Fessenheim: Une fois la centrale nucléaire fermée, que deviendront les salariés?

ENERGIE Avant le deuxième comité de pilotage de la reconversion de la centrale de Fessenheim ce vendredi, «20 Minutes» a questionné des salariés, toujours dans le flou total sur leur avenir...

Bruno Poussard

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Plus de 800 salariés de EDF travaillent à la centrale de Fessenheim, en plus de 330 contractuels d'entreprises prestataires.
Plus de 800 salariés de EDF travaillent à la centrale de Fessenheim, en plus de 330 contractuels d'entreprises prestataires. — S. Bozon / AFP.
  • Le deuxième comité de pilotage de la reconversion de la centrale de Fessenheim doit avoir lieu ce vendredi dans le Haut-Rhin.
  • En attendant une rencontre avec le secrétaire d’État à cette occasion, les salariés de la centrale sont dans le flou sur leur avenir.

En arrivant en 2013 à la centrale de Fessenheim, Florent Beaumler s’est déjà reconverti. Ancien de RTE, cet Alsacien de 30 ans est désormais technicien en charge du transport radioactif pour EDF. Jusqu’à quand ? L’intéressé attend de le savoir. Ni la date ni le calendrier de la fermeture de la plus vieille installation nucléaire du pays ne sont actés.

Lui en entend parler depuis son arrivée. Mais les discussions n’ont fait que s’intensifier au fil des derniers mois. « En arrivant, je savais que j’y resterai quelques années et que je n’y finirai pas ma carrière, confie Florent Beaumler. Mais aujourd’hui, le plus pénible, c’est le flou. Ne pas savoir ce qu’on fera d’ici six mois, un an ou cinq ans… »

Nouveau déplacement ministériel vendredi

Alors que la fermeture - soumise au lancement de l’EPR de Flamanville qui pourrait bien être retardé - est prévue pour fin 2018-début 2019, un peu plus de 800 salariés de EDF et 330 contractuels de prestataires attendent toujours d’en savoir plus. Dans ce contexte, le secrétaire d’État Sébastien Lecornu se déplace dans le Haut-Rhin ce vendredi.

Avant le deuxième comité de pilotage pour la reconversion de la centrale, les salariés, justement, s’inquiètent de leur reconversion, à eux. Si le démantèlement doit durer 20 ans à Fessenheim, les effectifs, néanmoins, réduiront au fur et à mesure de la première phase de cinq ans (jusqu’à une soixantaine de salariés à ce moment-là).

Un salarié dans un simulateur de salle de contrôle de la centrale nucléaire de Fessenheim. Illustration
Un salarié dans un simulateur de salle de contrôle de la centrale nucléaire de Fessenheim. Illustration - S. Bozon / AFP.

Des nombreux déménagements à prévoir

Originaire du sud du Haut-Rhin, Florent Beaumler n’est « pas prêt à bouger », malgré l’incertitude actuelle. Ce trentenaire n’a pas d’enfant, mais une compagne en formation et une vie personnelle remplie dans le monde culturel et musical en Alsace. Titulaire d’un logement de fonction à Ensisheim qu’il devra quitter, il ne cache pas son pessimisme :

« Des choses vont être mises en place, mais pour un poste en Alsace, ce sera compliqué. »

À l’issue d’une grève fin-février et d’une réunion avec la direction de EDF mi-mars, les syndicats ont obtenu un meilleur accompagnement social pour les salariés, avec des compensations financières pour le préjudice moral, pour leurs conjoints et pour les propriétaires de maisons à proximité de la centrale qu’ils devront vendre en partant.

Des conjoints et des familles impactés et dans le flou

« Des collègues racontent que leurs conjoints sont freinés dans le déroulé de leur carrière car on leur dit ''vous allez partir dès que la centrale va fermer'' », embraye Alain Besseler, délégué syndical pour FO. En 2014, une étude de l’Insee sur « l’inscription territoriale diffuse » estimait à « près de 2.000 emplois » l’impact d’une fermeture.

Vis-à-vis des conséquences sur leurs familles, certains jugent les mesures proposées insuffisantes. Pour l’heure, beaucoup ont du mal à se projeter. Certains sont proches de la retraite, d’autres attendent des mutations et reconversions, sur des sites nucléaires ou autres unités de production d’électricité du pays. D’autres, encore, quitteront l’entreprise.

Les salariés des sous-traitants moins bien lotis encore

Premiers concernés, les salariés des sous-traitants paraissent moins bien lotis que ceux d'EDF. Pour eux, la mise en place d’une cellule de reclassement a juste été évoquée. « Sur quels projets industriels de la région pourront-ils se raccrocher ? », questionne Alain Besserer, cadre technique.

Globalement, les syndicats regrettent l’absence de projet majeur sur le territoire pour y conserver les emplois. « On aimerait faire partie des groupes de travail en amont du comité pour donner vraiment notre avis sur la reconversion », complète Jean-Luc Cardoso, délégué syndical de la CGT. Vendredi, ils rencontreront Sébastien Lecornu.