Marche pour le climat: Un samedi d’initiatives citoyennes pour faire pression sur les politiques

MOBILISATION Est-ce le sursaut citoyen souhaité par Nicolas Hulot ? Plusieurs dizaines de milliers de citoyens assurent qu’ils descendront dans la rue samedi à l’occasion de la marche pour le climat initié par Maxime, « simple citoyen ». Une aubaine pour les ONG ?….

Fabrice Pouliquen

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En novembre et en décembre 2015, en marge de la COP21, plusieurs manifestations s'étaient déroulés à Paris pour inciter les Etats à renforcer leurs politiques climatiques.
En novembre et en décembre 2015, en marge de la COP21, plusieurs manifestations s'étaient déroulés à Paris pour inciter les Etats à renforcer leurs politiques climatiques. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
  • Initiée par un citoyen après la démission de Nicolas Hulot, la marche pour le climat qui doit se tenir ce samedi à Paris a pris une ampleur inédite avec 22.000 personnes attendues selon le dernier décompte.
  • D’autres marches sont organisées un peu partout en France, ce dont se félicitent les ONG qui peinent parfois à susciter des mobilisations massives sur les enjeux climatiques.
  • Montrer l’existence d’une force collective citoyenne engagée sur le climat est pourtant l’une des clés pour une transition écologique réussie, estime Maximes Combes, économiste au sein d’Attac. Reste à faire durer ce sursaut citoyen.

Vingt-deux mille participants annoncés, 99.000 autres se disant intéressés. Et le compteur ne cesse de grimper… Le parvis de l’Hôtel de ville de Paris devrait se noircir de monde samedi à 14 heures, point de ralliement de la « Marche pour le climat ».

« Parcours validé par la préfecture »

L’événement est parti d’un événement Facebook lancé par Maxime Lelong, « citoyen lambda » de 27 ans, comme il se définit lui-même. C’était mardi 28 août à 18 heures, plusieurs heures donc après que Nicolas Hulot annonce sa démission surprise de son poste de ministre de la Transition écologique. Maxime Lelong ressasse l’interview et reste marqué par un passage : « Est-ce que j’ai une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité […] est-ce que j’ai une union nationale sur un enjeu qui concerne l’avenir de l’humanité et de nos propres enfants ?

« C’était à mes yeux un appel explicite à descendre dans la rue montrer que le climat est une priorité », raconte-t-il. Mais à 18 heures, ce 28 août, toujours rien. Alors celui qui n’avait jamais fait de politique jusqu’alors, ni même adhéré à une association, se décide à lancer cette « marche pour le climat » sans imaginer qu’elle occuperait ses jours et nuits à venir.

Maxime Lelong respire un peu mieux aujourd’hui. « La préfecture de Paris a validé le parcours*, se félicite-t-il. Une cinquantaine d’associations m’aide aussi désormais. L’une d’elles prendra même en charge le service d’ordre. Il nous reste à trouver des bénévoles supplémentaires pour faire place nette après le passage du cortège, régler des petits problèmes de sono… Mais tout le monde est serein. »

Peu de mobilisation massive à ce jour sur le climat ?

Est-ce « l’électrochoc » que Nicolas Hulot espérait déclencher en démissionnant ? « Il n’y a eu par le passé que très peu de manifestations massives sur le climat, constate en tout cas Maxime Combes, porte-parole sur les enjeux climatiques d’Attac. L’économiste cite Copenhague en 2009 [100.000 manifestants] et New-York en septembre 2014 [plus de 300.000 manifestants] organisées en marge de sommets sur le climat qui se tenaient alors dans ces deux villes.

Les manifestations à Paris fin 2015, en marge de la COP21, auraient pu allonger la liste, mais dans un contexte de menaces terroristes, elles n’ont pas eu l’ampleur escomptée. « Quoi qu’il en soit, il y a cette difficulté récurrente pour les ONG à mobiliser les populations sur l’urgence climatique, reprend Maxime Combes. Les enjeux sont souvent vus comme lointains et les espaces de décision difficiles à identifier. Pour la réforme des retraites, c’est facile : l’interlocuteur est le ministre du Travail. Pour le climat, vers qui se tourner ? Les gouvernements, l’ONU, les multinationales ? »

Un « effet Hulot » d’ores et déjà ?

