VIDEO. Depuis 15 jours, Tahlequah, la femelle orque, ne lâche pas son bébé décédé

ANIMAUX C’est un phénomène connu des scientifiques : les orques portent parfois à la surface de l’eau les corps de leurs baleineaux morts. Mais pour Tahlequah, le deuil dure depuis 15 jours. De quoi émouvoir le grand public et inquiéter les chercheurs…

Fabrice Pouliquen

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Un orque de six tonnes saute sans effort à la surface de l'eau (Photo illustration).
Un orque de six tonnes saute sans effort à la surface de l'eau (Photo illustration). — Ken Rea/Solent News/SIPA

Tahlequah se refuse toujours à abandonner son bébé mort peu de temps après sa naissance. L’orque femelle, âgée d’une vingtaine d’années, avait ému le monde entier fin juillet après avoir été aperçu poussant du nez son bébé décédé à la surface de l’eau pour éviter qu’il ne coule.

Le baleineau est décédé le mardi 24 juillet, dans la matinée, 1h30 seulement après sa naissance au large de Victoria en Colombie Britannique (Canada). Trois jours plus tard et 150 miles (240 km) plus loin, J35 (l’autre nom de Tahlequah) était de nouveau repéré toujours poussant son bébé.

Un deuil particulièrement long

Le comportement est connu. Les chercheurs savent que les cétacés prenaient parfois grands soins de leurs défunts pour protéger les dépouilles d’éventuels prédateurs. Mais généralement pas sur un laps de temps aussi long, explique le New York Times. C’est bien en cela que J35 intrigue Ken Balcumb, responsable scientifique du Centre de recherche sur les baleines de San Juan Island. « Comme si elle ne voulait pas se résoudre à laisser partir le baleineau, observait-il dans les colonnes du quotidien. Comme si elle se morfondait dans la douleur, se demandant pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? »

Le mystère s’est épaissi un peu plus encore ce mercredi 8 août. Michaël Milstein, porte-parole de la NOAA (National oceanic and atmospheric administration), un organisme américain chargé de la ressource marine au sein de la zone économique exclusive des Etats-Unis, a indiqué que J35 a de nouveau été repéré par des scientifiques avec sa famille le long de la péninsule olympique, non loin de Seattle.

Des inquiétudes sur la santé physique et mentale de Tahlequah

Et l’orque s’accrochait toujours au cadavre de son nourrisson, plus de deux semaines donc après la mort de ce dernier, rapporte ce jeudi CBS News. « Je n’arrive pas à croire qu’elle transporte toujours son bébé », commente la scientifique Deborah Giles, de l’ONG Wild Orca, dans les colonnes du Seattle Times. Je suis gravement inquiet en ce qui concerne la santé physique et mentale de J35. » « Même si sa famille chasse pour elle et lui procure à manger », Deborah Giles s’inquiète de la capacité de l’orque à se nourrir suffisamment pour récupérer le poids qu’elle a perdu pendant sa gestation et pendant cette période de deuil.

Ces mêmes scientifiques ont aussi repéré au sein de la même famille l’état de santé inquiétant de J50, une jeune orque de trois ans et demi et visiblement très amaigri. La NOAA monte en ce moment une opération pour tenter d’approcher J50 pour tenter de le soigner, précise le Seattle Times.

Aucun bébé orque viable en trois ans dans cette région

Le deuil particulièrement long de Tahlequah a eu pour effet d’alerter le grand public sur le déclin de la population des d’épaulards résidents du Sud, à laquelle elle appartient. Aucun bébé orque n’a ainsi survécu après sa naissance depuis trois ans dans la région, indiquait fin juillet Centre de recherche sur les baleines de San Juan Island. Ce déclin serait principalement dû à la raréfaction du saumon, probablement due à la surpêche et au changement climatique, indique le New York Times. D’autres causes sont avancées : la consanguinité, les nuisances sonores causées par le trafic maritime ou encore les déchets et produits chimiques déversés dans l’eau.