La raffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), le 16 avril 2015
La raffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), le 16 avril 2015 — BERTRAND LANGLOIS AFP

ECOLOGIE

Marseille: BioMed, la bioraffinerie Total de La Mède contestée, un frein pour son ouverture toute proche?

Un blocage de la raffinerie est prévu dimanche, tandis qu'une ONG a décidé de porter le dossier devant la justice... 

  • La bioraffinerie doit ouvrir à l'été 2018.
  • Une ONG conteste le projet devant la justice, à quelques mois de l'aboutissement de ce projet. 
  • Des agriculteurs vont de plus bloquer le site.

Il ne reste que quelques mois. La bioraffinerie de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône, doit être mise en service à « l’été 2018 ». C’est du moins ce qu’indique une source interne de Total à 20 Minutes. Le groupe pétrolier français a lancé en 2015 le projet de transformation de sa raffinerie de La Mède, près de l'étang de Berre, alors déficitaire. Il a cessé d’y raffiner du brut et l’a convertie, au prix d’un investissement de 275 millions d’euros, en y installant notamment un dépôt pétrolier, une ferme solaire, un centre de formation et cette bioraffinerie fonctionnant notamment à l’huile de palme.

Mais à quelques semaines de la mise en service, après plusieurs actions coup de poing de militants écologistes, qui craignent une hausse des importations d’huile de palme, la contestation semble prendre un autre virage. Ainsi, 15 jours après l’annonce d’un arrêté préfectoral autorisant à Total l’exploitation de cette bioraffinerie, les opposants aux projets s’invitent sur un autre terrain : celui de la justice.

L’arrêté contesté

Cette stratégie nouvelle est impulsée par les Amis de la Terre. L’ONG prépare un recours contre l’arrêté préfectoral émis il y a une quinzaine de jours qui autorise l’exploitation de la bioraffinerie. En cours de finalisation, ce recours devrait être déposé dans les prochains jours au tribunal adminstratif de Marseille. Plusieurs associations pourraient la rejoindre dans ce combat judiciaire, selon les informations de 20 Minutes.

« L’autolimitation à 300.000 tonnes d’huile de palme brute annoncée par Total est absente de l’autorisation officielle », pointe notamment l’ONG. « Ce recours est un outil supplémentaire pour ralentir Total dans ce projet de bioraffinerie qui ne tient pas la route », estime Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes des Amis de la Terre.

La raffinerie bientôt bloquée

L’annonce de ce recours se fait quelques jours seulement avant le blocage annoncé de la raffinerie de La Mède par la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles. A l’appel de leur fédération national, les agriculteurs des Bouches-du-Rhône prévoient une action aux abords du site dans la nuit de dimanche à lundi.

Dans une interview accordée à L'Union où elle annonce un blocage des raffineries dans toute la France, la présidente de la FNSEA a ainsi indiqué que « non content d’en avoir dans le Nutella, maintenant ce sont 400.000 tonnes d’huile de palme qui vont venir dans les raffineries, donc dans nos voitures ».

« Le projet se poursuit comme prévu »

Du côté de la fédération des Bouches-du-Rhône toutefois, le discours vis-à-vis des huiles de palme et de cette raffinerie est plus prudent. « Nous sommes solidaires des collègues producteurs de colza, il n’y en a pas dans les Bouches-du-Rhône, rappelle Isabelle Giordano, directrice de la FDSEA du département. Mais cette action est avant tout en direction du gouvernement, pour éviter que notre agriculture disparaisse. Et les raffineries, c’est symbolique. »

La contestation en cours, sur le plan local comme national, quelques mois avant la mise en service, pourrait-elle compromettre le projet de Total ? Interrogée par 20 Minutes, l’entreprise française affiche un sentiment de sérénité. « Nous avons reçu l’autorisation d’exploiter le 16 mai. Le projet se poursuit donc comme prévu. Si un recours contre cet arrêté devait être déposé, il ne serait pas suspensif. »

« On ne pourra pas empêcher l’ouverture, regrette Sylvain, mais on peut lui faire revoir son plan de reconversion. Si la suppression est actée, Total devra revoir ses plans tôt ou tard. » Selon lui, le futur de la raffinerie se décidera en effet à des kilomètres de la Mède, dans les instances de l’Union européenne.

Pour rappel, les députés européens ont voté en janvier la suppression progressive de l’huile de palme dans les biocarburants d’ici 2021. Sur Europe 1 jeudi, le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot le martelait :

« On est en train de s’organiser au niveau européen pour sortir de l’huile de palme et de la déforestation importée », assurant qu’il soutiendrait une « position forte » pour « à terme, qu’on sorte définitivement des agrocarburants et principalement de l’huile de palme, surtout celle faite sur le dos de la biodiversité ».