VIDEO. Perturbateurs endocriniens: La contamination par l’alimentation à prendre en compte d’urgence?

PESTICIDES En juillet, une agence de l’Union européenne assurait dans un rapport que les quantités de pesticides retrouvées dans 84 657 échantillons d’aliments analysés étaient quasiment toutes en dessous des valeurs limites…

Fabrice Pouliquen

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Fruits et légumes, illustration
Fruits et légumes, illustration — GILE MICHEL/SIPA
  • Générations futures a enquêté sur un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments paru en juillet et qui rassurait sur la faible teneur en pesticides de près de 85 000 échantillons d’aliments analysés.
  • L’ONG, qui a publié les résultats de son enquête ce mardi, est moins optimiste. Parmi les traces de pesticides trouvés, figurent des molécules suspectées d’être des perturbateurs endocriniens (PE) qui ont des impacts néfastes sur la santé même à faible dose.
  • Pour Générations futures, c’est la preuve que « l’alimentation est l’une des voies d’exposition les plus importantes aux PE ». Or, il n’y a aucune mesure sur ce point dans la Stratégie nationale sur les PE que prépare le gouvernement.

Pour l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), tout va bien. Au milieu de l’été, comme tous les ans, l’agence de l’Union européenne rendait les conclusions de son rapport sur les résidus de pesticides dans les aliments et portant sur l’année 2016.

Cette année-là, l’Efsa a analysé 84 657 échantillons d’aliments à travers l’Europe en se focalisant sur la recherche de 881 molécules. « Essentiellement des fruits et légumes, mais aussi des céréales, des produits animaux et des aliments pour bébé », précise François Veillerette, directeur de l’ONG Générations Futures. Dans le lot, l’Efsa a retrouvé des résidus de pesticides, 109 843 pour être précis : 350 molécules différentes sur les 881 recherchées ont été quantifiées au moins une fois.

Approfondir les conclusions de l’Efsa

Malgré tout, l’agence s’est voulue rassurante : 96,2 % des échantillons d’aliments testés en 2016 ont des concentrations de résidus de pesticides inexistantes ou du moins inférieures aux limites maximales en résidus (LMR).

Générations futures a tout de même décidé de creuser le rapport en cherchant à déterminer la part de ces 109 843 résidus de pesticides soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens (PE), ces molécules ou agents chimiques composés capables d’interférer dans le système hormonal d’un individu. Ils peuvent alors induire des effets néfastes sur l’organisme et sont suspectés d’être l’une des causes de l’augmentation de certaines maladies non transmissibles dans la population. Cancers hormono-dépendants, des troubles neuro-comportementaux, mais aussi infertilité ou obésité…

L’ONG a donc repris les 350 molécules relevées au moins une fois dans le rapport de l’Efsa pour les comparer à la base de données TEDX, créée par la scientifique Theo Colborn, à l’origine de la découverte des phénomènes de perturbation endocrinienne. « Cette liste TEDX recense 1 457 molécules ou familles de molécules pour lesquelles au moins une étude universitaire publiée dans une revue scientifique, montrait un effet de perturbation endocrinienne », détaille François Veillerette.

Six résidus sur dix suspectés d’être des perturbateurs endocriniens

Ce travail complémentaire est terminé et Générations futures en a dévoilé les résultats ce mardi. Sur les 109 843 résidus de pesticides relevés au total par l’Efsa, l’ONG a calculé que 69 433 étaient suspectés être des perturbateurs endocriniens. Soit donc six résidus sur dix quantifiés. Ce complément d’informations change tout aux premières conclusions de l’Efsa, estime François Veillerette. « Les perturbateurs endocriniens ne répondent pas forcément au principe généralement admis en toxicologie classique selon laquelle la dose fait le poison, explique-t-il. Ils peuvent avoir des effets en dessous des limites maximales en résidus pris en compte par l’Efsa. »

Ce n’est alors pas la dose qui compte avec les perturbateurs endocriniens, rappelle Générations futures, mais bien plus la période d’exposition, certains publics (jeunes enfants et encore davantage le fœtus) y étant particulièrement sensibles.

Pour Générations futures, ces résultats « montrent clairement qu’on ne peut pas réduire la perception de la présence de résidus de pesticides au simple respect, ou non, des LMR » et que « l’alimentation est l’une des voies d’exposition les plus importantes aux perturbateurs endocriniens ».

Rien sur l’alimentation dans la stratégie sur les perturbateurs endocriniens ?

Reste à savoir ce que fera de ce rapport François de Rugy. Le dossier devrait rapidement atterrir sur le bureau du nouveau ministre de la Transition écologique. Une nouvelle version de la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNP2), qui vise à gommer les carences de la première, est en cours d’élaboration, indique Fleur Gorre, chargée de campagne perturbateurs endocriniens à Générations futures. Un préprojet nous a été présenté fin juillet et nous avons jusqu’au 10 septembre pour faire un retour sur cette proposition. Elle doit ensuite être retravaillée puis soumise à la consultation du public à partir du 3 octobre. »

A ce jour, il reste encore beaucoup à faire sur ce dossier. « Il n’y a notamment aucune mesure sur l’alimentation dans la SNP2, déplore François Veillerette. C’est un trou colossal qu’il va falloir corriger. »

Le directeur de Générations futures garde aussi en travers de la gorge la définition des pesticides perturbateurs endocriniens adoptée en décembre dernier par l’Union européenne. « Le niveau de preuve demandé pour considérer un pesticide comme PE est extrêmement élevé. Il faudra non seulement démontrer que la substance est un PE et qu’elle a des effets négatifs, mais également démontrer le mode d’action par lequel ce PE crée ces effets négatifs. » Générations futures espère voir la France agir sur ce dossier : « Elle pourrait dire que ces critères ne vont pas et qu’il faut les revoir et rallier d’autres Etats membres à son camp », souhaite François Veillerette.

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