Transition énergétique: Quel bilan peut-on dresser du plan climat?

CLIMAT Le plan climat souffle sa première bougie ce vendredi. L’occasion pour Nicolas Hulot d’en dresser un premier bilan. Un paquet de mesures a été pris. Mais faut-il en être fier ?….

Fabrice Pouliquen

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Niocolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, présentera ce vendredi un bilan d'étape du plan climat, voté il y a un an tout juste.
Niocolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, présentera ce vendredi un bilan d'étape du plan climat, voté il y a un an tout juste. — ERIC PIERMONT / AFP
  • Le plan climat avait été lancé le 6 juillet 2017 avec l’objectif d’accélérer la transition énergétique et climatique.
  • Prime à la casse, économie circulaire, fin des véhicules diesel et essence en 2040, du bio à la cantine… Une série de mesures avaient été annoncées et ont été effectivement prises sur cette première année.
  • Réseau action climat, un réseau d’ONG mobilisé sur les questions climatiques, appelle toujours le gouvernement à être plus ambitieux. En particulier sur des dossiers cruciaux à venir dans les prochains mois, tels que celui de la loi Mobilité et son plan vélo.

La semaine est décidément bien chargée au ministère de la Transition écologique et solidaire. Le plan biodiversité à peine présenté, Nicolas Hulot passe à un autre gros dossier ce vendredi : le plan climat. Autrement dit, le plan d’attaque du gouvernement pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et accélérer la transition énergétique.

Cette fois-ci, pas d’annonces mais un premier bilan, un an jour pour jour après le lancement officiel du plan climat. Toute la journée de ce vendredi sera consacrée à ce point d’étape au ministère.

Des émissions de GES toujours en hausse ?

Que retenir ? Si on mesurait l’efficacité des mesures engagées à leur impact sur nos émissions de carbone, un facteur majeur du réchauffement climatique, le bilan ne serait pas bon. « Depuis fin 2015, les émissions de CO2 repartent à la hausse en France, pointe Pierre Cannet, responsable du programme climat à WWF France. En 2016, le pays avait émis 463 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit 3,6 % de plus que ce qui était prévu dans la stratégie nationale bas carbone. » De nouvelles données, portant sur l’année 2017, doivent être communiquées ce vendredi, et elles ne seraient guère plus « enthousiasmantes » à entendre le ministère de la Transition écologique.

Reste que ce retour à la hausse, en partie imputé à la reprise économique, n’invalide pas encore le plan climat, dont les premières mesures ont été instaurées il y a un an tout juste. Il faudra du temps pour qu’elles portent leurs fruits et qu’on puisse en mesurer l’impact précis.

Ce vendredi, Nicolas Hulot devrait alors plutôt l’accent sur les efforts fournis en un an. Parmi eux, les mesures prises visant à visent à aider les ménages, en particulier les plus modeste à améliorer leur bilan carbone. L’extension de la prime à la casse [de 500 à 1.000 euros] à tous les Français propriétaires d’un véhicule essence d’avant 1997 ou diesel avant 2001, par exemple, ou encore la prime à la conversion [2.500 euros] vers des véhicules moins polluants « qui marche très bien », assure-t-on au ministère*. Sans oublier le « coup de pouce financier aux ménages français souhaitant troquer leur chaudière au fioul pour une énergie plus propre » (jusqu’à 3.000 euros).

Des symboles forts actés en un an…

Le projet de loi hydrocarbure, [interdisant tout nouveau permis de recherche d’hydrocarbure sur le territoire français ne renouvelant pas les concessions existantes au-delà de 2040], entre aussi dans ce plan climat, tout comme la fin de la vente de véhicules diesel et essence à l’horizon 2040. Deux mesures soulignées comme des « symboles forts » par Pierre Cannet.
A celles-ci, il faudrait ajouter la feuille de route de l’économie circulaire, annoncée le 24 avril dernier parmi les mesures marquantes : améliorer le tri des déchets, favoriser le recyclage et le réemploi contribuent à améliorer le bilan carbone en réduisant par exemple notre recours au plastique vierge. Ou encore cette disposition de la loi alimentation qui engage les cantines à proposer aux élèves au moins 50 % de produits issus du bio ou de l’agriculture responsable.

Le Réseau Action Climat, un réseau d’ONG françaises mobilisées dans la lutte contre les changements climatiques dont fait partie WWF, cite enfin les récents efforts pour faciliter et accélérer l’essor des énergies renouvelables mais également la part importante consacrée au climat par Emmanuel Macron dans son agenda diplomatique.

… Mais toujours des incohérences ?

Faut-il pour autant s’en féliciter ? A vrai dire, le RAC est loin d’accorder un sans-faute au gouvernement Macron en matière de transition énergétique. Le réseau pointe déjà les contradictions qui ternissent la portée des mesures prises.

Un exemple ? Emmanuel Macron parle beaucoup « climat » dans ses rendez-vous internationaux, mais « valide la conclusion de traités commerciaux incompatibles avec le climat, comme le Ceta. », déplore le RAC. L’autorisation donnée à Total de lancer la raffinerie de la Mède, « reposant sur l’importation de 300.000 à 500.000 tonnes d’huile de palme par an en France » est jugé incompatible avec la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée, que le gouvernement doit présenter dans les prochains jours.

Surtout, le RAC estime qu’au-delà d’une diplomatie active et des signaux de long terme important pour le climat, l’action du président de la République et du gouvernement ne rompt pas avec ce que les précédents gouvernements et les mesures sur le court terme demeurent insuffisantes ». « Dans des secteurs à fortes émissions de gaz à effet de serre, comme les transports ou le bâtiment, les mesures actuelles sont insuffisantes pour aller vers une décarbonation, détaille Pierre Cannet. Elles ne permettent même pas d’endiguer la reprise à la hausse des émissions. On ne peut pas se cacher derrière la reprise économique. La France doit parvenir à découpler développement économique et respect de l’environnement. »

Des dossiers cruciaux à venir dans les prochains mois

Le gouvernement a encore l’opportunité de changer de braquet. En particulier dans les prochains mois au cours desquels plusieurs plans cruciaux en matière de transition énergétique doivent être dévoilés. La stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée donc, mais aussi la loi Mobilité, dans lequel doit figurer un grand plan vélo ou encore la nouvelle PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) qui doit fixer d’ici la fin de l’année la politique énergétique en France sur les dix prochaines années (deux périodes de cinq ans). « De nombreuses décisions doivent être prises mais sont encore sur la table des négociations, poursuit Pierre Cannet. On sait que Nicolas Hulot les porte, on ne sait pas en revanche s’il parviendra à convaincre le gouvernement. »

Le RAC liste une série de 12 mesures à engager au plus vite. Y figurent un « vrai » plan vélo à hauteur de 200 millions d’euros par an et le remboursement obligatoire des trajets domicile-travail en bicyclette. Le RAC demande aussi un plan de sortie complet des biocarburants cultivés sur des terres dédiées, y compris dans le transport aérien, l’inscription dans la Stratégie nationale bas carbone de l’objectif de réduire d’au moins 50 % les émissions du secteur agricole à l’horizon 2050 ou encore d’acter dans la PPE la fermeture de plusieurs réacteurs nucléaires. Pas seulement la centrale de Fessenheim et ceci, d’ici la fin du quinquennat.

*Entre janvier et juin 2018, 75.000 personnes en ont bénéficié. Le montant de cette prime est de 1.000 euros pour les ménages imposables et de 2.000 euros pour les ménages non imposables.

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