Côte d'Ivoire: Bouaké, deuxième ville ivoirienne, au régime sec depuis trois semaines

SECHERESSE La situation est « catastrophique » pour le million et demi d’habitants de cette métropole du centre du pays…

20 Minutes avec AFP

— 

Le lac de barrage qui fournit 70 % de l’eau de la ville de Bouaké est vide.
Le lac de barrage qui fournit 70 % de l’eau de la ville de Bouaké est vide. — STR

Bouaké, deuxième ville de Côte d’Ivoire avec 1,5 million d’habitants, vit sans eau depuis une semaine. « Nous sommes fatigués, cela fait aujourd’hui trois semaines que nous n’avons pas d’eau dans les robinets », se désole une habitante de la ville, qui fait la queue à un puits pour se ravitailler.

La situation est « catastrophique » pour le million et demi d’habitants de cette métropole du centre du pays, confie sous couvert d’anonymat un agent de la Société (publique) de distribution d’eau de Côte d’Ivoire (Sodeci).

Le lac de barrage qui fournit 70 % de l’eau de la ville est vide

Cause de cette pénurie : le lac de barrage qui fournit 70 % de l’eau de la ville est vide. La faute à la sécheresse inédite que traverse cette région, mais aussi aux carrières de sable, exploitées de manière anarchique, qui ont détourné une partie des eaux irriguant le barrage de la Loka, situé à 20 kilomètres de la ville, selon le directeur territorial de l’hydraulique, Seydou Coulibaly.

« Nous luttons pour avoir de l’eau potable pour boire et faire la cuisine. Se laver est devenu difficile. C’est un véritable calvaire », racontait déjà la semaine dernière Eliezer Konan, un informaticien du quartier Zone.

Des forages de puits lancés en urgence

Pour soulager un peu les habitants à bout, des forages de puits ont été lancés en urgence. Ils devraient permettre de distribuer 2.000 mètres cubes d’eau par jour, de quoi « soulager les populations ». Mais loin d’être assez pour remplacer le barrage de la Loka, juge le directeur de la société de forage Foraci, Hassane Cousteau Cissoko.

En attendant que la situation s’améliore, l’hôpital de la ville, les deux prisons​ et les campus universitaires sont quant à eux alimentés par des camions-citernes.

Comme au Cap

Bouaké n’est pas la seule ville du continent africain a être confronté en ce moment à une pénurie d’eau. Les habitants du Cap, deuxième agglomération d’Afrique du Sud, sont rationnés en eau depuis plusieurs mois alors que les réserves des barrages alimentant la ville ont atteint un niveau très bas. Pendant longtemps, les autorités de la ville ont brandi la menace du « Jour Zero », date à laquelle le niveau d’eau dans les bassins l’alimentant passerait sous les 13,5 %. Un seuil si bas que la ville aurait alors coupé les robinets et rationné la quantité d’eau par habitants à 25 litres par jour, distribués à travers 200 points de ravitaillement.

Au summum de la crise, ce « Jour Zéro » avait été fixé au 12 avril, puis reporté au 9 juillet avant que Le Cap n’indique finalement début mars qu’elle devrait finalement éviter les coupures d’eau en 2018.

Une problématique en devenir?

Ces pénuries d’eau dans les grandes mégapôles pourraient devenir relativement courantes en 2050, pointait début janvier une étude prospective parue dans la revue scientifique Nature Sustainbility. C’est le résultat du télescopage de deux tendances fortes : le changement climatique, qui complique le renouvellement en eau des nappes phréatiques et des bassins de rétention, et une croissance urbaine galopante y compris dans des zones où l’eau n’est pas disponible.

>> Lire aussi: Forum mondial de l'eau de Brasilia: Quand l’eau vient à manquer dans les mégalopoles...