestation, toute destruction de tourbière, toute exploitation humaine ». Plusieurs grandes marques ont assuré à leurs clients qu’elles n’utiliseraient plus que de l’huile de palme « zéro déforestation » d’ici 2020. « Nous sommes à 500 jours de cette échéance et nous constatons qu’aucun acteur de la filière pris en compte dans cette enquête est sur la bonne trajectoire pour atteindre cet objectif. »

Un suivi des approvisionnements trop peu sérieux ?

Pourtant, des outils existent, comme High Carbon stock (HCS). « Cette méthodologie scientifique permet à un producteur qui s’engage dans une politique zéro déforestation d’identifier sur sa plantation les zones de forts protégées et celles qui ne le sont pas, explique Cécile Leuba. Elle n’est certes pas très simple à appliquer et certains producteurs peuvent laisser entendre qu’ils l’appliquent très bien sur une partie de leurs plantations en ayant de toutes autres pratiques sur d’autres parcelles. »

Pas simple donc de séparer le bon grain de l’ivraie. C’est alors la principale critique de Greenpeace à l’encontre des acheteurs d’huile de palme, multinationales comme négociants. « Ils manquent d’engagement et de sérieux sur le suivi de leurs approvisionnements, déplore Cécile Leuba. Ces entreprises attendent que nous toquions à leurs portes pour leur mettre sous les yeux les agissements de leurs fournisseurs. »

Une production qui grimpe, une déforestation qui s’accélère…

Et si c’est une question de volume, d’un manque d’huile de palme « zéro déforestation » sur le marché, alors Greenpeace demande tout simplement à ces multinationales de revoir à la baisse leur utilisation d’huile de palme. Peu chère à produire, elle est l’huile la plus consommée au monde, devant les huiles de soja, de colza et de tournesol. On en retrouve dans des produits alimentaires (80 % des usages), cosmétiques (10 %) et de plus en plus aussi transformée en carburant (10 %). « La demande et donc la production ne cessent de croître, rappelle Cécile Leuba. Nous sommes passés de 21 millions de tonnes produites en 2000 à 69 millions aujourd’hui. »

Cette hause de la production se fait au prix d’une déforestation massive en Malaisie et en Indonésie qui représentent à eux deux 85 % de la production mondiale d’huile de palme. Puits de carbone, ces forêts tropicales d’Asie du Sud-Est contribuent pourtant à lutter contre le réchauffement climatique. Elles abritent aussi une importante biodiversité. A commencer par les  orangs-outangs dont le déclin actuel des populations est plus rapide que ce que l'on pensait.

>> Lire aussi: De l’huile de palme dans les voitures... Pourquoi la France est pointée du doigt>> Lire aussi : Comment «la France aussi peut agir» pour préserver les grands singes