Déchets: L’Union européenne veut franchir une nouvelle étape dans sa chasse aux plastiques

PLASTIQUE Bruxelles a présenté ce lundi une série de mesures visant à restreindre considérablement les objets plastiques à usage unique voire à les interdire quand des solutions de remplacement existent. Les pailles, les cotons-tiges, les couverts sont dans le collimateur…

Fabrice Pouliquen

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L'Union européenne a publié ce lundi 28 mai une série de mesures qu'elle souhaite voir adopter pour lutter contre les objets plastiques à usage unique.
L'Union européenne a publié ce lundi 28 mai une série de mesures qu'elle souhaite voir adopter pour lutter contre les objets plastiques à usage unique. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP
  • Après les sacs plastiques en 2015, Bruxelles a dans le collimateur une dizaine d’objets plastiques à usage unique qu’elle souhaite faire interdire pour les uns ou au moins en diminuer considérablement la consommation.
  • Les cotons-tiges, les couverts, les pailles, les mélangeurs de cocktails et les tiges des ballons de baudruche seraient purement et simplement interdits.
  • A ce jour, il ne s’agit que d’une série de mesures proposée par la commission européenne. Elles doivent être validées par le Parlement et chaque Etat membre. « Mais il s’agit d’ores et déjà d’un signal fort envoyé par Bruxelles », se félicite Zero waste France.

L’Union européenne veut franchir une nouvelle marche dans sa chasse aux plastiques. En mai 2015, elle s’était attaquée aux sacs en plastique léger via une directive obligeant les Etats membres à prendre des mesures afin de réduire leur consommation annuelle par habitant. Ce lundi, Bruxelles a vu plus large en proposant une série de mesures « visant à réduire considérablement l’utilisation d’objets à usage unique en plastique ».

Le projet était dans les cartons. En janvier dernier déjà, via son premier vice-président Frans Timmermans, la commission européenne avait dévoilé sa stratégie sur les matières plastiques. Avec l’objectif affiché d’arriver à ce que 100 % des emballages plastiques soient réutilisables ou recyclables en 2030.

« On rentre dans le concret »

« En janvier, il s’agissait plus d’un document d’orientation ne comportant aucune mesure applicable directement, précise Flore Berlingen, directrice de l’ONG Zero Waste France. Ce lundi, on rentre bien plus dans le concret avec la présentation de textes qui pourraient rapidement entrer en vigueur. »

Parmi les mesures annoncées, certaines visent à interdire purement et simplement les objets en plastique à usage unique pour lesquels il existe des solutions de remplacement moins impactant pour l’environnement et peu coûteuses. Sont concernés les cotons-tiges, les couverts, les pailles, les mélangeurs de cocktails et les tiges des ballons de baudruche, liste la commission européenne dans un communiqué. « Tous ces articles devront désormais être produits uniquement à partir de matériaux plus durables », précise-t-elle.

Parvenir à ramasser 90 % des bouteilles en plastique à usage unique d’ici 2025

Pour les objets en plastique qui ne possèdent pas encore d’alternatives abordables, la Bruxelles laissera chaque Etat membres fixer des objectifs de réductions et « proposer des produits de substitution au point de vente ou faire en sorte qu’aucun produit en plastique à usage unique ne puisse être fourni gratuitement. »

Bruxelles fixe aussi aux Etats membres de parvenir à ramasser 90 % des bouteilles en plastique à usage unique d’ici 2025 et suggère pour y arriver de mettre en place des systèmes de consigne. Ces bouteilles ne pourront être vendues que si leurs bouchons et couvercles sont attachés au récipient.

Enfin, les industriels qui mettent sur le marché ces objets plastiques à usage unique seront mis à contribution. Ils devront aider à couvrir les coûts de la gestion des déchets et du ramassage et devront obligatoirement indiquer sur les étiquettes comment recycler tel ou tel produit. Ces obligations s‘appliqueraient pour les emballages alimentaires comme les paquets de chips ou de bonbons, les filtres de cigarettes, les lingettes, ou les sacs plastiques légers.

« 100.000 tonnes de plastique déversées dans les océans par les Européens »

Les Européens produisent chaque année 25 millions de tonnes de déchets plastiques par an. « Seulement 30 % sont recyclés et le reste finit incinéré pour produire de l’énergie ou en décharge », rappelle Bruxelles. « 100.000 tonnes de plastique sont aussi déversées chaque année dans les océans par les seuls pays européens », ajoute Flore Berlingen. Certes, les mesures souhaitées par Bruxelles portent sur des objets en plastique très léger, « ce qui peut donner l’impression qu’il s’agit de mesures insignifiantes, poursuit la directrice de Zero Waste France. Mais si on additionne les consommations, on arrive à des chiffres astronomiques. Rien qu’en France, ce sont plus de trois milliards de pailles qui sont consommées chaque année. Or, ces objets plastiques à usage unique sont peu recyclés pour des raisons techniques et économiques. Et de part leur légèreté, ils atterrissent très facilement sur nos plages. »

Un signal fort de Bruxelles ?

La série de mesures présentées ce lundi n’est encore à ce jour que des propositions faites par la Commission européenne. Elles doivent désormais être discutées au parlement européen puis soumis au Conseil de l’Europe où ces mesures seront votées par chacun des pays membres. Un processus qui s’étalera sur plusieurs mois et devrait donner lieu à d’âpres discussions, « mais la commission a fait part de sa volonté d’aller vite sur ce dossier, avant au moins les prochaines élections européennes de 2019. »

Quoi qu’il en soit, Bruxelles envoie déjà un signal fort susceptible de remobiliser les Etats membres dans leur lutte contre les déchets plastiques. Car la chasse se joue aussi à cette échelle-là. Au ministère de la Transition écologique, on dit saluer les mesures annoncées par Bruxelles tout en annonçant que « la France a déjà pris le pas ».

L’interdiction de la vente des cotons tige en plastique, des assiettes, des verres et des gobelets est déjà actée pour 2020. La feuille de route sur l’économie circulaire, pilotée par le secrétaire d’État Brune Poirson et dévoilée le 23 avril dernier, prévoit aussi la mise en place d’un système de consigne sur certains emballages, comme les bouteilles plastiques, les canettes et les piles. Cette feuille de route émettait aussi le souhait de créer une nouvelle filière REP (Responsabilité élargie des producteurs) pour les fabricants de cigarettes visant à les faire participer à la collecte et au recyclage des mégots.

De quoi inciter la France à faire plus encore ?

« Mais justement, si la  feuille de route sur l’économie circulaire était prometteuse sur plusieurs aspects, l’un de ses points faibles était justement à nos yeux le volet « plastique », juge Flore Berlingen. Le gouvernement ne propose que de réfléchir à mettre en place une filière REP pour les mégots. C’est timide. Il n’y avait pas non plus de grandes mesures pour limiter à la source la production d’objets en plastique. » C’est pourtant un point important pour Zero Waste pour qui il serait plus intelligent de couper le robinet « plastique » avant d’investir de fortes sommes pour collecter les déchets agglomérés dans les océans.

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