Boues rouges: «Il n’y a pas eu d’avancée politique» avec Nicolas Hulot, et il ne devrait pas y en avoir

ENVIRONNEMENT Nicolas Hulot, qui dénonçait une « situation pas satisfaisante » sur le dossier des boues rouges, n’est pas parvenu à une avancée politique avant sa démission…

Adrien Max

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Le site de Mange-Garri entre Gardanne et Bouc-Bel-Air, recouvert de poussière rouge avec en fond la Sainte-Victoire.
Le site de Mange-Garri entre Gardanne et Bouc-Bel-Air, recouvert de poussière rouge avec en fond la Sainte-Victoire. — Boris Horvat / AFP
  • Depuis la nomination de Nicolas Hulot au poste de ministre de la Transition écologique, il n’y a eu aucune avancée politique sur le dossier des boues rouges, dans les Bouches-du-Rhône.
  • Selon des opposants du projet, il n’y en aura pas puisque Emmanuel Macron, alors qu’il était ministre de l’Economie, était favorable à une dérogation pour des rejets en mer.
  • Pour Olivier Dubuquoy, principal opposant, les seules avancées ont été judiciaires, et elles pourraient désormais être économiques.

« Est-ce nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effets de serres ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation de pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. »

C’est à la suite de cette énumération que Nicolas Hulot, alors ministre de laTransition écologique, a annoncé ce mardi matin sa démission sur France Inter. Il aurait également pu rajouter que sur le dossier des boues rouges, non plus, rien n’a avancé. Tout du moins, politiquement.

Olivier Dubuquoy, principal opposant aux boues rouges, d’abord rejeté en mer au large de Cassis (Bouches-du-Rhône), et désormais stocké sur le site de Mange-Garri, n’est pas étonné de la démission de Nicolas Hulot. « Ça allait avoir lieu en août ou en septembre, explique-t-il. Le bruit courait depuis un moment donc non je ne suis pas surpris de sa décision. »

« Il n’y a pas eu d’avancée politique »

Selon lui, le dossier des boues rouges peut être généralisé à tous les dossiers que Nicolas Hulot avait à gérer : « Dans ces cas, il ne faut pas faire de compromis. Or ça n’a été que compromis sur compromis, d’année en année alors qu’il fallait y mettre fin. Mais c’était trop tard, ce n’était plus faisable », regrette-t-il.

La démission du ministre ne changera rien à l’avancée du dossier, selon Olivier Dubuquoy. « Il nous a écoutés, nous avons mené des réunions avec lui, nous avons souvent eu des échanges téléphoniques, mais il n’y a pas eu d’avancée politique. Il manquait beaucoup de chose, et en premier lieu des soutiens politiques pour une prise de position, mais il n’y en a jamais eu. »

Pour Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Ecologie et opposante aux boues rouges, la démission de Nicolas Hulot, et la nomination d’un ou d’une ministre ne changeront rien. « Cette politique a été imposée par Emmanuel Macron à Nicolas Hulot et elle sera également imposée à son successeur », pense-t-elle. L’autorisation de poursuivre les rejets en mer accordée fin 2015 à l’usine Alteo de Gardanne avait été prise par Manuel Valls, alors Premier ministre sur l’avis d’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, face à Ségolène Royale, ministre de l’Ecologie qui à l’époque dénonçait un chantage à l’emploi.

Avancées judiciaires, voire économiques

Les récentes avancées du dossier, le raccourcissement de la dérogation accordée à Alteo pour les rejets en mer de 2021 à 2019, sont judiciaires et non pas politiques. Un constat sur lequel s’accordent également Corinne Lepage et Olivier Dubuquoy. « Bien sur que le rapport de force est davantage judiciaire, voire médiatique, que politique. Nous avons engagé plusieurs recours juridiques afin de contraindre les politiques sans attendre de prise de position favorable de leur part », avance-t-il.

Désormais, son seul espoir, ou presque, est l’arrêt pur et simple de l’usine Altéo à l’horizon 2021. « Cet arrêt pour des raisons économiques semble orchestré de longue date par les propriétaires de l’usine, cette hypothèse est tout à fait plausible », avance Olivier Dubuquoy. Dans ce cas, difficile d’avancer l’argument des plus de 400 emplois à maintenir.

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