Marseille: Le retour de l'agriculture urbaine, 70 ans après une ville autosuffisante

VILLE VERTE Les 48 heures de l’agriculture urbaine ont lieu dans plusieurs villes françaises ce week-end, dont Marseille…

Adrien Max

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Ma Ville Verte
Ma Ville Verte — Ma Ville Verte
  • Comme d’autres villes, Marseille accueille les 48 heures de l’agriculture urbaine cette semaine.
  • Marseille était autosuffisante à 100 % en 1950, elle ne produit plus que 1,3 % de ce qu’elle consomme.
  • Depuis trois ans, l’agriculture urbaine se développe à Marseille.

Faire pousser des fraises sur un toit, des champignons dans des sous-sols, mettre au point des jardins participatifs au beau milieu d’entreprises. Ce ne sont pas des salades, mais les principes de l' agriculture urbaine, qui sera célébrée ce week-end dans plusieurs villes françaises, dont Marseille. Organisé par la cité de l’agriculture de Marseille, cet événement proposera aux intéressés des balades, des ateliers et des découvertes.

A Marseille, c’est en quelques sortes un retour aux sources pour l’agriculture urbaine. « L’agriculture urbaine était très développée à Marseille dans les années 1950, la ville était entourée d’une ceinture verte. Ce qui lui permettait d’être autosuffisante à 100 % tandis qu’aujourd’hui avec le développement des constructions, la ville ne produit plus que 1,3 % de ce qu’elle consomme », explique Marion Schnorf de la cité de l’agriculture de Marseille, qui accompagne le développement de ce type d’agriculture.

Des exemples d'agriculture urbaine réalisés par Ma Ville Verte.
Des exemples d'agriculture urbaine réalisés par Ma Ville Verte. - Ma Ville Verte

Besoin d’espace

Si le retour de l’agriculture urbaine était encore balbutiant il y a quelques années, elle semble désormais en pleine expansion. « Quand nous avons commencé en 2014, nous avions trois porteurs de projet, aujourd’hui il y en a près de 35 », détaille Marion Schnorf. Preuve de son développement, la cité de l’agriculture ouvre ce week-end ses bureaux, ainsi qu’une cantine restaurant proposant les fruits et légumes qu’ils font pousser à Tarascon, pour le moment. « On essaye de trouver une solution pour rapatrier les cultures dans le centre de Marseille cet automne », préviens Marion.

Parmi les principales difficultés, trouver du foncier. C’est le cas de Maxime Quemin, qui fait pousser des champignons dans une cave de la rue de la République. « J’avais trouvé cette solution il y a un an grâce à des amis, mais on ne peut plus rester là il faudrait faire des travaux pour se développer. On arrête de produire à la fin du mois de mai », explique Maxime. Cela fait un an qu’il cherche l’endroit parfait pour y faire pousser ses champignons, pour l’instant sans succès même s’il a quelques pistes.

Recréer des espaces verts

Une problématique qu’a aussi connue Valentin Charvet, avant de trouver une solution pour créer Le Talus. « On a récupéré une friche du chantier de la rocade L2, que la société gestionnaire SRL2 nous a mis à disposition, sur laquelle étaient entreposés des gravats. On va la revégétaliser en y amenant du compost produit par les Marseillais. Une fois que le sol sera recréé on pourra y faire du maraîchage sur une surface de 1.500 m2 », se réjouit Valentin, en plein travaux de terrassement.

Le Talus devrait également investir une dalle de 4.500 m2 sur laquelle ils disposeront des bacs potagers en location. « Les gens pourront louer un bac à l’année avec des amis et venir y faire pousser ce qu’ils veulent », précise l’intéressé. Un espace de restauration, une buvette et des animations autour de l’agriculture urbaine seront également proposés.

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Car ce sont bien là les avantages de l’agriculture urbaine : aménagement du territoire, biodiversité, lutte contre le réchauffement dans les centres-villes, sensibilisation sur le « mieux consommer », retour à l’emploi, économie circulaire.

De plus en plus d’intérêt

Autant d’avantages que Mathieu Arar essaye de mettre en place grâce à Ma Ville Verte. « On installe des potagers partagés en ville, que ce soit dans des immeubles collectifs, dans les entreprises, les écoles ou les centre sociaux afin de recréer du lien et de l’écocitoyenneté grâce à la nature dans les centres-villes », explique Mathieu. S’il était dur de convaincre du bien-fondé de la démarche il y a trois ans, elle rentre de plus en plus dans la tête des gens.

Le travail de la cité de l’agriculture, dans la promotion de l’agriculture urbaine, n’y est pas étranger. « Il y a trois ans quand on parlait de nos projets c’était une grosse blague, on était considéré comme des doux rêveurs et des utopistes. Maintenant ça a changé, la mairie du 1er et 7e arrondissement est partenaire des 48h de l’agriculture urbaine. Depuis six à huit mois, nous avons de plus en plus de soutien des collectivités et d’intérêt de la part des élus », explique Marion Schnorf.

Il va en falloir pour les convaincre de mettre une partie des 193 hectares disponibles à Marseille pour l’agriculture urbaine, « une surface hallucinante comparée à d’autres villes », recontextualise Marion. Beaucoup reste donc encore à faire.