Energie: Sauver le charbon américain, une cause perdue d’avance pour Donald Trump?

DECLIN Donald Trump a annoncé un nouveau projet de réglementation supprimant les normes antipollutions strictes que voulaient imposer son prédécesseur...

Fabrice Pouliquen

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Une centrale à charbon à Castle Dale dans l'Utah.
Une centrale à charbon à Castle Dale dans l'Utah. — GEORGE FREY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
  • Donald Trump a confirmé mardi qu’il entendait supprimer les normes antipollution que son prédécesseur, Barack Obama, voulait imposer dans le cadre de son « Clean Power Plan » et qui auraient conduit à la fermeture de nombreuses centrales au charbon américaines.
  • Donald Trump avait annoncé la couleur dès sa campagne présidentielle en affirmant qu’il défendrait coûte que coûte l’industrie américaine du charbon, même si fortement émettrice de gaz à effet de serre.
  • Mais normes antipollution ou non, l’industrie du charbon est quoi qu’il en soit en fort déclin aux Etats-Unis, concurrencée par d’autres sources d’énergie aujourd’hui plus rentables.

« Nous rendons leur travail à nos super mineurs de charbon. Des gens super (…) on adore le beau charbon propre de Virginie occidentale »… Ce mardi, lors d’un meeting dans cet Etat minier acquis à sa cause, Donald Trump a réitéré son désir de donner un second souffle au charbon américain, une énergie fort émettrice de gaz à effet de serre et qui était dans le viseur de son prédécesseur, Barack Obama.

La stratégie de Donald Trump n’est pas nouvelle. Dès sa campagne, le président américain avait annoncé que, lui président, il annulerait les normes environnementales prises sous l’ère Obama et jugées illégales et destructrices d’emplois.

Il n’en était pas que resté aux promesses d’ailleurs. « L’administration Trump avait commencé à agir en ce sens avant même’annonce du retrait américain de l’Accord de Paris, début 2017, rappelle Nicolas Berghmans, chercheur en politiques climatiques et énergétiques à Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), joint par 20 Minutes. La cour suprême avait ainsi suspendu en attente d’examen l’application des normes antipollution que le « Clean Power Plan » de Barack Obama souhaitait imposer aux centrales à charbon. En parallèle, Donald Trump avait demandé à  EPA (Agence de protection de l’environnement) de revoir ces normes.

Laisser chaque Etat fixer ses normes antipollution…

C’est ce nouveau projet de réglementation qu’a annoncé Donald Trump ce mardi. Le « Clean Power Plan » de Barack Obama incitait chaque état à prendre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre induites par leur production d’électricité. « Mais avec l’idée tout de même que le pouvoir fédéral puisse intervenir s’il estimait que les Etats ne faisaient pas assez d’efforts », précise Nicolas Berghmans.

C’est ce garde-fou fédéral que supprime le projet de réglementation de l’administration Trump, laissant donc les mains totalement libres aux Etats. « On peut imaginer que ceux qui ont les plus vieilles centrales à charbon ou les mines d’extraction avec les plus anciens procédés techniques soient aussi les moins ambitieux en matière de normes antipollution », anticipe Antoine Missemer, économiste au CNRS, rattaché au laboratoire Cired (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement).

Energie « propre » et « indestructible » comme le dit Trump ?

En défendant coûte que coûte le charbon, Donald Trump entend déjà préserver des emplois dans des régions minées par la crise et qui lui ont été fidèles lors de la dernière élection. Mais le président américain dit aussi croire en l’avenir de cette énergie qu’il qualifie de « propre » mais aussi d'« indestructible ». « En temps de guerre ou de conflit, vous pouvez bombarder ces éoliennes, elles tomberont rapidement, lançait-il mardi. […] Vous pouvez faire énormément de choses à des panneaux solaires, mais vous savez quoi, vous ne pouvez pas atteindre le charbon. »

Dans ces propos, Nicolas Berghmans y voit le côté showman du président américain. « L’argument du charbon comme énergie indestructible ne tient pas debout », estime en tout cas le chercheur de l’Iddri. Quant à présenter le charbon comme une énergie potentiellement propre, Nicolas Berghmans tique une nouvelle fois. La principale piste pour rendre l’utilisation du charbon moins polluante est la technique dite de séquestration et stockage du carbone, qui consiste à capter le CO2 à la sortie des cheminées pour le stocker dans le sous-sol. « Mais cette technique double le coût de production de l’électricité au charbon, indique Nicolas Berghmans. Il faut également trouver un lieu de stockage de ce CO2, c’est-à-dire géologiquement approprié et accepté des riverains. »

Il n’existe que deux grandes installations de séquestration et de stockage du carbone sur des centrales en opération : Petra Nova au Texas et Boundary Dam au Canada. « Mais elles sont toutes les deux en proie à des difficultés économiques », précise Nicolas Berghmans. Un autre gros projet au Mississippi a été abandonné.

« L’économie joue contre le charbon »

Pas sûr alors que les efforts entrepris par Donald Trump parviennent à sauver le charbon américain. Le secteur est en perte de vitesse depuis plusieurs années et les normes antipollution imaginées par Barack Obama n’y sont pour rien puisqu’elles n’ont jamais été appliquées. « C’est l’économie qui joue aujourd’hui contre le charbon, rappelle Nicolas Berghmans. D’autres sources d’énergie sont tout simplement plus compétitives désormais. »

C’est le cas d’énergies renouvelables. C’est le cas aussi du gaz naturelevenu en 2015 la première source d’électricité aux Etats-Unis à la faveur du boom des gaz de schiste. Le charbon suit la pente inverse. En 2010, les Etats-Unis comptaient 580 centrales à charbon qui fournissaient 45 % de la production d’électricité nationale, rappelait début juin le New York Times. En mars 2018, il en restait moins de 350 et elles ne généraient plus « que » 30 % de l’électricité américaine. Au moins 40 centrales à charbon supplémentaires ont annoncé qu’elles fermeraient ou réduiraient leur capacité de production d’ici 2025, poursuit le quotidien américain qui ajoute que d’autres pourraient suivre encore. Le secteur emploierait aujourd’hui entre 50.000 et 60.000 personnes, contre 80.000 il y a sept ou huit ans.

D’autres pistes à l’étude pour favoriser le charbon ?

Supprimer le « Clean Power Plan » de Barack Obama – et ses strictes normes antipollution - ne devrait pas suffire à inverser la tendance. « L’administration Trump a évoqué d’autres pistes à l’étude qui reviendrait à subventionner le charbon ou même àbliger des distributeurs d’électricité à acheter un quota d’énergie provenant de centrales à charbon pour garantir des emplois dans ce secteur », évoque Antoine Missemer.

Cette politique pourrait avoir un impact à court terme sur les emplois charbonniers dans certains Etats, mais l’économiste du CNRS reste sceptique sur le long terme. « La tendance de fond mondiale, dans la lignée de l’Accord de Paris, est tout de même plus de se retirer du charbon, observe-t-il. Il est fort probable que les prochains grands marchés à conquérir soient dans les énergies renouvelables ou l’efficacité énergétique des bâtiments. Il serait très étonnant que les énergéticiens américains laissent passer le train au principe qu’il faut maintenir de vieilles centrales thermiques. »