VIDEO. Nestlé: Une citation polémique de l'ex-PDG sur l'eau refait surface, 13 ans plus tard

FAKE OFF En 2005, Peter Brabeck expliquait que « l'eau est une denrée alimentaire (...) qui a un coût ». Depuis, Nestlé a publié plusieurs rectifications...

Mathilde Cousin

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Peter Brabeck-Letmathe, en 2008. Il était à l'époque PDG de Nestlé.
Peter Brabeck-Letmathe, en 2008. Il était à l'époque PDG de Nestlé. — Lai Seng Sin/AP/SIPA
  • Dans un documentaire diffusé en 2005, Peter Brabeck, alors PDG de Nestlé, expliquait qu’il faut prendre conscience que l’eau a un coût afin de la préserver et opposait sa vision à celle des ONG.
  • Peter Brabeck a ensuite développé ses propos, expliquant clairement que l’eau est selon lui l'un des droits de l’homme.
  • Malgré cette mise au point, des internautes continuent de s’indigner des propos tenus en 2005.

La vidéo a été filmée en 2005. Pourtant, 13 ans plus tard, elle continue d’être partagée et diffusée sur les réseaux sociaux. Pourquoi une telle longévité ? Elle met en scène l’ancien PDG de Nestlé, qui affirme que l’eau « a une valeur marchande ».
Plusieurs blogs continuent de partager l’extrait vidéo, s’indignant des propos de Peter Brabeck, qui n’est plus PDG de l’entreprise depuis 2008. « Selon le PDG de Nestlé, l’accès à l’eau ne fait pas partie des droits de l’homme, elle doit être privatisée ! », titre Quel Monde. L’accusation est aussi régulièrement reprise sur les réseaux sociaux.

FAKE OFF

Qu’a vraiment dit l’Autrichien ? S’exprimant sur la question de la privatisation de l’alimentation en eau, Peter Brabeck explique que « deux points de vue s’affrontent à ce sujet » : « Le premier, que je qualifierai d’extrême, est représenté par les ONG, pour qui l’accès à l’eau devrait être nationalisé. Autrement dit, tout être humain doit avoir accès à l’eau. C’est une solution extrême. Et l’autre qui dit que l’eau est une denrée alimentaire et que, comme toute denrée, elle a une valeur marchande. Il est préférable, selon moi, de donner une valeur à une denrée afin que nous soyons tous conscients qu’elle a un coût, et qu’on prenne des mesures adaptées pour les franges de la population qui n’ont pas accès à cette eau. Il existe des solutions qu’on doit mettre en place. »

L’interview est extraite d’un documentaire de 2005, We feed the world (« Nous nourrissons le monde »), réalisé par le cinéaste autrichien Erwin Wagenhofer. Le réalisateur s’est penché sur la production des denrées alimentaires et leur distribution.

En 2013, alors que l’extrait vidéo est toujours diffusé sur internet, Nestlé publie une vidéo rectificative. « J’ai toujours soutenu le droit humain à l’eau », martèle le président, en chemise dans les jardins du siège de l’entreprise, en Suisse, avant de préciser : « Chacun devrait disposer d’eau potable et sûre en quantité suffisante pour les besoins quotidiens de base, soit environ 50 à 100 litres par jour. Mais pas pour remplir une piscine ou laver sa voiture. Il y a une différence. » Pour Peter Brabeck, cette distinction entre les besoins fondamentaux et secondaires s’appuie sur la rareté des ressources en eau et la nécessité de les préserver.

Une mise au point également reprise sur le site officiel de Nestlé et sur le compte Twitter de la multinationale. Nestlé y explique que les propos polémiques « ont été sortis de leur contexte. » Mais cela n’a pas suffi à éteindre la controverse, toujours présente sur internet, alors que Peter Brabeck a quitté l’entreprise en 2017.

A travers Nestlé Waters et ses marques Perrier, Vittel ou San Pellegrino, Nestlé est la première entreprise de distribution d’eau en bouteille au monde. Nestlé Waters revendique 95 sites de production implantés dans 34 pays. L’Europe représentait en 2017 le deuxième marché pour l’entreprise, derrière les Etats-Unis et le Canada. En 2010, l'ONU a reconnu que l’accès à une eau potable, salubre et propre est un « droit fondamental, essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme. »

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