En 2200, les vaches seront-elles les animaux les plus gros de la planète?

SCIENCES Une étude révèle que les plus grands animaux disparaîssent avec le temps...

20 Minutes avec AFP

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Une vache à Nort-sur-Erdre (image d'illustration).
Une vache à Nort-sur-Erdre (image d'illustration). — CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Selon une étude menée par des chercheurs américains, il existe un lien entre l’expansion de l’être humain sur la Terre et la disparition progressive de la mégafaune, les plus grands animaux de la planète. Un processus qui a commencé il y a plus de 125.000 ans.

Du mammouth au rhinocéros… Pourquoi les grands animaux de notre planète sont-ils de plus en plus petits ? Une étude américaine publiée dans la revue Science, et révélée par L’Obs, montre qu’il existe un lien entre le rétrécissement progressif de la taille des grands mammifères et l’expansion humaine sur le globe. Les chercheurs estiment que d’ici 200 ans, le plus gros mammifère terrestre pourrait être la vache.

« C’est une étude passionnante qui vient confirmer beaucoup d’observations antérieures, explique Jean-Louis Martin, directeur de recherche au CNRS au Figaro. Il ne s’agit pas de rétrécissement des animaux, mais d’une extinction de la mégafaune [les animaux de grande taille]. »

L’espèce humaine en cause

Ce phénomène aurait commencé il y a 125.000 ans : les espèces de grande taille commencent à disparaître et les survivants sont deux à trois fois plus petits que leurs prédécesseurs disparus. L’équipe de chercheurs menés par Felisa Smith a cherché à en connaître la raison. Les scientifiques ont rapidement écarté l’hypothèse climatique : « Nous n’avons trouvé aucune corrélation entre les changements de température tout au long du Cénozoïque et un biais dans la taille des extinctions. Les mammifères petits ou grands n’étaient pas plus vulnérables à l’extinction durant les périodes de haute variabilité climatique », précise l’étude.

En réalité, c’est à l’expansion de l’espèce humaine qui s’est sédentarisée que l’on doit ce phénomène. Les extinctions semblent bien suivre le parcours de l’expansion des hominidés, constatent les scientifiques.

« Les anthropologues sont encore divisés sur les routes, les périodes exactes et le nombre des premières migrations hors d’Afrique, mais plusieurs espèces d’hominidés étaient probablement répandues dans toute l’Afrique et l’Eurasie entre 80.000 et 60.000 ans dans le passé. D’autres expansions ont suivi avec l’Homo Sapiens moderne atteignant l’Australie il y a 60 à 50.000 ans, et traversant jusqu’aux Amériques entre 15 et 13.000 ans dans le passé, » précise l’étude publiée dans Science.

L’écosystème entièrement remodelé

Et ce processus semble toujours d’actualité, selon les scientifiques. « Les extinctions futures vont poursuivre ce schéma de perte de biodiversité et d’abaissement de la taille, » préviennent les auteurs de l’étude. « Si toutes les espèces aujourd’hui menacées finissent par s’éteindre, entre 22,4 et 53,7 % des mammifères auront été perdus par rapport à 125.000 ans dans le passé. » Les plus gros mammifères vont donc continuer à être les plus touchés et la vache pourrait décrocher le titre de plus gros animal terrestre d’ici 200 ans.

Ce qui pourrait remodeler complètement la biodiversité et l’écosystème. « Du fait que la mégafaune a une influence disproportionnée sur la structure et la fonction de l’écosystème, la réduction de taille corporelle passée et présente remodèle la biosphère terrestre, » assure l’équipe de Felisa Smith. Cette tendance à l’extinction des espèces les plus volumineuses peut avoir « un impact en cascade sur d’autres organismes. »