Pyrénées: Le Tour de France va devoir s'adapter à la tranquillité d'un couple de vautours

INSOLITE Des vautours percnoptères nichent dans la montée du col de Portet, où passera la 17e étape. Et ces rapaces n’aiment pas le bruit…

Nicolas Stival

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Le vautour percnoptère, une espèce rare et protégée.
Le vautour percnoptère, une espèce rare et protégée. — Ausloos / Sipa
  • Une zone est définie autour du nid de vautours percnoptères rapaces pour que les hélicoptères ne la survolent pas.
  • Les oisillons pourraient tenter de sauter du nid en cas de stress intense, alors qu’ils ne savent pas voler.
  • Le Tour de France est habitué à composer avec les contraintes environnementales.

Le 25 juillet, lors de l’étape pyrénéenne entre Bagnères-de-Luchon et Saint-Lary Soulan, d’innombrables fans du Tour de France se masseront sur les bas-côtés du col de Portet. Non loin des camping-cars, un couple avec enfant(s) sera l’objet de toutes les attentions. Il s’agit de vautours percnoptères rentrés de leur migration au printemps. Cette espèce protégée risque d’être dérangée par le manège de la Grande Boucle. En particulier par le bruit des hélicoptères qui assurent les vues aériennes si prisées des téléspectateurs.

Le personnel du Parc national des Pyrénées veille au bien-être de ces rapaces, qui ne représentent que 90 couples en France, dont 71 dans ce massif montagneux.

« Autour de l’aire [le nid], on définit une zone de sensibilité moyenne, divisée entre une zone cœur et une zone tampon, détaille Franck Reisdorffer, technicien patrimoine pour l’unité Bigorre. Dans la zone cœur, où passe la course, on essaie d’être le plus restrictif possible par rapport aux activités bruyantes. »

Conséquence : en négociations avec ASO, organisateur de l’épreuve, et France Télévisions, il a été décidé d’établir un périmètre d’environ 800 mètres autour du nid des vautours que devront contourner les hélicos. Chez ASO, on assure avoir l’expérience de ce type de problématiques.

« Le respect de la biodiversité fait partie intégrante de la définition du tracé de la course. Nous produisons, avec la collaboration de notre cabinet d’expert Biotope, des études d’incidences Natura 2.000. Ces zones prennent en compte des milieux et des espèces d’oiseaux sensibles pouvant être respectivement impactés par le piétinement du public et le survol des hélicoptères. »

Ce travail est mené en collaboration avec les opérateurs locaux. Il peut conduire aussi à des interdictions de stationnement, à des restrictions de passage et à la réduction voire à l’interruption des animations sonores de la caravane.

Mais au fait, quel risque précis pèse sur les vautours percnoptères du col de Portet s’ils se retrouvent en situation de stress ? « La date de l’étape tombe à une période où le jeune n’est pas capable de voler mais commence à battre des ailes, explique Franck Reisdorffer. S’il prend peur à cause du bruit, il peut vouloir sauter… » Et c’est le crash quasi-assuré, alors que le percnoptère, comme le gypaète barbu, autre espèce protégée, n’est déjà pas l’espèce la plus féconde qui soit.

« Or, on sait que ce couple est fertile, reprend le technicien. L’an dernier, il avait mené deux poussins à l’envol. » Cette 17e étape n’est pas la seule du Tour de France 2018 à avoir nécessité de telles mesures et un repérage terrain, de la part d’ASO et de ses partenaires.

Un autre cas cette année dans les Cévennes

Quatre jours plus tôt, le 21 juillet, le peloton se sera élancé de Saint-Paul-Trois-Châteaux, dans la Drôme, pour rallier Mende, en Lozère. Une rencontre a eu lieu sur place avec des responsables du Parc national des Cévennes et de la Réserve naturelle des gorges de l’Ardèche, toujours pour une question de protection de rapaces.

« Nous avons trouvé des solutions et jamais modifié un tracé, assure-t-on chez ASO. Pour mémoire, la course a lieu sur la route bitumée où passent très souvent, chaque jour, de nombreux véhicules ! »