Pesticides: Les néonicotinoïdes, tueurs d'abeilles, interdits à partir de samedi en France

ENVIRONNEMENT Cette interdiction de sept insecticides neurotoxiques est destinée à protéger les colonies d'abeilles en déclin...

20 Minutes avec AFP

— 

L'Assemblée vote l'interdiction des néonicotinoïdes, réputés toxiques notamment pour les abeilles, en 2016
L'Assemblée vote l'interdiction des néonicotinoïdes, réputés toxiques notamment pour les abeilles, en 2016 — Denis Charlet AFP

Une interdiction censée protéger les colonies d’abeilles en déclin. Après des années de controverses, les pesticides néonicotinoïdes, utilisés pour débarrasser les cultures des chenilles, cochenilles, pucerons ou insectes mangeurs de bois, seront bannis à partir de samedi en France. Disponibles depuis le milieu des années 1990, les néonicotinoïdes, ensemble de sept insecticides neurotoxiques (acétamipride, clothianidine, imidaclopride, thiaclopride, thiaméthoxame, nitenpyrame et dinotéfurane), sont devenus les pesticides les plus utilisés dans le monde.

Et comme tout insecticide, à certaines doses, les néonicotinoïdes tuent les insectes, donc les abeilles. Depuis les années 2000, des scientifiques s’inquiètent du fait que, même à faible dose, ces substances qui s’attaquent au système nerveux des insectes affectent les pollinisateurs (abeilles et bourdons désorientés, sperme des mâles altéré, etc.). Les apiculteurs français constatent d’ailleurs une hausse de la mortalité dans leurs ruches depuis l’arrivée des néonicotinoïdes.

La France va plus loin que l’Europe

L’UE a décidé en avril d’interdire pour les cultures de plein champ l’utilisation de trois substances (clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride), objet de restrictions depuis 2013. La décision, qui permettra les usages sous serre, entrera en vigueur complètement le 19 décembre.

La France, elle, a choisi d’aller plus loin. La loi biodiversité de 2016 prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes à partir de ce 1er septembre. Un récent décret d’application précise que les cinq substances jusqu’alors autorisées en Europe pour des usages phytosanitaires sont concernées (les trois visés par l’UE, plus thiaclopride et acétamipride).

Les « néonicotinoïdes de nouvelle génération » dans le viseur des ONG

Des dérogations seront possibles au cas par cas jusqu’au 1er juillet 2020. Mais elles ne seront délivrées que pour des produits à base d’acétamipride, et dans de « faibles volumes », a assuré le ministère de la Transition écologique. Des dérogations inacceptables pour les ONG, qui réclament l’interdiction d’autres pesticides. « Ne nous limitons pas à cette famille. Beaucoup d’autres devraient être interdits », plaide François Veillerette, de Générations Futures.

Dans son viseur notamment des produits parfois appelés « néonicotinoïdes de nouvelle génération » : la flupyradifurone, pas autorisée en France, et le sulfoxaflor, substance active de deux produits dont l’association a fait suspendre la vente par la justice l’an dernier. La loi alimentation adoptée en première lecture prévoit l’extension de l’interdiction des néonicotinoïdes aux substances chimiques ayant des modes d’action identiques. Si elle est adoptée définitivement, un nouveau décret devrait compléter la liste.

« Pas d’effet nocif pour la santé humaine »

Du côté des agriculteurs, la FNSEA et d’autres syndicats agricoles dénoncent une impasse « dramatique », assurant ne pas avoir de solutions de remplacement. Reste que selon un rapport récent de l'Anses, il existe des alternatives « suffisamment efficaces, et opérationnelles », chimiques ou non chimiques, pour la grande majorité des 130 usages phytosanitaires des néonicotinoïdes.

Sans oublier que les néonicotinoïdes sont absorbés par la plante et se propagent à tous ses tissus, y compris le pollen. Ils se retrouvent ainsi dans le sol et l’eau. Pêches, laitues, tomates… L’acétamipride et l’imidaclopride sont présents respectivement dans 5 % et 4 % des échantillons alimentaires recueillis en Europe. Un élément à prendre en compte même si, en février 2018, l’Anses assurait que les données disponibles « ne mettaient pas en évidence d’effet nocif pour la santé humaine »… à condition que les consignes d’utilisation soient respectées.

>> A lire aussi : Rennes: Les apiculteurs en guerre contre les pesticides après l’hécatombe de cet hiver

>> A lire aussi : Glyphosate: L'Assemblée ne grave pas dans la loi l'interdiction d'ici 2021

>> A lire aussi : Apiculture: Un grand recensement des mortalités d'abeilles lancé en France