VIDEO. Espèces invasives en France: La tortue de Floride prolifère et menace la biodiversité locale en Paca

ANIMAUX Introduites accidentellement par l'homme, ou volontairement mais sans réfléchir aux conséquences, les espèces invasives sont l'un des premiers facteurs de perte de biodiversité dans le monde. Y compris en France...  Exemple en Paca avec la tortue de Floride... 

Mathilde Ceilles

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Illustration d'une tortue de Floride
Illustration d'une tortue de Floride — SAM PANTHAKY / AFP
  • La tortue de Floride prolifère en Paca
  • Elle menace la cistude d'Europe

Elle était en vogue à la fin du siècle dernier. Il faut dire qu’avec sa faible taille et ses couleurs chatoyantes, le bébé tortue de Floride faisait fondre les Français… et remplissait les caisses des animaleries. « On estime qu’en France, entre 1970 et 2000, près de 4 millions de jeunes tortues de Floride se sont vendues », avance Nicolas Jardé, responsable animalier au sein du village des tortues à Carnoules dans le Var.

Le hic : en une dizaine d’années, la tortue de Floride peut atteindre 2 kg et mesurer jusqu’à 30 centimètres de diamètre. « La tortue de Floride est une carnivore qui se nourrit de viande. Mais si elle ne mange pas tout, cela pollue l’eau et dégage une mauvaise odeur », précise Nicolas Jardé. L’animal tout mignon acheté dans les animaleries peut, en grandissant, représenter un danger pour les enfants, puisque, dominant, il peut pincer. De plus, l’espérance de vie de la tortue de Floride en captivité peut dépasser les 40 ans. Résultat : de nombreuses tortues ont été relâchées dans la nature, leurs propriétaires estimant qu’il valait mieux rendre la liberté à ces animaux.

Elle menace une autre tortue

Ils ne se doutaient peut-être pas que cette tortue était en réalité ce qu’on appelle une espèce exotique envahissante. Cet animal, originaire de la Louisiane, s’est particulièrement bien acclimaté à la Méditerranée, où il retrouve des conditions de vie similaires à son milieu d’origine. La tortue de Floride a donc pris ses aises dans les eaux de la région Paca et de la Corse. L’animal s’est ainsi développé en grand nombre, comme le constate quotidiennement le village des tortues de Carnoules (Var) en tant qu’organisme œuvrant pour la préservation des tortues. D’autant plus qu’aucun de ses prédateurs naturels n’est présent dans les eaux de Méditerranée.

Conséquence : une autre espèce de tortue, locale, elle, et protégée, se retrouve menacée : la cistude d'Europe. En effet, la tortue de Floride s’est installée dans les lieux de vie et de ponte de la tortue locale, plus craintive. Cette espèce se retrouve ainsi fragilisée et fait l’objet d’une protection particulière face à la prolifération grandissante des tortues de Floride.

Des bébés en liberté

« Nous avons retrouvé des bébés tortues en liberté, preuve que les tortues de Floride se reproduisent dans nos eaux, constate Nicolas Jardé. Une femelle pond en moyenne une dizaine d’œufs. Mais, comme tous les reptiles, elle fait de la rétention spermatique, c’est-à-dire qu’elle est capable de garder des spermatozoïdes jusqu’à cinq ans ! »

Et de se souvenir : « Il y a 3-4 ans, le village des tortues a participé à une opération organisée pour la communauté d’agglomération de Toulon pour nettoyer les salins d’Hyères qui sont envahis de tortues de Floride. Les naturalistes ont mené des opérations de piégeages, et ils ont trouvé près de 200 tortues de Floride en une dizaine de jours ! »

« Les centres sont saturés »

Le village de tortues de Carnoules en accueille régulièrement dans la limite de ses capacités. « Les gens nous en proposent toutes les semaines, rapporte Nicolas Jardé. Les centres sont saturés, il est très difficile de trouver un lieu d’accueil pour ces tortues-là. »

Et de mettre en garde les propriétaires de tortues de Floride tentés de relâcher l’animal dans la nature : « C’est un risque, car outre la Cistude d’Europe, la tortue de Floride mange des têtards, ce qui a des incidences sur les espèces. »