Bretagne: Pourquoi la région ne va pas abandonner son modèle agricole tout de suite

AGRICULTURE Une conférence sur le «bien-manger» se tient au Space, salon de l’élevage qui se tient à Rennes cette semaine…

Camille Allain

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Illustration de vaches laitières dans une ferme de Bretagne.
Illustration de vaches laitières dans une ferme de Bretagne. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le Space, salon de l’élevage, se tient à Rennes cette semaine. C’est le deuxième plus grand salon de l’agriculture, après celui de Paris.
  • La question du « bien-manger » sera au centre des débats alors que les consommateurs sont de plus en plus vigilants à ce qu’ils mangent.
  • Première région agricole française, la Bretagne entend montrer l’exemple mais ne pas abandonner son modèle productiviste pour autant.
  • Pour le président de la région Loïg Chesnais-Girard, il faut « une diversité de modèles ».

C’est le deuxième plus grand rendez-vous agricole français, juste après le salon de l’Agriculture de Paris. Ce mardi, le Space, salon international de l’élevage, s’ouvre à Rennes dans un contexte plutôt apaisé, épargné par les graves crises qui ont pu frapper la profession ces dernières années. L’occasion pour les professionnels de se pencher sereinement sur l’avenir de leur métier et sur la question du « bien-manger » qui sera au centre des débats dans les travées du Parc Expo.

Parfois montrée du doigt pour son modèle intensif et ses dérives, la Bretagne semble la plus concernée par cette question de la nourriture de qualité. « Notre ambition, c’est que dans 30 ans, dans 50 ans, la Bretagne soit la région leader du "bien-manger" en Europe et que nos agriculteurs vivent de leur métier », avance Loïg Chesnais-Girard, président du conseil régional.

« Pas donner l’image de la ferme de Martine »

Depuis sa nomination en remplacement de Jean-Yves Le Drian, l’élu a pu mesurer le poids des secteurs agricoles et agroalimentaires dans l’économie de la région. Et comprendre qu’on ne changera pas le modèle du grenier alimentaire français d’un claquement de doigts. « Nous prônons la diversité des modèles. Il faut arrêter avec la notion d’agriculture hors-sol, tout le monde a fait des efforts », résume l’élu, qui milite pour une agriculture raisonnée. « Mais on ne va pas non plus donner l’image de la ferme de Martine avec une vache et trois cochons ».

Son vice-président dédié à l’agriculture hoche la tête. « Les choses bougent. Regardez sur le glyphosate. Les avis sont partagés mais on voit qu’il y a une réduction de son utilisation », affirme Olivier Allain, qui a longtemps exercé comme éleveur dans les Côtes d’Armor. « Nous avons réduit nos engrais, nos pesticides. Toutes les régions n’ont pas fait ces efforts », poursuit l’élu.

En Bretagne plus qu’ailleurs, l’agriculture bio prend du poids. Et ici plus qu’ailleurs, les circuits courts sont plébiscités. Mais une partie de la profession est maintenue dans le modèle intensif, souvent destiné à l’export. Des emplois précieux dans des zones rurales désertées.

L’exemple du volailler Doux

C’était notamment le cas du volailler Doux, placé en liquidation judiciaire mais sauvé par un accord entre groupes privés et pouvoirs publics, où la région Bretagne a joué son rôle. « Nous avons mis de l’argent dans ce dossier mais pour réorienter une partie de la production, pas pour continuer dans un modèle tout pourri. On n’abandonne pas l’export, mais on le réduit », martèle le président Loïg Chesnais-Girard.

Le modèle agricole breton a bien enclenché sa transition. Mais à l’image de son intensification après la Seconde guerre mondiale, il lui faudra beaucoup de temps pour effectuer sa mue et revenir à un modèle plus vertueux.