Les guêpes sont-elles vraiment plus nombreuses cet été à nos tables?

INSECTES En Alsace comme ailleurs, les guêpes sont très présentes autour de nous cet été. A Strasbourg, une boulangerie a même retiré le sucre glace de ses viennoiseries devant leur afflux…

Bruno Poussard

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Une guêpe à la recherche d'eau, dont elle a particulièrement besoin lorsque la température et pour laquelle elle n'hésite pas à se déplacer loin de son nid. Illustration
Une guêpe à la recherche d'eau, dont elle a particulièrement besoin lorsque la température et pour laquelle elle n'hésite pas à se déplacer loin de son nid. Illustration — Alexas_Fotos / Pixabay / Creative Commons.
  • Ces dernières semaines, qui n’a pas vécu un pique-nique sans chercher à écarter les guêpes du melon.
  • Dans une boulangerie de Strasbourg, c’était l’invasion. « Il y en avait jusqu’à dix sur un pain au chocolat, on est plusieurs à avoir été piqués et des clients avaient peur de s’approcher », avoue-t-on.
  • Mais y a-t-il vraiment plus de guêpes cet été ?

L’été et les guêpes, c’est une vieille histoire. Et cette année, elle est venue se rappeler à nous. Ces dernières semaines, qui n’a pas vécu un pique-nique sans chercher à écarter un de ces hyménoptères de son melon ou de son dessert ? A Strasbourg, l’abondance de ces petits insectes a même demandé à des boulangeries de trouver la parade.

Depuis bientôt deux semaines, L’atelier 116, au milieu de la Grand’rue, a décidé d’interrompre le nappage de ses viennoiseries, véritable institution alsacienne. « On n’a pas eu trop le choix, il y en avait jusqu’à dix sur un pain au chocolat, on est plusieurs à avoir été piqués et des clients avaient peur de s’approcher », raconte Marie, vendeuse.

Record d’interventions probable des pompiers du Bas-Rhin

Dans le Bas-Rhin – où de telles interventions restent gratuites –, les sapeurs-pompiers sont déjà sortis 10.388 fois cette année pour des nids à l’intérieur ou à proximité d’habitations depuis le début de l’année, contre 9.023 fois pour tout 2017. « Ça nous demande pas mal de travail, prolonge le commandant Pierre Sibert. Notre record de 2015 [avec 11.074 interventions pour des guêpes] risque d’être battu. »

L’Alsace n’est pas la seule région touchée, loin de là. Mais les guêpes sont-elles vraiment plus nombreuses cet été ? Ou sont-elles juste plus visibles ? 20 Minutes s’est tourné vers des spécialistes pour en savoir plus. « Nous ne sommes pas convaincus qu’il y en a tellement plus », cadre d’emblée Christophe Brua, président de la Société alsacienne d’entomologie.

Des guêpes « plus actives » par temps « chaud et sec »

Leur population n’étant pas suivie, son évolution est impossible à mesurer. D’autant que la totalité des colonies de guêpes ne passe pas l’hiver. Les reines en reforment chaque année au printemps. Avec un nombre et une taille en revanche dépendants du climat. Comme leur évolution au fil des mois suivants. C’est ce qu’explique l’entomologiste strasbourgeois Sylvain Hugel :

Lorsqu’il fait chaud et sec, les guêpes sont plus actives pour chercher de la nourriture et de l’eau, avec des trajets plus loin de leur nid. »

La canicule n’est pas pour rien dans leur présence. Lorsque le thermomètre dépasse environ 28 degrés, le chercheur du CNRS précise que les guêpes versent de l’eau sur leur nid pour le rafraîchir. Comme elles ont moins de temps pour chercher à manger et qu’elles sont opportunistes, ajoute-t-il, leur odorat les amène vers les aliments (sucrés ou protéinés) des hommes.

Des guêpes plutôt en voie de disparition, comme d’autres

Selon le scientifique, le phénomène serait plus de l’ordre du ressenti qu’une réelle augmentation du nombre de guêpes. D’autant qu’en passant plus de temps dehors lorsqu’il fait grand beau, n’importe qui à plus de chances d’y être confronté. Pour Christophe Brua, la présence d’une guêpe est aussi interprétée plus rapidement comme une nuisance qu’auparavant :

Les urbains, de plus en plus coupés de l’environnement naturel, paniquent à la vue de nombreux insectes ! »

Vraie espèce sauvage (à l’inverse des abeilles domestiquées pour l’élevage), les guêpes sont indispensables à l’équilibre des écosystèmes, comme les entomologistes tiennent à le rappeler. Pour la pollinisation des plantes, pour réguler certaines espèces dont elles se nourrissent (comme les chenilles) et en alimenter d’autres… Comme tant, elles sont pourtant menacées.

Les guêpes sont très utilises à la biodiversité, notamment en participant à la pollinisation, en régulant les espèces ou en alimentant d'autres. Illustration
Les guêpes sont très utilises à la biodiversité, notamment en participant à la pollinisation, en régulant les espèces ou en alimentant d'autres. Illustration - Ulleo / Pixabay / Creative commons.

« A moyen terme, les guêpes sont moins nombreuses qu’avant, insiste Sylvain Hugel. Souvenez-vous des assiettes de pique-niques ou des pare-brise de voitures quand, enfants, vous partiez en vacances. Les insectes sont en train de mourir. C’est une vraie catastrophe silencieuse pour la nature sauvage. Aujourd’hui, on devrait plutôt s’inquiéter de ne plus être dérangés par les guêpes. »