Dauphin en rut dans le Finistère: «Un dauphin, ce n’est ni une grosse peluche ni un pote»

ANIMAUX Un maire a pris un arrêté pour interdire la baignade aux côtés de l’animal, une décision contestée par un avocat...

Jérôme Gicquel

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Illustration d'un dauphin.
Illustration d'un dauphin. — V. Hache / AFP
  • Un dauphin en rut, prénommé Zafar, sème la pagaille dans le Finistère.
  • Pour éviter tout accident, le maire d’une commune a pris un arrêté pour interdire la baignade aux côtés de l’animal.
  • Un avocat critique cette décision et prévoit de déposer un recours devant le tribunal administratif.

L’histoire d’un dauphin en rut fait grand bruit dans le Finistère. Depuis plusieurs mois, Zafar, un grand dauphin solitaire, a pris ses aises dans la rade de Brest. Pas farouche, le cétacé apprécie et recherche le contact humain. Un peu trop même. Plusieurs baigneurs et amateurs de sports nautiques ont ainsi été importunés cet été par l’animal, particulièrement porté sur le sexe. Le pénis en érection, le dauphin a plusieurs fois empêché des nageurs de rejoindre le rivage.

Si aucun accident n’a été signalé, la situation inquiète toutefois le maire de Landévennec. La semaine dernière, l’élu a pris un arrêté interdisant « la baignade et la plongée sur le littoral de la commune dès que la présence du dauphin est avérée ». « J’ai pris cet arrêté pour préserver la sécurité des personnes. Plusieurs baigneurs ont eu très peur », explique Roger Lars.

Un recours devant le tribunal administratif

Avocat au barreau de Quimper et spécialiste en droit de l’environnement, Erwan Le Cornec a fait des bonds en découvrant cette décision, perçue comme un arrêté « anti-dauphin ». « Avec un tel arrêté, le maire veut faire passer un dauphin pour une bête presque féroce, totalement imprévisible, susceptible de noyer les gens », souligne l’avocat, qui nage régulièrement aux côtés de Zafar.

Erwan Le Cornec envisage donc de déposer un recours devant le tribunal administratif de Rennes pour dénoncer l’arrêté municipal pris par le maire, craignant que cela tourne à « la psychose ». « Et ensuite ce sera la psychose de se faire piquer par une méduse ou un oursin ! », ironise l’avocat.

Un animal potentiellement dangereux

Pour sa défense, le maire de Landévennec explique qu’il a pris cet arrêté après avoir consulté des spécialistes des mammifères marins, en l’occurrence des scientifiques de l’aquarium Océanopolis à Brest. Contacté par 20 Minutes, Gaël Gautier, directeur de l’association Al Lark, qui étudie les cétacés, estime que l’élu a pris une sage décision.

« Certains peuvent trouver cela exagéré. Mais un dauphin, et surtout Zafar qui a un comportement particulier, n’est pas une grosse peluche ni un pote. C’est un animal puissant et nager à côté d’un dauphin ou le caresser n’est pas sans danger », indique ce spécialiste, rejetant la faute sur « la bêtise humaine ». « Sans vouloir faire mal, un coup de la nageoire caudale peut faire beaucoup de dégâts », ajoute Sami Hassani, spécialiste des mammifères marins au parc Océanopolis, interrogé par Le Télégramme.

Sur ce point, l’avocat Erwan Le Cornec reste plutôt perplexe. Selon lui, aucun accident n’a eu lieu entre un dauphin et un humain dans le Finistère « depuis que les deux espèces coexistent ». « Que restent à terre ceux qui sont mauvais nageurs ou qui ont peur de la mer et des mammifères marins », conclut l’avocat, bien décidé à continuer de nager aux côtés du dauphin Zafar.