Deux ans après la vidéo choc de L214, «l'opacité sur les conditions d’abattage reste totale pour le consommateur»

ABATTOIRS Deux ans après la publication de vidéos violentes de maltraitance animale dans l’abattoir de Mauléon par l’association L214, le procès des employés et de l’ex-directeur de l’établissement s’est ouvert ce lundi à Pau…

Helene Sergent

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Deux ans après la diffusion d'images violentes dans un abattoir de Mauléon, les informations à l'égard des consommateurs restent insuffisantes.
Deux ans après la diffusion d'images violentes dans un abattoir de Mauléon, les informations à l'égard des consommateurs restent insuffisantes. — XAVIER LEOTY / AFP
  • L’association L214 a diffusé au printemps 2016 des images captées à l’intérieur de l’abattoir de Mauléon-Licharre qui ont choqué l’opinion publique.
  • Ce lundi s’ouvre à Pau le procès de l’abattoir poursuivi pour des pratiques d’abattage illégales et des actes de cruauté, après une plainte déposée par l’association L214.
  • Le scandale n’a eu aucun impact sur la législation en vigueur et les informations à destination des consommateurs restent quasi inexistantes.

Animaux mal étourdis, moutons saignés conscients et agneau écartelé… Les images étaient difficilement soutenables. Publiées il y a deux ans et demi par l’association de protection des droits des animaux L214, ces vidéos tournées dans l’abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) sont à l’origine du procès qui s’est ouvert ce lundi à Pau.

Particulièrement violentes, ces scènes avaient poussé à l’époque le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, à lancer des inspections relatives à la protection animale dans les abattoirs de France. Comment savoir si la viande que l’on consomme a été abattue dans le respect de la loi et que dit-elle à ce sujet ? 20 Minutes ​fait le point.

Aucune spécificité

Dans un communiqué publié jeudi 13 septembre, l’association L214 soulignait : « La viande des agneaux de lait des Pyrénées Axuria abattus à l’abattoir de Mauléon était encensée par de grandes tables parisiennes et des chefs étoilés (…) Quels que soient les modes d’élevage, quels que soient les labels, les méthodes de mise à mort sont exactement les mêmes et génératrices de souffrances intenses pour les animaux. »

Un non-sens pour Pierre Pauchet, vice-président de l’AFAAD (Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité) : « Les abattoirs bios n’ont rien de spécifique, ni dans la méthode, ni dans l’équipement. Il existe juste des chaînes d’abattage séparées pour éviter la contamination entre viande bio et non bio mais il n’existe aucun standard en matière de bien-être animal. »

Aujourd’hui, la mise à mort des animaux est encadrée par un règlement européen daté de 2009. Cette loi précise : « Les animaux sont mis à mort uniquement après étourdis­sement selon les méthodes et les prescriptions spécifiques rela­tives à leur application exposées à l’annexe I. L’animal est maintenu dans un état d’inconscience et d’insensibilité jusqu’à sa mort. » Une exception est toutefois possible pour l’abattage rituel (halal ou casher).

Une opacité « totale »

« Aujourd’hui, si le consommateur veut savoir comment a été abattue sa viande, il ne peut pas », déplore Frédéric Freund, directeur de l’association OABA (Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs). « L’étiquetage du mode d’élevage et d’abattage est un serpent de mer. Il y a toujours eu une réticence de la part des professionnels, soutenus par le ministère de l’Agriculture expliquant que c’était très compliqué à mettre en œuvre », poursuit-il.

Le dernier exemple de renoncement en la matière remonte au mois de mai. Dans le cadre des débats sur le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation, le député (non-inscrit) Olivier Falorni proposait l’obligation de la vidéosurveillance dans les abattoirs. L’amendement a été rejeté par la majorité et remplacé par une « expérimentation » dans quelques établissements « volontaires ».

« L’enseignement de l’abattoir de Mauléon est pourtant le suivant : lorsqu’il y a des caméras dans l’abattoir, les mauvaises pratiques cessent ou se réduisent. Mais les élus ont préféré rejeter cette solution, c’est pas comme ça qu’on regagnera la confiance des consommateurs », dénonce Frédéric Freund. « L’opacité reste totale sur les conditions d’abattage », conclut Pierre Pauchet, de l’AFAAD.

Quelles solutions ?

Un constat partagé par Léopoldine Charbonneaux, directrice de l’organisation dédiée au bien-être des animaux d’élevage, CIWF France. « Même si le consommateur est déterminé, il reste très difficile d’obtenir des informations sur les conditions d’abattage. On aimerait qu’un étiquetage clair renseigne le consommateur sur les trois phases - l’élevage, le transport et l’abattage - de la vie des animaux. On sait que c’est difficile à mettre en place mais c’est faisable », estime-t-elle.

L’Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité milite, elle, pour une publication annuelle des rapports d’inspection des abattoirs : « Il est inadmissible que les consommateurs n’aient pas accès à des éléments de traçabilité, ne serait-ce que le lieu, le pays d’abattage et la méthode d’abattage et d’élevage », juge Pierre Pauchet.

Une opacité que tentent de combattre l’OABA et le CIWF puisqu’ils devraient lancer avant la fin de l’année un « projet d’étiquetage des produits proposés en rayon pour mieux informer les consommateurs sur le bien-être animal » en partenariat avec le groupe Casino.

Une évolution logique selon le directeur de l’OABA : « Une note sera affichée sur chaque produit, de la volaille dans un premier temps. Plus la note sera élevée, plus le bien-être de l’animal aura été respecté de l’élevage à l’abattage. Le but, ce serait de dupliquer cet étiquetage sur l’ensemble de la production animale, la viande, le lait et on a déjà d’autres contacts avec d’autres acteurs de la grande distribution. Au final, ce que le ministère n’ose pas imposer, ce seront les consommateurs et les filières qui le feront. »

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