Les oranges de Méditerranée menacées par la maladie du Dragon jaune

ENVIRONNEMENT En Floride, entre 2005 et 2017, la production d’oranges a chuté de près de 60 %...

L.Br. avec AFP

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Des orangers en Inde (image d'illustration).
Des orangers en Inde (image d'illustration). — DIPTENDU DUTTA / AFP

Va-t-on vers une planète sans orange ni citron ? Des chercheurs ont constaté que la maladie du Dragon jaune menace les plantations d’orangers du pourtour méditerranéen, après avoir décimé la quasi-totalité des arbres de Floride.

Ce sont les feuilles qui jaunissent en premier, puis les fruits se déforment. L’arbre s’étouffe et meurt. La maladie du Dragon jaune est causée par le psylle, un insecte suceur qui se nourrit de sève. En piquant un arbre, il transmet la bactérie, qui en retour bloque le canal par où transite la sève.

Un psylle asiatique, responsable de la contamination de 99% des vergers de Floride.
Un psylle asiatique, responsable de la contamination de 99% des vergers de Floride. - JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Connue sous le sigle HLB, pour Huanglongbing, la maladie du Dragon Jaune s’est « propagée depuis le milieu des années 2000 avec un impact et une rapidité phénoménaux », a indiqué à l’AFP Eric Imbert, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) à Montpellier. « 99 % du verger floridien est contaminé », selon Eric Imbert.

2.500 dollars la tonne de jus d’orange

Seul bassin de production encore préservé de cette maladie identifiée au début du XXe siècle en Asie, « la Méditerranée n’est pas à l’abri du Citrus Greening » dit-il, en utilisant son nom anglais. « On a déjà repéré l’insecte vecteur, le psylle asiatique, dans la péninsule Arabique. »

« Sans vouloir affoler, […] si nous ne faisons rien en termes de prévention, nous pouvons avoir une catastrophe majeure, avec des prix qui doublent ou triplent », prévient le chercheur. Pour preuve, le cas de la Floride : entre 2005 et 2017, la production d’oranges y a chuté de près de 60 %. Le prix de gros du jus d’orange concentré a plus que doublé à 2.500 dollars la tonne, car les coûts de production se sont envolés. « Nous ne sommes pas à l’abri d’un phénomène de même ampleur sur le marché des petits agrumes frais en Méditerranée », alerte Eric Imbert.

Selon la revue spécialisée FruitTrop, 21 % des oranges, clémentines et citrons consommés dans le monde viennent des vergers qui s’étendent du Maroc à l’Egypte et du Portugal à la Turquie, en passant par l’Italie ou la Grèce. Cette région du monde contrôle 70 % des exportations mondiales d’agrumes.

Aucune solution miracle

Si l’insecte arrive en Méditerranée, le chercheur craint une propagation rapide, comme en Floride, car l’utilisation d’insecticides est rendue difficile par les zones habitées à proximité des exploitations. « Le cri d’alarme, ça fait longtemps que les chercheurs le poussent, auprès des autorités européennes notamment, mais on a l’impression de hurler dans le désert », se désole Eric Imbert.

D’autant qu’il n’existe pas de solution. La bactérie est difficile à étudier car « on ne peut pas la cultiver en labo », déplore Raphaël Morillon, chercheur au Cirad en Guadeloupe, dans les Antilles françaises. L’Académie nationale des sciences américaine a publié le 10 avril une étude selon laquelle la maladie était devenue chronique dans toute la Floride et aucune solution miracle n’existait.

Le seul endroit au monde où l’on a pu la contraindre, c’est à La Réunion : les agriculteurs ont arraché leurs orangers et citronniers, et les ont replantés plus haut à une altitude où les psylles ne survivent pas.