Ariège: En échange de votre urine, ils vous diront si vous êtes contaminés aux pesticides

ENVIRONNEMENT Les faucheurs volontaires d’Ariège viennent de lancer une campagne de recherche de glyphosate dans les urines, avec pour objectif de porter plainte contre les responsables de « cet empoisonnement massif »…

Beatrice Colin

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Lors d'une manifestation d'opposants ecologistes a l'utilisation des pesticides devant un hypermarche de la region de Toulouse.
Lors d'une manifestation d'opposants ecologistes a l'utilisation des pesticides devant un hypermarche de la region de Toulouse. — Alexandre GELEBART/20MINUTES
  • Les faucheurs volontaires d’Ariège lancent une campagne d’analyses d’urine pour y déceler les traces de glyphosate.
  • L’objectif est de dénoncer l’empoisonnement aux pesticides des citoyens et porter plainte contre les responsables.
  • Cette campagne sera étendue dans le courant d’année à l’ensemble des volontaires français.

Au cœur des vallées et des Pyrénées, ils se croyaient préservés. Mais lorsqu’ils ont fait analyser leurs urines, des Ariégeois ont découvert qu’elles étaient « truffées » de glyphosate, cet herbicide le plus vendu au monde, breveté il y a plus de 40 ans par la multinationale Monsanto.

Et depuis plusieurs années, il est pointé du doigt par certaines études comme étant à l’origine de malformations congénitales, maladies neurodégénératives ou de cancers.

Des taux de 9 à 33 fois plus élevés que la dose autorisée

« Nous avons déjà réalisé une centaine d’analyses d’urine sur des personnes vivant en Ariège, mais aussi à Béziers et en Bretagne. Elles ont toutes été positives et ont montré que nous avions des taux de glyphosate entre 9 et 33 fois plus élevés que la dose autorisée dans l’eau potable », explique Dominique Masset, membre des faucheurs volontaires d'Ariège.

Le collectif a décidé d’aller plus loin en lançant une grande campagne d’analyses des urines de leurs concitoyens. Elle viendra compléter celles déjà menées par l'ONG Générations Futures sur trente personnes, dont Delphine Batho, ou celles réalisées sur 48 députés européens. Toutes déjà positives.

Pour dénoncer « cet empoisonnement massif », ils organisent jusqu’au 26 avril une série de réunions publiques dans le département pour trouver des volontaires pour participer à cette opération de recherches de traces de glyphosate.

Plaintes nominatives contre les responsables

Avec dans leur ligne de mire, la volonté de démontrer à quel point ces pesticides sont présents dans la nature et dans ce que l'on consomme au quotidien, et de fait dans notre corps.

« Nous voulons avoir un maximum d’urines collectées qui seront envoyées à un laboratoire. Notre objectif est ensuite que certains volontaires, dont le prélèvement sera effectué sous contrôle d’un huissier, portent plainte contre les responsables, de ceux qui fabriquent jusqu’aux décideurs qui autorisent ces produits », avance Dominique Masset.

Ces plaintes pour « mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée ou atteinte à l’environnement » viseront nommément le président et membres du conseil d’administration des groupes qui commercialisent cette molécule ou encore les membres de la commission européenne.

Financer 1.500 analyses d’urines

Cette première vague d’analyses sera financée par les volontaires. Mais les faucheurs volontaires ne veulent pas limiter à l’Ariège cette campagne et souhaitent que des citoyens de toute la France y participent.

Pour qu’elle touche un maximum de personnes et réduise les frais de prélèvement, de laboratoire et d’huissiers, une opération de crowdfunding a été lancée sur la plateforme Helloasso, avec l’objectif de collecter 120.000 euros pour financer l’analyse des urines de 1.500 personnes.