Marseille: Orages, déjections, «excès de précaution»... Les plages ont fermé plus de 150 fois cet été

BAIGNADE INTERDITE Le drapeau violet, qui signifie un risque de pollution, a été hissé plus de 150 fois sur les plages de Marseille cet été…

Adrien Max

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Ouverture estivale des plages de Marseille. La plage du Prado. Juin 2010.
Ouverture estivale des plages de Marseille. La plage du Prado. Juin 2010. — PATRICE MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Le drapeau violet a supplanté le drapeau vert à Marseille, cet été. Il a été 150 fois pour indiquer un risque de pollution.
  • Les épisodes orageux peuvent expliquer cette pollution, mais elle demeure parfois plusieurs jours après les orages.
  • La mairie affirme mener à bien des analyses pour déterminer les causes de celle-ci pollution, mais les résultats demeurent inconnus.

Des plages désertes en plein été à Marseille. Non pas parce que les touristes ont boudé la ville, mais plutôt à cause de la pollution. Selon un décompte effectué par La Provence – la mairie n’a communiqué aucun chiffre officiel –, le drapeau violet, qui signifie une baignade interdite pour risque de pollution, a été hissé plus de 150 fois, pendant 41 jours sur les plages marseillaises. Et ce, seulement depuis le 1er juin.

Souvent évoqués comme la principale cause de ses fermetures : les orages. Les pluies de ruissellement charrient déchets et bactéries le long des rues, avant d’atterrir dans la mer Méditerranée. Didier Réault expliquait au début de l’été à 20 Minutes qu’un contrat de baie avait été mis en place pour tenter d’enrayer ce phénomène. D’un coût de 250 millions d’euros répartis sur 6 ans, il vise à améliorer l’assainissement des eaux le long du littoral de Saint-Cyr-sur-Mer, dans le Var, à Martigues. Mais ses résultats se font, visiblement, attendre.

« Les analyses prennent du temps »

Encore cette semaine, plusieurs plages sont restées fermées alors que le dernier orage à avoir frappé Marseille remonte à la mi-août. Notamment la plage de l’Huveaune et celle de Borély. « Une nappe mousseuse a été repérée, mes équipes se sont rendues sur place et ont décidé de fermer préventivement la plage. Les causes exactes ne sont pas encore connues, les analyses prennent du temps », explique Monique Daubet, adjointe LR à l’hygiène à la mairie de Marseille. Du côté de la mairie, on explique que « le fort vent des derniers jours aurait pu ramener ces déchets du large vers le littoral. »

« La méthode réglementaire d’analyse de l’eau prend 36 heures. Il faut le temps de cultiver les bactéries pour détecter précisément leur présence. Mais parallèlement, la mairie a mis en place un processus d'analyse qui ne nécessite que quelques heures. Au lieu de cultiver les bactéries, cette méthode mesure directement leur présence grâce à des gènes spécifiques », explique Valérie Michotey, professeure d’écologie microbienne à l’institut méditerranéen d’océanologie d’Aix-Marseille université.

Diverses sources de pollution

Il s’agit donc de fermeture préventive, lorsque la présence d’escherichia coli ou de streptocoques fécaux est détectée. Mais comment expliquer leur présence lorsqu’il n’y a pas d’épisodes orageux ? « Il suffit qu’un chien fasse ses besoins dans l’eau, ou un humain, et dans ce cas toute la plage peut être contaminée. Après des épisodes orageux, qui entraînent le débordement de la station d’épuration, et donc le rejet de ces eaux à l’émissaire de Cortiou, il n’est pas rare que ces rejets reviennent vers la baie de Marseille par les courants plusieurs jours après », détaille Valérie Michotey.

Si les plages de l’Huveaune et de Borély ont été les plus touchées cet été, la présence de l’Huveaune l’explique en grande partie. « Il est tout à fait possible que des déjections animales dans le lit de la rivière polluent les plages, tout comme la fuite d’une canalisation, ou un problème d’assainissement », ajoute la scientifique.

Les streptocoques résistent mieux dans l’eau froide que dans l’eau chaude. « Leur durée de vie moyenne dans la mer est d’environ trois ou quatre jours. Mais plus l’eau est chaude plus elle meurt vite contrairement à ce que l’on pourrait penser », relate Valérie Michotey. Ces derniers jours, la température de l’eau a fortement chuté.

Analyses en cours

« Un excès de précaution peut expliquer ces fermetures à répétition. Nous n’avons pas l’obligation de faire ces prélèvements quotidiens, ceux de l’ARS n’interviennent qu’hebdomadairement, pourtant nous les faisons. Nous ne voulons pas faire courir le risque d’attraper une méga gastro aux baigneurs, ou des otites », se justifie Monique Daubet.

Quant aux causes de ces diverses pollutions ? « Nous avons demandé aux services d’assainissement de Marseille Métropole [Seramm], en charge des analyses quotidiennes, de déterminer l’origine des nappes. Quant à l’Huveaune, nous attendions un fort épisode orageux afin d’y mener également des analyses pour savoir s’il n’y a pas un problème d’assainissement », explique l’élue. Malgré la répétition de ces phénomènes, aucun résultat n’est connu pour l’heure. Mais Monique Daubet s’est engagée à les communiquer à 20 Minutes dès qu’elle les aura en sa possession.

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