VIDEO. Cannes: Des visages monumentaux dans la baie... Le premier «écomusée sous-marin» de France se prépare

INSOLITE En attendant une autorisation de l’Etat, l’artiste anglais Jason deCaires Taylor a commencé à mouler des visages de Cannois…

Fabien Binacchi

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Les œuvres sont colonisées au fil des décennies
Les œuvres sont colonisées au fil des décennies — Jason deCaires Taylor
  • Le plasticien anglais Jason deCaires Taylor, créateur de sculptures sous-marines, devrait installer une de ses expositions au large de Cannes.
  • Le moulage de plusieurs visages de Cannois, qui seront reproduits sur des œuvres de plusieurs mètres de hauteur, a débuté sur les îles de Lérins.
  • Cette exposition inédite en France nécessite une autorisation de l’Etat.

Des visages monumentaux plongés dans le monde du silence. Des œuvres d’art immergées à quelques mètres de la surface. A Cannes, au large des Îles de Lérins, on se prépare à accueillir le tout premier « écomusée sous-marin » de France et de Méditerranée, voué à évoluer pendant des décennies au contact de la faune et de la flore.

Après un projet avorté du côté de Marseille, cette performance, signée Jason deCaires Taylor, aurait de bonnes chances de s’ancrer dans la baie de la cité des festivals.

Capturer tous les détails sur les visages de plusieurs Cannois

En attendant une réponse de l’Etat, indispensable pour cette installation insolite dans un milieu protégé (le site est classé Natura 2000), le travail du plasticien anglais a commencé au fort royal de l'île Sainte-Marguerite, où une exposition de photographies lui est aussi consacrée tout l’été. Jusqu’à mercredi, des Cannois volontaires vont défiler dans son atelier pour se faire « voler » leurs traits.

« J’utilise de l’alginate, un produit à base d’algues, qui capture très bien les détails. Chaque ride, chaque poil est visible », explique le Britannique, déjà « exposé » dans des mers du monde entier. La séance dure 30 minutes et la procédure est impressionnante.

Le plasticien va voler les traits d'une cinquantaine de Cannois
Le plasticien va voler les traits d'une cinquantaine de Cannois - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
Les moulages sont faits à partir d'alginate qui permet de capter tous les détails d'un visage
Les moulages sont faits à partir d'alginate qui permet de capter tous les détails d'un visage - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Tellement que Jean-Pierre, 80 ans, a fini par renoncer avec la peur de « devoir chercher de l’air et de paniquer » sous le poids du moule. Danielle, elle, a accepté sans rechigner de donner son image dans l’espoir de laisser « une trace [d’elle] quand [elle] ne sera plus là ».

Une exposition liée à la légende du Masque de fer

Au total, une cinquantaine de Cannois vont être reproduits, mais seulement une poignée sera finalement choisie par Jason deCaires Taylor. Cinq sculptures verticales de 2 m et une sixième horizontale de 3,5 m seront immergées à faible profondeur.

« Je cherche des traits très affirmés, un certain charisme. Les visages qui ont beaucoup de rides ressortent mieux. Ils racontent quelque chose. Mais il faut également pouvoir proposer des choses différentes », explique l’artiste, dont des œuvres ont notamment été consacrées à la crise des Migrants.

Le radeau de Lampedusa, en écho à la crise des Migrants est immergé au large de l'île de Lanzarote
Le radeau de Lampedusa, en écho à la crise des Migrants est immergé au large de l'île de Lanzarote - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Dans cette nouvelle exposition que la ville de Cannes voudrait installer près de la pointe du Batéguier, à l’ouest de l’île Sainte-Marguerite, l’Anglais devrait se servir de l'histoire du Masque de fer. La légende voudrait que le prisonnier ait séjourné dans les cachots du fort royal. « Le message tournera aussi autour d’un questionnement contemporain à savoir que nous portons nous aussi plus au moins un masque ».

Des récifs artificiels pour la vie aquatique

Fervent écologiste, Jason deCaires Taylor défend aussi la portée environnementale de ses expositions, qui offrent des récifs artificiels pour la vie aquatique. « Il utilise un béton au PH neutre qui n’impacte pas le milieu, relève Christophe Roustan Delatour, directeur adjoint des musées de Cannes. Ses sculptures deviennent des points d’ancrage pour les algues et les larves de corail. Et des cavités accueillent des poissons et des crustacés. »

Des photographies des sculptures sous-marines de Jason deCaires Taylor sont exposées tout l'été au fort royal de l'île Sainte-Marguerite
Des photographies des sculptures sous-marines de Jason deCaires Taylor sont exposées tout l'été au fort royal de l'île Sainte-Marguerite - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Des arguments qui serviront à plaider le dossier auprès de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Paca, compétente pour délivrer une autorisation d’occupation temporaire (AOT) pour cette initiative inédite en France.

« Nous avons une réunion programmée mi-juillet qui pourra déboucher sur une validation directe du projet ou sur le déclenchement d’une étude d’impact, qui prendra jusqu’à huit mois », précise Georges Montanella, le directeur mer et littoral à la mairie de Cannes, « confiant » sur l’issue de ces démarches. La ville, qui a prévu un budget de 300.000 euros pour ces œuvres, espère pouvoir les installer dans le courant du premier semestre 2019.