Transports: Des pistes se dégagent pour faire rouler le premier train à hydrogène en France

INNOVATION Un premier rapport de la mission parlementaire sur le train à hydrogène, sera remis fin septembre à Matignon. « 20 Minutes » vous en dévoile les grandes lignes…

Mickaël Bosredon

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Le 10 février 2016, illustration TER en gare de Blanquefort (Gironde)
Le 10 février 2016, illustration TER en gare de Blanquefort (Gironde) —
  • Le premier train à hydrogène de France devra circuler sur une ligne non-électrifiée, à proximité d’une grande métropole ou traversant un parc naturel régional.
  • Deux régions, l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine, ont manifesté un intérêt pour l’expérimenter.
  • Il faudra mutualiser les bornes de recharge qui devront servir aussi aux voitures et aux bus, et le site de Ford Aquitaine à Blanquefort concentre plusieurs atouts pour faire l’objet d’une éventuelle reconversion.

Le premier train à hydrogène au monde, sera inauguré le 16 septembre en Allemagne. En France, une mission parlementaire a été lancée pour étudier le potentiel de cette technologie développée notamment par l’industriel Alstom, en vue d’une première expérimentation d’ici à 2022. 20 Minutes fait le point sur son avancée.

Où en est la mission sur le train à hydrogène ?

« C’est une mission qui m’a été confiée par le Premier ministre, elle n’est donc pas impactée par la démission de Nicolas Hulot. Je vais remettre un pré-rapport fin septembre à Edouard Philippe, avant le rapport final fin novembre » assure Benoît Simian, le député LREM de la Gironde en charge de cette mission.

Quelles sont les caractéristiques du train à hydrogène ?

Le seul qui existe à l’heure actuelle est expérimenté en Allemagne, où il a été homologué et où il sera officiellement inauguré le 16 septembre. Le Coradia iLint d'Alstom fonctionne avec  une pile à combustible, qui combine l’hydrogène avec l’oxygène présent dans l’air, permettant de produire de l’eau et de l’électricité pour faire fonctionner le train. Celui-ci est ainsi garanti entièrement silencieux et « zéro émission » (pas de rejet de CO2, que de l’eau), avec des performances similaires aux trains diesel qu’il vient remplacer.

Où pourrait circuler le premier train à hydrogène en France ?

Ce sera « sur les lignes non électrifiées » (donc en remplacement des trains diesel) - soit environ la moitié du réseau ferroviaire français - et « là où se pose un enjeu de lutte contre la pollution de l’air » détaille Benoît Simian : à savoir dans des zones classées parcs naturels régionaux, ou près des métropoles.

« Au fil de mes auditions, je me suis aperçu que le sud-ouest a plus d’une corde à son arc, avec la présence d’entreprises comme Stelia Aerospace Composites dans le Médoc, qui fabrique des réservoirs à hydrogène, ou Hydrogène de France (HDF) à Lormont qui cherche à déployer la fabrication d’une pile à combustible » poursuit le député. Deux régions ont déjà manifesté un réel intérêt : l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine, et des lignes comme Macau-Soulac, en Gironde, ou Pau-Bedous, en Vallée d’Aspe, sont regardées pour une expérimentation. « En Nouvelle-Aquitaine, je sais que le président de la région Alain Rousset est très mobilisé sur le sujet, et pense que l’hydrogène a un véritable avenir. » C’est un peu moins le cas de son vice-président aux transports Renaud Lagrave, qui soulignait lundi auprès de 20 Minutes qu’il fallait « aussi regarder d’autres technologies, comme l' éthanol à base de marc de raisin » et qui se demande si l’hydrogène « tient réellement la route »…

L’autre enjeu : la fabrication de l’hydrogène

Reformage du gaz naturel, gazéification du charbon de bois, électrolyse de l’eau… Il existe de multiples façons de fabriquer de l’hydrogène, à des coûts très variables et qui sont plus ou moins consommatrices d’énergies fossiles. « Il faudra trancher la question de la fourniture de l’hydrogène, poursuit Benoît Simian, notamment entre l’hydrogène vert (issue d’une production solaire ou éolienne) et l’hydrogène gris (produit à partir d’hydrocarbures) ». Se pose ensuite la question du transport et du stockage. « Et il faudra réfléchir à la mutualisation de la borne à hydrogène, qui devra servir aux trains comme aux bus et aux voitures (et notamment les taxis). »

Une piste de reconversion pour le site Ford à Blanquefort ?

Benoît Simian relève qu’un site industriel qu’il connaît bien, puisque situé dans sa circonscription, « coche toutes les cases » : celui de Ford Aquitaine, à Blanquefort. Ford a annoncé l’arrêt de la production de boîtes de vitesses pour 2019 dans cette usine, et l’avenir du site n’est pas encore tranché. Les syndicats réclament toujours le maintien de l'activité, et des actions sont encore prévues dès la rentrée. Mais la question de sa reconversion se pose tout de même. Benoît Simian explique que « dans l’objectif de mutualiser des bornes de recharge, nous avons la chance de bénéficier de ce site industriel situé près de la gare de Blanquefort, et qui peut accueillir une centrale solaire. » Affaire à suivre.

Les trains, et quoi d’autre ?

La question de l’hydrogène se pose évidemment aussi pour l’alimentation des voitures, notamment des taxis, et aussi des bus. La ville de Pau est d’ailleurs la première en France à mettre en service une ligne de bus à haut niveau de service qui rouleront à l'hydrogène, d’ici à 2019.

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