Gironde: Autrefois abondante, l’alose disparaît de la Garonne

ENVIRONNEMENT Après une expédition retraçant le parcours migratoire de la grande alose, plusieurs événements sont organisés à Bordeaux pour sensibiliser au grand danger de disparition de ce poisson…

Elsa Provenzano

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L'expédition a duré 13 jours sur la Garonne.
L'expédition a duré 13 jours sur la Garonne. — Mélanie Gribinski
  • Une expédition sur le trajet de migration de l’alose, en voie de disparition, a été menée en kayaks.
  • Des données ont été récoltées au cours du voyage et vont faire l’objet d’une publication scientifique.
  • Des conférences, un court-métrage documentaire et une installation artistique sont aussi organisés pour sensibiliser le grand public à la disparition du poisson migrateur autrefois abondant dans la Garonne et la Dordogne.

La grande alose (alosa alosa en latin) est un poisson migrateur, un peu comparable à la sardine ou au maquereau, mais de plus grande taille car il peut atteindre 50 centimètres. Autrefois très abondant dans la Garonne et la Dordogne, sa population s’est effondrée brutalement, à partir de 2007. « Avant cette date, il y avait des millions d’individus et aujourd’hui ils se comptent en milliers, pointe Donatien Garnier, poète et écrivain qui a participé à une expédition de recherche baptisée alosa alosa. Il y a une réduction de la population de grande alose de l’ordre de 99 % ».

La grande alose (ici ce sont des alevins) est en voie de disparition dans la Garonne et la Dordogne.
La grande alose (ici ce sont des alevins) est en voie de disparition dans la Garonne et la Dordogne. - PASCAL GUYOT / AFP

Pendant 13 jours, une expédition scientifique à bord de deux kayaks a eu lieu entre Lamagistère, dans le Lot-et-Garonne, et la Pointe de Graves. A son bord, une chercheuse, une réalisatrice et un artiste qui travaillent ensemble à une sensibilisation du public sur cette menace pour la biodiversité. A bord de kayaks en bois, construits sur le Bassin d’Arcachon, l’équipe de l’expédition alosa alosa, a suivi le trajet de migration du poisson avec « un moyen de transport léger, furtif et respectueux de l’environnement », fait valoir Donatien Garnier.

Un volet de recherche scientifique

Au-delà de l’observation visuelle, qui a laissé les expéditeurs sur leur faim tant les populations sont décimées, les kayaks ont remorqué des capteurs sous marins pour évaluer la qualité de l’eau (sa température, le niveau de l’oxygénation etc.) Françoise Daverat, chercheuse en biologie à l’Irstea, prépare une publication scientifique à partir des données récoltées. Le dimanche 9 septembre, elle participera au festival Climax organisé par Darwin en animant une conférence intitulée « Biodiversité, ici aussi un avenir à protéger ». Elle sera entourée d’Hervé le Treut, climatologue.

Les kayaks ont suivi le parcours de migration de la grande alose.
Les kayaks ont suivi le parcours de migration de la grande alose. - Mélanie Gribinski

Depuis 2007, la pêche de la grande alose est interdite en Gironde. Ce moratoire doit permettre de sauver le poisson migrateur, qui était très consommé dans la région. « Il signifiait le retour du printemps et il était tellement abondant qu’il représentait une manne alimentaire, et permettait par exemple aux plus modestes de faire des conserves », pointe Donatien Garnier. Des fêtes autour de l’alose et des différentes façons de la cuisiner étaient aussi organisées dans le département. Le jeudi 28 juin, une conférence gratuite intitulée « Béance dans l’assiette » est organisée à la maison écocitoyenne à partir de 18 h.

Le mercredi 25 juillet à 6 h et le lundi 20 août à 21 h, une conférence-croisière avec la projection du film « Le songe d’Aloson », réalisé lors de l’expédition Alosa alosa par Mélanie Gribinski. Ce film d’un peu plus de 7 minutes est « une fiction scientifique qui adopte le point de vue du poisson » explique la réalisatrice. On suit sa naissance et son périple semé d’obstacles qui doit le mener jusqu’à l’océan.

A partir du 1er juillet, une installation sera aussi proposée à la piscine olympique de Villenave d’Ornon. Donatien Garnier a imaginé d’y inscrire au fond, un poème autour de l’alose, à lire en nageant.

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