Forcément, la perspective d’une marche pour le climat réunissant 20.000 participants réjouit les associations de protection de l’environnement. Avant la démission de Nicolas Hulot plusieurs d’entre elles avaient programmé des mobilisations ce samedi, décrétée Journée mondiale d’action pour le climat, et les jours suivants. « La démission de Nicolas Hulot a donné une autre dimension à plusieurs de ces événements, observe Clémence Dubois, responsable des campagnes en France pour 350.org. A Paris, la marche pour le climat lancée par Maxime s’est ainsi à greffée un "happening" que nous comptions organiser place de l’Hôtel-de ville mais pour lequel nous n’avions annoncé à la préfecture qu’une centaine de participants. » Ce n’est qu’un exemple, insiste Clémence Dubois qui rappelle que « des manifestations sont prévues un peu partout en France ce samedi, boostées par des citoyens au même profil que Maxime Lelong ». Elles sont listées sur le site Rise for the climate.

« Rompre le pessimisme ambiant » et faire pression sur le gouvernement

Tous ne choisissent pas par ailleurs la « marche pour le climat » comme mode d’action. Dans un autre genre, Alexandra Romano, directrice d’une agence communication parisienne, a lancé le mot dièse #onprendlerelais sur les réseaux sociaux qui invite les internautes à témoigner dans une vidéo de leur envie de rester mobilisé sur les questions climatiques. « Nous étions aussi une trentaine mardi soir à passer le message à Nicolas Hulot, devant le ministère de la Transition écologique lors de la passation de pouvoir avec François de Rugy », raconte-t-elle.

Alexandra Romano sait qu'il n'y a pas encore de quoi faire trembler la République : « L’idée de ce mouvement est déjà de rompre ce pessimisme ambiant qui consiste à dire que ça ne sert à rien d’agir parce que c’est trop tard, parce qu’il y a Trump, parce que les lobbies sont trop puissants…, énonce-t-elle. Il ne faut pas tout attendre d’un quelconque gouvernement ou d’un quelconque homme providentiel. A nous aussi, citoyens, de prendre des initiatives. »

Maxime Lelong tient le même discours et ajoute l’espoir supplémentaire que les participants aux différentes marches samedi soient suffisament nombreux pour adresser un message fort au gouvernement. « Celui que la lutte contre le dérèglement climatique n’est plus une option mais une priorité et qu’on ne peut plus demander aux Français de trier leurs déchets, de limiter l’utilisation de leurs voitures tout en soutenant en parallèle des projets et des entreprises à l’impact environnemental déplorable », lance-t-il.

Des mouvements citoyens « qui obtiennent des résultats »

Maxime Combes mise aussi beaucoup sur l’effet nombre ce samedi. « Nous avons tous plus ou moins commencé à changer certaines de nos habitudes, en intégrant des Amap, en mangeant bio, en se mettant au vélo…, estime le porte-parole d’Attac. C’est essentiel pour engager la transition écologique, mais insuffisant car ces initiatives sont peu visibles des médias et des politiques. Il faut aussi à un moment montrer qu’on est un grand nombre à vouloir que l’environnement devienne une priorité de nos politiques. Ce sera le cas si on est plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la rue samedi. »

Attac comme 350.org savent bien l’impact que peut avoir la mobilisation active de citoyens pour infléchir la politique d’un gouvernement ou les pratiques d’une multinationale. Clémence Dubois cite sans surpriseNotre-Dame-des-Landes«350.org a aussi lancé une campagne toujours en cours poussant au désinvestissement des énergies fossiles et menée par des groupes de citoyens à travers le monde, via des happenings, des campagnes de boycott, ou des désobéissances civiles. Nous obtenons régulièrement des victoires. En Grande-Bretagne, un tiers des universités ont cessé d’investir dans les énergies fossiles. D’autres groupes ont obtenu que des institutions majeures dans leur pays cessent leur partenariat avec des compagnies pétrolières comme le Van Gogh Museum avec Shell au Pays-Bas. »

Un sursaut citoyen à faire durer…

Il reste à faire en sorte que ce sursaut citoyen, né après la démission de Nicolas Hulot, ne retombe pas très vite une fois l’électrochoc passé. « C’est toute la difficulté », concède Maxime Combes. Maxime Lelong, bientôt papa et en pleine préparation d’un nouveau projet professionnel, ne sait pas encore de quelle façon il restera mobilisé sur les questions climatiques une fois la marche passée. Alexandra Romano dit aussi réfléchir à la suite à donner au mouvement #onprendlerelais.

Les rendez-vous donnés par les associations de protection de l’environnement ne manquent pas en tout cas ces prochains jours. A commencer donc par la semaine de mobilisation « climat et finance » que co-organisent jusqu’au 15 septembre Attac et 350.org avec d’autres ONG.

>> Lire aussi: Démission de Nicolas Hulot: Les dossiers chauds sur la table du nouveau ministre de la Transition écologique

* Le rendez-vous pour la Marche pour le climat parisienne est donné à 14h sur le parvis de l'Hôtel de ville. Après des prises de parole, elle s'élancera vers 15h-15h30 en direction de la place de la République.