Neige à moyenne altitude: Quelles projections pour les années à venir?

CLIMAT Le centre national de recherches météorologiques vient de publier une étude sur le sujet...

Caroline Girardon

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La station familiale des Saisies (Savoie) en 2011.
La station familiale des Saisies (Savoie) en 2011. — Jean-Pierre Clatot afp.com
  • Le centre national de recherches météorologiques vient de publier une étude sur les projections climatiques de l’enneigement à moyenne altitude.
  • Entre 1990 et 2017, l’épaisseur moyenne de neige dans les Alpes du Nord a baissé de 40 % par rapport aux trente années précédentes.
  • Les jeux sont faits jusqu’en 2050 mais la situation pourrait évoluer à plus long terme en fonction des décisions qui seront prises aujourd’hui.

Quel scénario pour les années à venir ? Le centre national de recherches météorologiques vient de publier dans la revue scientifique The Cryosphere une nouvelle étude sur les projections climatiques de l’enneigement à moyenne altitude, à savoir 1.500 mètres. Sans surprise, une réduction massive des quantités de neige naturelle est à prévoir.

Les scientifiques se sont penchés sur les données enregistrées par l’observatoire nivométéorologique du col de Porte dans le massif de la Chartreuse en Isère. Des données allant de 1960 à aujourd’hui. Le constat est sans appel.

« L’épaisseur moyenne de neige en hiver pour la période 1990-2017 est 39 centimètres plus basse que lors des 30 années précédentes. Soit une baisse de 40 % », relate Samuel Morin, chercheur à Météo-France et directeur du Centre d’études de la neige du CNRM (Météo-France-CNRS). Ce qui donne une idée solide des perspectives et des changements à venir.

Un degré de plus à l'échelle de planète, c'est un mois d'enneigement en moins

Mais pas question pour autant de tirer de conclusions trop hâtives et de prédire une accélération du phénomène. «On n'observe pas d'accélération de la baisse d'enneigement dans les Alpes, il faut analyser des périodes de plusieurs décennies (30 ans généralement), on ne peut pas se baser sur trois ou quatre hivers d'affilée». 

« On s’attend à une réduction de l’enneigement. Les hivers bien enneigés comme cette année seront de plus en rare et les hivers peu enneigés, qu’on a connus en 2015, 2016 et 2017, seront davantage fréquents », prévient le chercheur. L’étude a permis d’établir un lien réel entre l’accroissement des températures et la variation des chutes de neige. « Cela se répercute sur la qualité et la durée d’une saison de ski », poursuit Samuel Morin. Chaque degré supplémentaire à l’échelle de la planète, c'est 25 % d’épaisseur moyenne du manteau neigeux en moins. Soit un mois d’enneigement qui fera défaut.

«Les jeux sont faits jusqu'en 2050»

Seule certitude, quels que soient les scénarios envisagés et les décisions politiques qui seront prises (ou pas) pour freiner voire stopper le réchauffement climatique, « les jeux sont faits jusqu’en 2050 » selon Samuel Morin. « La situation actuelle est due à tous les gaz à effet de serre émis depuis 150 ans à l’échelle de la Terre. Cet héritage climatique fait que cela ne changera pas grand-chose pour les 30 prochaines années. En revanche, les décisions d’aujourd’hui pourront changer la donne à plus long terme ». Et d’ajouter : « Cela dépendra beaucoup du comportement des sociétés humaines ».

Si certains scientifiques ont déjà annoncé la disparition certaine des stations de moyenne altitude à l’aube du 22e siècle, voire avant, Samuel Morin se veut beaucoup plus mesuré. « L’étude traite uniquement de neige naturelle. On sait que plus de 30 % des pistes sont équipées de neige de culture. Si elles montent à 40 %, elles pourraient partiellement endiguer le phénomène jusqu'au milieu du siècle. Cela ne sera toutefois possible que si elles augmentent de façon considérable les quantités d’eau pour la produire mais là, le problème se déplace sur des questions économiques et de ressources en eau ».

Notamment est-ce que les stations pourront supporter le coût de cette production sans que le coût du prix du forfait soit rédhibitoire? C’est tout l’objet d’une nouvelle étude sur laquelle planche actuellement le chercheur en collaboration avec Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea, Grenoble).

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