Kenya: Pourquoi la mort des dix rhinocéros noirs par empoisonnement était-elle prévisible?

FAUNE Selon plusieurs témoignages, de nombreuses mises en garde ont été émises, ignorées, voire étouffées, sur la salinité bien trop importante du point d’eau...

20 Minutes avec AFP

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Un rhinocéros indien en Inde (image d'illustration).
Un rhinocéros indien en Inde (image d'illustration). — Anupam Nath/AP/SIPA

Ce transfert ne devait être qu’une formalité, il est devenu l’un des plus grands ratés de l’histoire de la protection des animaux au Kenya. Depuis la mort en juillet de dix rhinocéros sur 11 lors d'un transport entre la capitale Nairobi et un nouveau sanctuaire, les défenseurs de ces animaux cherchent à désigner des coupables.

Et on connaît enfin la cause de leur mort. Ces dix rhinocéros noirs, en grand danger d’extinction, sont morts de déshydratation. Pendant leur transfert, ils ont été hydratés avec de l’eau pompée plusieurs mètres sous terre pour eux. Selon le docteur Benson Kibore, directeur de l’Association kényane des vétérinaires, et qui a participé à l’autopsie des rhinocéros, cette eau était tellement salée qu’elle avait corrodé une grille en métal proche de la pompe.

Lente déshydratation

L’eau salée a vraisemblablement donné encore plus soif aux rhinocéros, qui en ont donc consommé plus. La lente déshydratation de leur corps s’est notamment traduite par un dessèchement de leurs tissus et un épaississement de leur sang. Selon plusieurs témoignages, de nombreuses mises en garde ont été émises, ignorées, voire étouffées, sur la salinité bien trop importante du point d’eau pour les animaux morts les uns après les autres.

Pourtant, une quinzaine de tests aquifères ont été menés entre février et mai. Leurs résultats indiquent une salinité dangereuse. Selon le Dr Kibore, ces données n’ont même pas été communiquées aux vétérinaires lorsque les premiers rhinocéros sont tombés malades, leur faisant perdre un temps précieux pour trouver l’origine de la maladie.

« Sûr qu’il y aurait un problème »

Le transfert, imaginé par l’organe exécutif du KWS, avait été refusé à plusieurs reprises par le conseil d’administration du KWS (le Service kényan de la faune) en raison de l’eau et du manque de végétation dans le sanctuaire. Lorsque le transfert a été confirmé, « j’étais horrifié, j’étais sûr qu’il y aurait un problème », assure de son côté Nehemiah Rotich, un ancien responsable du KWS.

Brian Heath, un ancien membre du conseil, a dénoncé des pressions du WWF pour que le transfert ait lieu. Le conseil dont faisaient partie le paléoanthropologue Richard Leakey et Brian Heath a finalement approuvé le transfert en octobre 2017 à la condition que le sanctuaire soit amélioré. Leur mandat a pris fin en avril, et trois mois plus tard, le déplacement des rhinocéros a eu lieu, sans qu’un nouveau conseil (pas encore nommé) ne se soit penché sur la question.

Un avenir « sombre » pour la faune kenyane

Le ministre kényan du Tourisme et de la Faune sauvage Najib Balala refuse de porter le blâme et fustige à son tour le conseil d’administration, soutenant que si ses membres étaient opposés au projet, ils auraient dû voter son annulation tant qu’ils le pouvaient.

Mais pour Paula Kahumbu, directrice de l’ONG Wildlife Direct, le problème actuel va au-delà de la mort des rhinocéros. « Il y a eu des ratés à de multiples niveaux, et le fait que plusieurs autorités refusent d’endosser une quelconque responsabilité est très préoccupant », estime-t-elle. La construction récente d’un pont ferroviaire à travers le parc national de Nairobi et d’autres infrastructures dans des zones protégées sont pour elle le signe d’une « époque très très sombre pour le Kenya » et sa faune sauvage.

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