VIDEO. Espèces invasives en France: La crépidule ne veut plus quitter la Bretagne

ENVIRONNEMENT Introduites accidentellement par l'homme, ou volontairement mais sans réfléchir aux conséquences, les espèces invasives sont l'un des premiers facteurs de perte de biodiversité dans le monde. Y compris en France. Exemple en Bretagne avec la crépidule...

Camille Allain
La crépidule est un coquillage invasif qui tapisse le fond des baies, notamment en Bretagne. Comestible, il est aussi appelé berlingot de mer.
La crépidule est un coquillage invasif qui tapisse le fond des baies, notamment en Bretagne. Comestible, il est aussi appelé berlingot de mer. — C. Allain / 20 Minutes
  • 20 Minutes s'intéresse cette semaine aux espèces invasives qui ont colonisé la France.
  • En Bretagne, la crépidule a fait une arrivée discrète dans les années 50 avant de proliférer vingt ans plus tard.
  • Aussi appelé berlingot de mer, ce coquillage mange la même chose que les huîtres et moules, ce qui pose un problème de densité.
  • La baie du Mont Saint-Michel est particulièrement touchée, tout comme celle de Saint-Brieuc. Dans la rade de Brest, l'Ifremer a noté que les crépidules étaient parfois mortes.
  • Comestible, le coquillage est de nouveau pêché dans la baie de Cancale, après des débuts timides.

On le surnomme le berlingot de mer. Coquillage comestible, la crépidule a proliféré à grande vitesse dans les années 70, quand la France a massivement investi dans les huîtres creuses venues d’Asie. La Bretagne et ses 2.000 kilomètres de côte ont été les premiers touchés en France.

Quarante ans plus tard, le coquillage est toujours là et s’est démultiplié. Au grand dam des producteurs d’huîtres et de moules. « La capacité diminue dans la baie. On ne le voit pas trop en quantité, mais surtout en qualité. Nos moules et nos huîtres partagent les mêmes repas que la crépidule, il y a un moment où ça devient compliqué ».

Elles sont arrivées sur les bateaux des Alliés

François-Joseph Pichot connaît bien le berlingot de mer. Cet ostréiculteur de Cancale a vu le coquillage s’installer progressivement dans la baie du Mont Saint-Michel. Comme tous ses homologues, il s’inquiète de son développement. « Il y en a de plus en plus ». La délicate tâche du recensement de l’espèce a été confiée à l’Ifremer, qui peine à identifier les raisons de la prolifération. « C’est une espèce qui est arrivée en Bretagne avec les liberty ship des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais elle n’a proliféré que bien plus tard », explique Antoine Carlier, chercheur à l’Ifremer.


Basé à Brest, le scientifique vient d’établir un nouvel état des lieux dans la rade. « Il y a une forte densité, parfois jusqu’à 2.000 individus par mètre carré. C’est énorme. Mais on a des endroits où il n’y en a pas une de vivante ». Pourquoi ? Le chercheur ne l’explique pas. Son équipe vient de relancer une étude sous-marine pour mieux connaître l’état de l’espèce. « C’est illusoire de penser qu’on peut l’éradiquer, d’autant qu’elle n’est pas dangereuse. Cela fait plus de 30 ans qu’elle est là et elle attire une nouvelle biodiversité », poursuit Antoine Carlier.

La pêche a repris depuis deux mois

Pour tenter de maîtriser la prolifération, une expérience de pêche avait été lancée en 2013 dans la baie de Cancale mais elle avait été arrêtée faute de rentabilité. Comestible, le coquillage souffre de sa mauvaise image. L’usine de décorticage n’avait jamais trouvé sa vitesse de croisière. « Ça va mettre du temps mais moi j’y crois ».


Stéphane Hesry est le seul pêcheur de crépidule de Bretagne. En 2015, ce mytiliculteur du Vivier-sur-Mer a racheté un bateau pour tenter de valoriser le coquillage. Après un premier échec, il vient de reprendre la pêche il y a deux mois au large de Cancale. « On ramène 20 tonnes à chaque fois que l’on sort. C’est mieux que rien ».

Stéphane Hesry vend sa pêche à Lequertier, un mareyeur installé en Normandie, qui va tenter de faire une place à la crépidule dans les plats préparés de la mer. « On perd énormément d’argent pour l’instant mais je ne veux pas baisser les bras », promet l’ostréiculteur.