Alsace: «C'est du jamais vu», pourquoi les vendanges commencent-elles de plus en plus tôt?

VITICULTURE Face à la maturité des raisins de ses parcelles de crémant d’Alsace, un viticulteur du Haut-Rhin a dû débuter ses vendanges le 17 août. « Du jamais vu » pour lui. Explications après la sortie des dates officielles…

Bruno Poussard

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En 2018, les vendanges commenceront officiellement le 22 août pour le crémant et le 3 septembre pour les autres en Alsace. Illustration
En 2018, les vendanges commenceront officiellement le 22 août pour le crémant et le 3 septembre pour les autres en Alsace. Illustration — G. VARELA / 20 MINUTES

Les dates ont été dévoilées ce lundi. En Alsace, les vendanges débuteront mercredi pour le crémant, le 3 septembre pour les vins dits « tranquilles ». Mais à Ammerschwihr, à l’entrée du Val d’Orbey (Haut-Rhin), le domaine Sick-Dreyer n’a pas attendu. Face à la maturité de ses raisins, une dérogation a été demandée il y a déjà une semaine.

Validée deux jours après, elle a permis d’attaquer les vendanges le 17 août sur les huit parcelles de crémant. Pareil chez un homologue d’Eguisheim. Dans la région, ils sont une dizaine à avoir sollicité l'Institut national de l'origine et de la qualité (qui gère les AOC) pour obtenir une dérogation. En 2016, Sick-Dreyer était déjà le premier en Alsace.

« Mais le 17 août, c’est du jamais vu ! » répète-t-on ici à 20 Minutes. Son propriétaire Etienne Dreyer précise : « Quand j’étais petit, c’était vers fin septembre ou début octobre. Ça ne se fait plus à ces dates. » En 2017, le lancement officiel a eu lieu le 24 août. Le 12 septembre en 2016. Le 2 septembre pour 2015. Comme en 2014 aussi, ou presque.

Des vendanges lancées en août depuis 2003

Attaquer les vendanges en août devient moins rare. Etienne Dreyer se souvient de sa première, le 26 août 2003. Une année de canicule, déjà. Comme en 2007… Directeur du pôle Alsace de l’Institut français de la vigne et du vin, Eric Meistermann confirme le changement : « Devant une courbe de tendance à partir des dates en fonction du millésime, on voit qu’en 40 ans, les vendanges ont quasiment pris 30 jours d’avance. »

La précocité et la croissance plus rapide ne s’expliquent pas par de moindres précipitations, mais par une température cumulée plus élévée. L’évolution n’est pas sans poser de question, et pas seulement pour le recrutement avancé parfois plus compliqué des vendangeurs. Le viticulteur en discute avec son père dont il a pris la suite en 2001 :

« Il me dit que les cycles - avec des années de vaches maigres ou de vaches grasses - ce n’est pas nouveau. Il y a peut-être bien des moments où on a aussi vendangé en août il y a bien plus longtemps. »

Cette année, la raison est encore climatologique. Après un hiver humide comme il faut, le temps a été clément tout au long du printemps. « On a eu très peu de frais », rappelle Etienne Dreyer. Le propriétaire a vu la date avancée venir. La floraison a eu lieu le 25 mai dans ses vignes, et on dit qu’il faut vendanger 90 jours après pour le crémant (contre 100 jours par le passé, cela dit)…

Finalement, la récolte a commencé 87 jours plus tard chez lui, la faute à des réserves d’eau épuisées ces dernières semaines sous la chaleur. Le fameux cycle respecté, l’évolution des dates des vendanges semble sans conséquence pour la qualité du vin. Au contraire : « Avec la sécheresse, on a des raisins fins, c’est intéressant. » Peut-être en aura-t-elle sur le goût, en revanche. Eric Meistermann complète : « En 2003, le Gewurztraminer avait clairement des notes différentes. »

Quelle réaction des vignes à ces évolutions à long terme ?

Si la récolte de l’année ne s’annonce pas mal en qualité et en quantité, les viticulteurs réfléchissent quand même à l’avenir à plus long terme avec le réchauffement climatique. « Le pinot gris ne subit pas autant que le Riesling, mais les vignes souffrent de stress hydrique, rappelle Etienne Dreyer. A la longue, comment vont-elles réagir ? »

A cause du manque d’eau, le propriétaire du domaine Sick-Dreyer observe déjà un dessèchement sur certains de ses pieds. La possibilité, un jour, d’irriguer légèrement une partie des vignes françaises (comme ailleurs en Europe) est doucement évoquée. Avec celle de développer des cépages résistants aux maladies (pour limiter l’utilisation des pesticides) et à la chaleur. Des recherches sont déjà lancées.