Pesticides: Pour se nourrir, les bourdons deviennent accros aux néonicotinoïdes

INSECTES Les néonicotinoïdes, ensemble de sept insecticides neurotoxiques, sont devenus les pesticides les plus utilisés dans le monde...

20 Minutes avec AFP

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Un bourdon récupère du pollen sur une fleur.
Un bourdon récupère du pollen sur une fleur. — Philippe HUGUEN / AFP

L’interdiction des néonicotinoïdes en France prend effet dès samedi. S’il est certain qu’ils sont nocifs pour les populations d’abeilles, le sont-ils aussi pour les autres pollinisateurs ? C’est ce qu’a révélé une étude sur les bourdons, montrant qu’ils deviennent accro à cette substance pour se nourrir.

Selon ces recherches, publiées mercredi dans la revue Proceedings of the Royal Society B, les bourdons étudiés sont d’abord repoussés par l’eau sucrée contenant des néonicotinoïdes. Ils se mettent ensuite peu à peu à la préférer à l’eau non traitée.

Une préférence pour l’insecticide

Les néonicotinoïdes, ensemble de sept insecticides neurotoxiques (acétamipride, clothianidine, imidaclopride, thiaclopride, thiaméthoxame, nitenpyrame et dinotéfurane), sont devenus les pesticides les plus utilisés dans le monde.

« Il est d’abord apparu que les insectes évitaient la nourriture contenant le pesticide, » décrit Andres Arce, chercheur à l’Imperial College de Londres. « Pourtant, au fur et à mesure où ils testaient la nourriture traitée, ils développaient une préférence pour celle-ci ». Même quand le positionnement des mangeoires était inversé, les pollinisateurs se tournaient vers celle contenant l’insecticide.

« Comme une drogue »

Les néonicotinoïdes, même à faible dose, s’attaquent au système nerveux des pollinisateurs (abeilles et bourdons désorientés, sperme des mâles altéré…). « Nos résultats (…) montrent certains symptômes de comportement addictif », note Richard Gill, un autre auteur. Début 2015, une précédente étude avait déjà relevé l’attirance apparente des abeilles pour les fleurs traitées : quand on leur proposait une solution de sucrose à côté d’une autre associée à un néonicotinoïde, les abeilles mellifères comme les bourdons préféraient se tourner vers le second nectar.

Comme la nicotine pour l’homme, « il se peut que les néonicotinoïdes agissent comme une drogue, rendant la nourriture plus gratifiante », relevaient les chercheurs de l’université de Newcastle. Au contraire des pesticides de surface, les néonicotinoïdes servent souvent de manière préventive, par enrobage des semences : la substance est alors absorbée par la plante et se propage à tous ses tissus.

Plusieurs pays en ont acté l’interdiction, principalement du fait de leur impact sur les abeilles. L’Union européenne a décidé en avril d’en bannir trois pour les cultures de plein champ. Une interdiction entrera en vigueur samedi en France pour cinq d’entre elles, avec de possibles dérogations au cas par cas jusqu’en juillet 2020.