VIDEO. Corse: Les questions que soulève Xylella Fastidiosa, la bactérie tueuse d'oliviers

ECOSYSTEME Les oléiculteurs corses ont repéré la présence de la bactérie Xylella Fastidiosa sur des oliviers et des chênes verts…

Adrien Max
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Un olivier à Sainte-Lucie de Tallano, en Corse
Un olivier à Sainte-Lucie de Tallano, en Corse — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • Après avoir fait analyser des échantillons par l’INRA d’Angers (non certifiés), les oléiculteurs corses affirment avoir repéré la bactérie Xylella Fastidiosa sur des oliviers et des chênes verts de l’île.
  • Les autorités vont procéder à de nouvelles analyses pour confirmer ou non les résultats de l’INRA.
  • Aucun remède n’existe contre la bactérie qui se propage via des insectes.

Elle est autant redoutée des producteurs que des autorités et peut causer d’énormes dégâts. La bactérie Xylella Fastidiosa a été détectée par des oléiculteurs  corses début avril. Cette bactérie a déjà décimé de très nombreux oliviers en Italie, on la trouve également en Espagne et en Allemagne. 20 Minutes fait le point sur les questions que soulève la présence de cette bactérie.

Est-ce sa première apparition en Corse ?

La bactérie Xylella Fastidiosa avait déjà été détectée une première fois en 2015 sur l’Île de beauté. Mais elle ne s’était attaquée qu’à des plantes d’ornements comme des lauriers roses par exemple. « Depuis juillet 2015, nous avons répertorié 923 cas positifs qui concernaient soit des plantes ornementales, soit des plantes du maquis », explique Alain Tridon, spécialiste de la bactérie au sein de la Direction générale de l’alimentation au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.
Cette année elle a été repérée sur des oliviers et des chênes verts, d’où l’inquiétude des producteurs. Elle a également été localisée dans les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, et le Var, mais là aussi elle se cantonnait aux plantes d’ornement.

Pourquoi les oléiculteurs sont-ils aussi inquiets ?

La Corse est recouverte de près de 10.000 hectares d’oliviers, dont le tiers a été planté et le reste a poussé naturellement. « Il s’agit d’arbres multicentenaires, donc notre inquiétude est autant économique que culturel. Ce sont des monuments qui sont menacés, ainsi que notre filiale de production », explique Sandrine Marsifi, présidente du syndicat interprofessionnel des oléiculteurs de Corse (SIDOC). Sans parler des 100.000 hectares recouverts de chênes verts, une espèce endémique de Corse.

Comment la bactérie est-elle repérée ?

C’est là que le bât blesse. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), est le seul organisme habilité pour effectuer des analyses. Mais face aux analyses toujours négatives de l’agence, et les constats des oléiculteurs sur le terrain, ceux-ci ont fait appel à l’INRA d’Angers pour analyser les échantillons. « L’INRA met au point des techniques pour faire les analyses, que fait l’Anses. Depuis plusieurs mois nous demandons à l’état que les dernières techniques soient prises en compte dans les analyses, ce qu’ils nous refusent », précise Sandrine Marsifi. Pour Alain Tridon, « seule la méthode de l’Anses est reconnue par la réglementation européenne ». Des prélèvements ont été effectués par les autorités sur les foyers repérés par les oléiculteurs, les résultats devraient être connus dans une dizaine de jours.

Comment la bactérie se propage-t-elle ?

Le Xylella Fastidiosa se transmet de végétaux en végétaux par des insectes du type des cercopes et des cicadelles. Ces insectes font partie de ceux qui se nourrissent de la sève des végétaux. Ils piquent la plante, se nourrissent de la sève et propagent la bactérie rapidement aux autres végétaux Selon Sandrine Marsifi, un chercheur montpelliérain qui travaille sur la bactérie a retrouvé ces genres d’insectes dans les douze endroits qu’il a sondés en Corse l’année dernière, preuve de son implantation.

Comment éradiquer la bactérie ?

Il n’existe actuellement aucun traitement capable de guérir les végétaux impactés par la bactérie. La solution est de limiter au maximum la prolifération des insectes porteurs de la bactérie en détruisant les végétaux. Quand un foyer est repéré, les végétaux sont immédiatement détruits et brûlés, la végétation aux alentours est désinsectisée. Mais comme le rappelle Sandrine Marsifi, « il est impossible d’accéder à tous les foyers d’infection pour éviter cette propagation ».
Les chercheurs tentent actuellement de repérer les végétaux les plus résistants à la bactérie. Sandrine Marsifi et d’autres producteurs ont également placé des pieds mère dans une pépinière à l’abri des insectes.

La campagne de communication du ministère de l'alimentation et de l'agriculture.
La campagne de communication du ministère de l'alimentation et de l'agriculture. - Ministère de l'alimentation et de l'agriculture.

Comment va évoluer le phénomène ?

Difficile de prédire même si la bactérie s’est déjà propagée à l’Italie, très touchée, l’Espagne, la France et l’Allemagne. À noter que la bactérie repérée en France n’est pas la même que celle localisée dans les Pouilles, en Italie. Sur le continent, de nombreux foyers ont déjà été repérés en Paca, « mais les nouveaux cas se concentrent autour des foyers déjà connus, ils ne se propagent donc pas », affirme Alain Tridon.
Pour Sandrine Marsifi, la situation est inquiétante et pas seulement en Corse : « De plus en plus d’arboriculteurs nous appellent pour avoir des renseignements. Ces insectes apprécient beaucoup les arbres fruitiers, tous les arbres de la vallée du Rhône pourraient être touchés. » Le ministère de l’Agriculture lance, lui, un grand plan de communication pour rappeler aux touristes de ne pas voyager avec des plantes qui pourraient propager la bactérie.