Toulouse : une étude démontre que les silures sont des prédateurs organisés pour chasser les saumons de la Garonne

BIODIVERSITE Le laboratoire EcoLab de Toulouse a publié en avril une étude démontrant que certains silures sont capables de s'organiser pour chasser les saumons...

Julie Rimbert

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Un silure dans la passe à poissons de Golfech.
Un silure dans la passe à poissons de Golfech. — Migado
  • Le comportement du silure, introduit dans les rivières françaises dans les années 1980, est étudié par les scientifiques.
  • Les résultats de leurs observations montrent que certains de ces poissons d'eau douce sont spécialisés dans la prédation du saumon.
  • Quelques spécimens sont alors prélevés pour limiter l'impact de cette espèce. 

Ils sont présents dans les cours d’eau d’Occitanie depuis les années 1980 et font souvent la fierté des pêcheurs qui les attrapent. Les silures, ces poissons d’eau douce qui peuvent atteindre des tailles supérieures à 1,5 m, sont de plus en plus nombreux, même dans le Canal du Midi. Le 23 mai dernier, Julien Bernis, un pêcheur toulousain a sorti un spécimen d’1,3 m et d’environ 15 kg, alors qu’il pêchait au Port de l’Embouchure !

« J’avais déjà eu une touche avec un silure le soir mais comme je n’étais pas bien équipé, je suis revenu le lendemain matin, raconte ce Toulousain de 29 ans, plus habitué à taquiner le brochet. Il m’a fallu un bon quart d’heure pour le fatiguer et le sortir de l’eau, grâce à une ligne plus épaisse. Sa nageoire a une force phénoménale ! Nous en avons pêché deux autres au même endroit les jours suivants ».

Des prédateurs organisés

Ce prédateur, introduit dans les rivières et fleuves français, est étudié de près par les scientifiques depuis une dizaine d’années. En particulier son comportement et les conséquences de sa présence sur les autres espèces aquatiques. Le laboratoire Ecologie Fonctionnelle et Environnement (EcoLab) de Toulouse a publié en avril une nouvelle étude où l’on constate que le silure est capable de s’adapter et de s’organiser pour chasser les saumons de la Garonne.

A Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, il existe un ascenseur à poissons permettant aux espèces migratrices, comme les saumons, de remonter vers l’amont. C’est dans cette passe à poissons que les chercheurs toulousains ont noté un comportement de prédation du silure.

« Depuis quatre ou cinq ans, il y a des perturbations de la montée des saumons dans la passe par les silures, explique Frédéric Santoul d’EcoLab. Les saumons font demi-tour, remontent à la surface, tentent de s’échapper de cet endroit étroit. On a noté que certains silures spécialisés reviennent dans la passe pour attaquer les saumons ».

Prélèvement de quelques silures

Pendant la dernière période de migration, 39 saumons sont remontés par la passe, et 14 ont été prédatés à l’intérieur du canal de transfert. 25 saumons en sont sortis, les trois quarts d’entre eux sont attaqués juste à la sortie mais sans succès.

« Nos études ont permis de quantifier ce phénomène et d’essayer d’y remédier, souligne Frédéric Santoul. Nous avons mis en place une grille anti-retour pour éviter que les silures ne s’introduisent dans la passe. Nous travaillons avec l’association Migado et EDF sur ce plan de restauration des saumons ».

En 2018, 180 silures, à ce jour, ont été recensés dans la Garonne et une quinzaine d’entre eux environ, ont été prélevés dans ce milieu pour limiter l’impact de cette espèce.