Fos-sur-Mer: Les habitants particulièrement exposés aux polluants comme le plomb

ENVIRONNEMENT Une étude scientifique démontre la contamination des habitants de Fos-sur-Mer à des polluants liés à l’activité industrielle…

Mathilde Ceilles

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Les entreprises pétrochimique installées au bord de l'étang de Berre, à Fos-sur-mer.
Les entreprises pétrochimique installées au bord de l'étang de Berre, à Fos-sur-mer. — POCHARD PASCAL/SIPA
  • Fos-sur-Mer est l'une des plus grandes zones industrielles d'Europe.
  • Une étude a été menée sur les habitants pour savoir si cette pollution s'imprégnait dans leurs corps.
  • Des polluants comme le plomb ont été retrouvés à plus grande échelle chez ces habitants.

Est-ce que le simple fait de vivre à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, surexpose à certains polluants ? Dans une étude intitulée Index et présentée ce lundi soir lors d’une réunion publique, l’institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions de Fos-sur-Mer démontre le fait que les polluants qui s’échappent des épaisses fumées de l’une des zones industrielles les plus vastes d’Europe ont contaminé les habitants.

Pour parvenir à ce constat, les scientifiques de l’institut ont procédé entre septembre et novembre 2016 à des prélèvements d’urine et de sang chez 120 volontaires entre 30 et 65 ans, non-fumeur et vivant dans la commune depuis plus de trois ans. Les personnes exposées dans le cadre professionnel n’ont pas participé afin de déterminer si cette imprégnation était liée au seul lieu de vie.

Des polluants dans le corps des habitants de Fos

Une partie de ces volontaires réside sur Fos-sur-Mer. L’autre vit à quelques kilomètres de là, à Saint-Martin-de-Crau et Mouriès. Deux communes d’une superficie similaire, proche de Fos mais suffisamment éloignées des entreprises pétrochimiques pour ne pas être concernées par la pollution industrielle. Les prélèvements ont été analysés sur une cinquantaine de polluants, puis comparés.

Résultat : des polluants sont bien présents dans le corps des habitants de Fos-sur-Mer, et en plus grande quantité que dans les analyses relevées chez les habitants de la zone témoin. A titre d’exemple, la présence de plomb chez les habitants de Fos-sur-Mer est 15 % plus importante que chez les habitants de la zone témoin. Les Fosséens sont également imprégnés à plus grande échelle au chrome, aux PCB et au mercure.

Une pollution liée à l’activité industrielle

« Si on exclut l’imprégnation au PCB, qui peut provenir du Rhône, les autres polluants sont clairement liés à l’activité industrielle sur le golfe de Fos-sur-Mer », analyse Sylvaine Goix, chargée de mission santé environnement à l’institut écocitoyen. Certaines activités ou habitudes de consommation exposent particulièrement les Fosséens à ces polluants liés à l’industrie.

Ainsi, les Fosséens consommant fréquemment des fruits de mer issus du golfe de Fos sont près de deux fois plus exposés aux PCB que ceux consommant également de manière fréquente des produits de la mer lambda. De quoi faire écho à une précédente étude qui parvenait aux mêmes résultats. 

Des seuils respectés

Et aux chercheurs d’adresser un message aux industriels : « Nous avons ciblé des polluants pour lesquels la population est surexposée, les entreprises ont le champ libre dans leurs travaux de recherche et développement pour limiter en priorité ces molécules, indique Sylvaine Goix. L’étude Index est un outil à leur disposition. »

« Les résultats ne sont pas alarmants car ils ne dépassent pas les seuils, note toutefois Muriel Andrieu-Semmel, responsable du département santé environnement de l’agence régionale de santé Paca. Il s’agit toutefois d’une étude de plus qui éclaire sur la fragilité du secteur sur le plan sanitaire. »

La question de la santé reste en suspens

C’est en effet la grande question qui reste en suspens à l’issue de cette étude : cette exposition plus importante à certains polluants a-t-elle des conséquences sur la santé des Fosséens ? L’étude ne le montre pas, cette question ne relevant pas de son champ d’investigation.

Dans leur conclusion, les chercheurs s’interrogent toutefois sur un potentiel « effet cocktail » de cette surexposition à plusieurs polluants. Pour rappel, en 2017, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait révélé que les habitants de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône souffrent en moyenne davantage d’asthme, de diabète ou de cancer que la population française.