VIDEO. Espèces invasives en France: Le goujon asiatique décime les espèces locales

ENVIRONNEMENT Introduites accidentellement par l'homme, ou volontairement mais sans réfléchir aux conséquences, les espèces invasives sont l'un des premiers facteurs de perte de biodiversité dans le monde. Y compris en France...  Exemple dans l'Hérault avec le goujon asiatique...

Jérôme Diesnis

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Importé en Europe dans les années 60, le goujon asiatique est porteur d'un parasite mortel pour les autres espèces de poisson.
Importé en Europe dans les années 60, le goujon asiatique est porteur d'un parasite mortel pour les autres espèces de poisson. — Rodolphe Gozlan / IRD
  • Importé dans les années 1960 et 1970 dans les pays du bloc de l'est, le goujon asiatique est implanté dans la majorité des cours d'eau en France.
  • Il est porteur sain d'un agent pathogène mortel pour de nombreuses espèces de poissons autochtones.
  • Au contact des goujons asiatiques et sa bactérie, le taux de mortalité peut s'élever jusqu'à 98% selon les espèces.

La trace en Europe du goujon asiatique remonte aux années 1960, après son introduction de façon artificielle dans les aquacultures des pays de l’ancien bloc soviétique.

« Il s’agissait d’un programme de culture de carpes chinoises, détaille Rodolphe Gozlan, directeur de recherche à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), qui travaille depuis 20 ans sur cette espèce invasive. Avec elles sont arrivés les goujons asiatiques, de petits poissons présents au milieu des stocks de carpes. Et ces goujons ont été à leur tour commercialisés comme poisson fourrage pour d’autres espèces carnassières comme les brochets ».

Le goujon asiatique est un petit poisson dont les dégâts sont très importants
Le goujon asiatique est un petit poisson dont les dégâts sont très importants - Rodolphe Gozlan / IRD

Espèce invasive préoccupante pour l’UE

Désormais présent dans de très nombreux cours d’eau en France métropolitaine et notamment dans l’Hérault, le goujon asiatique est listé par l’Union européenne comme une espèce invasive préoccupante.

Il est porteur sain d’un agent pathogène qui cause des ravages parmi les autres poissons. « Toutes les études ont démontré que la présence du goujon asiatique a un impact extrêmement fort sur les populations locales qui ont connu un déclin sévère », reprend le spécialiste de l’IRD. Au point que certaines espèces autochtones sont désormais menacées de disparition.

La carte de France de la présence du goujon asiatique
La carte de France de la présence du goujon asiatique - RodolpheGozlan / IRD

Le saumon lourdement impacté

Au contact du pseudorasbora parva (son nom latin), le taux de mortalité des autres espèces est éloquent : 75 % de mortalité pour la brème commune et le saumon atlantique, 20 % pour la carpe commune ou encore 44 % pour la truite commune.
En plus d’une catastrophe écologique, cette maladie infectieuse pourrait avoir des conséquences économiques, sur les élevages d’esturgeons, par exemple. En revanche, il n’y aurait à ce jour, selon les scientifiques, aucune raison de penser que l’homme puisse être infecté.

L'agent pathogène dont le goujon asiatique est porteur sain
L'agent pathogène dont le goujon asiatique est porteur sain - RodolpheGozlan / IRD

 

Le Royaume Uni a exterminé l’espèce, généralement concentré dans les zones calmes des lacs et des rivières, les eaux stagnantes ou les bras secondaires. La France en est au stade de l’étude. « Elle est en train de mettre en évidence l’ampleur du problème, souligne Rodolphe Gozlan. Elle va permettre une vraie prise de conscience ». Il s’agira ensuite de déterminer les solutions pour le traiter…