Cécile Duflot: «Personne n'avait plus de légitimité que Nicolas Hulot»

INTERVIEW A l’occasion de sa venue à Bordeaux pour le festival Climax, l’ancienne ministre écologiste du Logement parle de son nouvel engagement et revient sur la démission du ministre de la Transition écologique…

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Cécile Duflot est désormais directrice générale d'Oxfam France.
Cécile Duflot est désormais directrice générale d'Oxfam France. — ALAIN ROBERT/SIPA
  • Cécile Duflot est désormais directrice générale d’Oxfam France.
  • Elle prend la parole ce jeudi à l’occasion d’une conférence sur les réfugiés climatiques au festival Climax à Bordeaux.
  • Elle salue la « sincérité » de Nicolas Hulot après la démission du ministre de la Transition écologique.

En avril dernier, Cécile Duflot annonçait quitter la politique pour s’engager à la tête d'Oxfam France, une ONG qui lutte contre la pauvreté dans le monde. L'ancienne ministre écologiste du Logement prendra la parole ce jeudi à Bordeaux au festival Climax, lors d’une conférence intitulée : « Réfugiés climatiques, la crise du siècle ? »

Vous dirigez Oxfam France. Comment présenteriez-vous cette ONG ?

Oxfam France, qui fête ses 30 ans, est membre d’une confédération intervenant dans 90 pays et qui lutte contre la pauvreté et les causes de la pauvreté. Nous intervenons sur le terrain et aussi sous la forme de plaidoyer pour faire changer les règles. Un de nos fers de lance a été la taxe sur les transactions financières, mais il y a aussi notre combat contre les paradis fiscaux, l’encadrement de la rémunération des actionnaires…

Vous êtes une sorte de lobbyiste ?

C’est une grave erreur de confondre les lobbyistes et les défenseurs des intérêts d’ONG. Aucun des intérêts que nous défendons ne vise l’enrichissement personnel, et se fait au contraire dans un but de justice et de solidarité. Le débat lancé par les lobbyistes, qui se comparent à des organisations comme Greenpeace et Oxfam, montre la limite de leur argumentaire.

Votre intervention au festival Climax portera sur les réfugiés climatiques. S’agit-il d’un des grands maux du XXIe siècle selon vous ?

Pendant longtemps on a dit que cela n’existait même pas, maintenant le sujet est devant nous. En 2016, 23,5 millions de personnes ont dû quitter leurs pays en raison de situations climatiques extrêmes. Pour la première fois ce chiffre était supérieur à celui des populations migrant en raison de conflits. Et il ne prend en compte que les situations extrêmes, pas les phénomènes comme la montée des eaux qui n’est pas considérée comme quelque chose de violent.

Comment avez-vous vécu la démission de Nicolas Hulot du poste de ministre de la Transition écologique ?

Je connais la sincérité de Nicolas Hulot, et son discours sonnait de façon très juste. Il y avait chez lui certainement une accumulation de frustrations, et il ne voulait pas servir d’alibi. Il n’y a rien à ajouter à ce qu’il a dit, il a eu les mots les plus évidents, qu’il fallait utiliser dans ce moment-là. Le diagnostic qu’il a posé au moment de son départ montre l’ampleur des mesures à prendre pour être à la hauteur des enjeux. C’est comme si vous disiez à un ingénieur que pour lancer une fusée, il n’aura qu’un moteur de 2 CV, et qu’il devrait déjà être content d’avoir un moteur.

Pensez-vous que ce poste de ministre de l’Environnement est effectivement « impossible » ?

Ce qui est impossible c’est de ne pas avoir de politique à la hauteur de la nécessité environnementale. Et ce, quel que soit le talent ou l’engagement [du ministre]. Et personne n’avait plus de légitimité, d’aura que Nicolas Hulot.

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