VIDEO. Espèces invasives en France: L'ibis sacré, l'oiseau opportuniste de Loire Atlantique

ENVIRONNEMENT Introduites accidentellement par l'homme, ou volontairement mais sans réfléchir aux conséquences, les espèces invasives sont l'un des premiers facteurs de perte de biodiversité dans le monde. Y compris en France . Exemple en Loire-Atlantique avec l’ibis sacré...

Quentin Burban
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L'ibis sacré, volatile originaire d'Egypte est considéré comme une espèce exotique invasive en Europe depuis 2016.
L'ibis sacré, volatile originaire d'Egypte est considéré comme une espèce exotique invasive en Europe depuis 2016. — Chantelat
  • Considéré comme une espèce exotique invasive, l’ibis sacré fait l’objet d’une réglementation européenne depuis juillet 2016. Le mauvais élève européen est l'Italie avec 4.000 ibis sacrés recensés à ce jour.
  • Vivant sur les littoraux, son opportunisme est considéré comme trop dangereux pour la faune et la flore. En France, 300 ibis sont recensés dont 80 au lac de Grand-Lieu (Loire-Atlantique).

Symbole du savoir et de la religion au pays des pharaons, l’ibis sacré est arrivé en France dans les parcs zoologiques à la fin des années 1980. Opportuniste, le volatile s’en est peu à peu échappé et notamment du parc de Branféré (Morbihan). « Le parc réalisait des spectacles de vols libres avec l’ibis sacré. Lors des représentations, certains en ont profité pour s’en aller du parc », affirme Jean-François Maillard, responsable de la coordination des actions sur les espèces invasives de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Capable de s’adapter à n’importe quels environnements, le volatile s’est répandu de manière exponentielle. « C’est un oiseau exotique que l’homme est allé chercher en Egypte sur les bords du Nil, explique Guy Bourlès, président de la ligue de protection des oiseaux de Loire-Atlantique (LPO). Nous sommes passés de 20 ibis sacrés en 1990 à 5.000 depuis des années 2000 en France. Comme le ragondin, il a su très vite s’adapter aux conditions de vie européenne. Dans les champs, ils mangeaient des graines. Dans l’eau, ils mangeaient les poissons. Ils faisaient même les poubelles ! »

« L’éradication était une demande publique de l’Etat »

Face à sa prolifération, le ministère de l’Écologie a mandaté l’éradication de l’espèce en 2013 auprès de l’ONCFS de Loire-Atlantique. « L’ibis sacré devenait un danger pour d’autres espèces menacées comme les sternes. Ils gobaient énormément d’œufs d’autres volatiles, affirme Jean-François Maillard. Pour cette demande, des professionnels commissionnés et assermentés ont abattu l’oiseau au fusil de chasse. La campagne d'éradication a permis de passer de 5.000 ibis sacrés en 2006 à 300 aujourd’hui. En France, cela choque les gens mais l’existence de cette espèce n’a pas bien été gérée. La réaction a été trop tardive. »

Du côté de la LPO, la campagne d’éradication a été quelque peu controversée. « Les ibis sacrés étaient certes très nombreux mais en leurs présences, les autres échassiers se sentaient en confiance, confie Guy Bourlès. Puis, il y a eu des problèmes de cohabitation. Son opportunisme a provoqué le déséquilibre de la faune, de la flore et des activités humaines. »

4.000 ibis sacrés en Italie

Vivant en colonies sauvages proches des littoraux, l’animal se trouve principalement sur la côte ligérienne. Ils sont en nombre conséquent au Parc naturel régional de Brière ainsi qu’au du lac de Grand-Lieu où l’on « prélève les œufs car nous ne pouvons pas les tuer, explique Jean-Marc Gillier, directeur de la réserve naturelle. Nous sommes passés de 800 couples en 2009 à 40 couples aujourd’hui. Malheureusement, l’objectif est de ne plus avoir d’ibis sacré sur notre site. »

Considéré comme une espèce exotique envahissante par la Commission Européenne depuis juillet 2016, l’ibis sacré fait l’objet d’une réglementation visant à prendre des mesures de protection et de lutte. Déjà une préoccupation en Floride (Etats-Unis), l’ibis sacré pose des soucis du côté de l’Italie où l’en dénombre 4.000. Les Transalpins mènent donc à leur tour une campagne d’éradication. L’ibis n’est donc définitivement pas sacré en Europe…