VIDEO. Pyrénées: Comment de simples randonneurs aident la recherche sur une plante menacée

BIODIVERSITE Au bord de deux lacs des Pyrénées, des chercheurs font progresser leurs connaissances sur une mystérieuse plante amphibie menacée grâce aux photos des randonneurs. Explications…

Helene Menal

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La laquette d'Orédon où la subulaire aquatique régresse.
La laquette d'Orédon où la subulaire aquatique régresse. — A. Compin - EcolLab
  • Grâce aux randonneurs pyrénéens, des chercheurs toulousains étudient la subulaire aquatique, une drôle de plante amphibie.
  • Un exemple de science collaborative qui fonctionne bien depuis deux étés.
  • Ce projet sera présenté ce week-end au grand public dans le cadre du forum gratuit organisé par le CNRS et intitulé Que reste-t-il à découvrir ?.

A priori, la photo d’un banal rocher croisé en randonnée, même s’il affleure à la surface d’un magnifique lac des Pyrénées, a peu de chance de faire avancer la science. Détrompez-vous. Pour la subulaire aquatique, une petite et mystérieuse plante amphibie qui figure sur la liste rouge des espèces menacées en France, cette photo peut tout changer. C’est du moins ce qu’espèrent les chercheurs du Laboraratoire Ecologie fonctionnelle et Environnement de Toulouse (Ecolab-CNRS-université Paul-Sabatier), à l’origine du projet POEMS.

La subulaire, à l’aise dans les lacs glacés des pays scandinaves, ne subsiste plus en France que dans les lacs d’altitude des Pyrénées. Et parfois, elle régresse comme dans la Laquette d'Orédon (Hautes-Pyrénées). Alors qu’elle s’épanouit plus à l’ouest du massif dans le paisible étang ariégeois de Comte.

« Cet étang et son niveau d’eau sont soumis aux variations naturelles tandis que la Laquette qui est au-dessous d’un barrage hydroélectrique connaît un niveau d’eau constant, explique Arthur Compin d’Ecolab. Du coup, la subulaire est constamment sous l’eau et on se dit que ça peut lui nuire. »

« En deux étés, nous avons collecté entre 300 et 400 photos »

Pour éprouver cette hypothèse et s’informer du niveau de l’eau dans les deux lacs, les chercheurs auraient pu placer des capteurs. Ils ont préféré les randonneurs faisant ainsi de POEMS une véritable expérience de science participative.

Le panneau qui indique aux randonneurs quel rocher photographier à la laquette d'Orédon.

Les promeneurs tombent pour la plupart par hasard sur un panneau qui leur indique un rocher à photographier, toujours le même, et où envoyer le précieux cliché. Grâce à l’immuable rocher, Ecolab détermine en temps réel le niveau d’eau. « En deux étés, nous avons collecté entre 300 et 400 photos, je ne m’attendais vraiment pas à ça », confie Arthur Compin. Alors bien sûr, il y en a un qui a tenté le selfie, sympathique mais inexploitable ; ceux qui en font trop et envoient carrément un herbier ; ou les distraits qui prennent le panneau explicatif plutôt que le rocher. « Mais les messages sont toujours sympathiques. L’expérience est gratifiante y compris pour nous qui avons peu d’occasions d’avoir des retours dans notre labo », assure le chercheur.

L’objectif de l’équipe est désormais d’implanter des panneaux au bord d’autres lacs. Pour mieux connaître et protéger la subulaire qui, avec sa sensibilité particulière aux activités humaines et au changement climatique, peut servir de « sentinelle » des Pyrénées.

Pour en savoir plus, POEMS fait partie des projets qui seront présentés ce week-end lors du forum scientifique grand public (et gratuit) organisé par le CNRS au Théâtre national de Toulouse. Avec un intitulé alléchant : Que reste-t-il à découvrir ?.