VIDEO. Comment «la France aussi peut agir» pour préserver les grands singes

ANIMAUX C’est du moins le message d’une tribune publiée ce lundi co-écrite par un quintette étonnant emmené par la primatologue Sabrina Krief et avec l’actrice Nathalie Baye. Le texte propose un plan en dix actions pour que la France agisse pour sauver nos plus proches cousins…

Fabrice Pouliquen
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Un orang-outang perché sur sa branche, le 24 mars 2016 dans la forêt tropicale d'Indonésie.
Un orang-outang perché sur sa branche, le 24 mars 2016 dans la forêt tropicale d'Indonésie. — CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP
  • En cinquante ans, les sept espèces de grands singes vivant dans les forêts tropicales d’Afrique et d’Asie du sud-est ont vu leurs populations diminuer de 70 %, du fait principalement de la perte de leur habitat et du braconnage.
  • Ce lundi, la primatologue Sabrina Krief, l’actrice Nathalie Baye, le politique Yann Werling, le sculpteur Patrick Roger et la présidente d’honneur du Medef Laurence Parisot lancent un appel pour que la France engage un plan d’urgence pour sauver les grands singes de l’extinction.

L’actrice Nathalie Baye, le politique Yann Wehrling (secrétaire général du Modem), Laurence Parisot, présidente d’honneur du Medef, le sculpteur et chocolatier Patrick Roger et, au centre, la primatologue  Sabrina Krief, professeure au Muséum national d’Histoire naturelle. Le tout donne un quintette étonnant, « tous venus de milieux très différents », concède Sabrina Krief, mais réunis ce lundi pour la même cause : la préservation des grands singes.

Sept espèces de grands singes toutes menacées d’extinction

Ils publient ce lundi matin une tribune, signée par une cinquantaine de personnalités et appelant la France à engager un grand plan d’urgence pour sauver les grands singes de l’extinction. Soit sept espèces à travers le monde. Quatre vivants dans les forêts tropicales d’Afrique : les gorilles de l’Est et ceux de l’ouest, les chimpanzés communs et les chimpanzés bonobos. Et trois espèces d’orangs-outangs dans les forêts tropicales d’Asie du sud-est. « Ce sont nos plus proches parents, nous partageons avec eux 98 % de notre patrimoine génétique, précise Sabrina Krief. Mais ces sept espèces sont toutes en danger dans un futur plus ou moins proche selon les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). »

En cinquante ans, toutes les populations de grands singes ont diminué de 70 %, rappelle leur tribune. L’une des principales menaces qui pèse sur ces espèces est la perte d’habitat. « La forêt tropicale disparaît à vive allure, du fait principalement du développement dans ces pays-là aussi d’une agriculture intensive, déplore Sabrina Krief qui ne cible pas seulement la culture de l’huile de palme, mais aussi le thé, le cacao, le café, le bois… D’ici 15 ans, on estime que 90 % de l’habitat des grands singes seront touchés par le développement des activités humaines. »

À cela s’ajoutent les maladies, la chasse illégale pour la viande de brousse ou encore le trafic de jeunes, vivants. « Près de 4.000 grands singes, dont les deux-tiers sont des chimpanzés, sont chaque année victimes de ce braconnage, indique encore la primatologue. C’est une autre menace forte qui pèse sur ces grands singes. »

« La France, pays riche, a sa part de responsabilité »

Si ces grands singes vivent loin de nous, dans les forêts tropicales d’Afrique et d’Asie du sud-ouest, les cinq auteurs de l’appel sont convaincus qu’il y a des mesures à prendre en France pour aider à la préservation des grands singes. « La France, pays riche, a sa part de responsabilité dans la perte d’habitat des grands singes et donc un rôle à jouer, estime Yann Wehrling. De par les modes de consommations que nous avons ici et de par les activités que nous menons là-bas. »



La France est d’ores et déjà engagée à différents niveaux dans la préservation de la biodiversité et, de facto, des grands singes et de leurs habitats. Sabrina Krief cite la déclaration de New-York sur les fôrets. « L’Union européenne et des compagnies françaises se sont engagées à appuyer l’objectif du secteur privé de réduire de moitié d’ici 2020 la déforestation associée à la production agricole, l’huile de palme et le papier en particulier, et à y mettre fin définitivement en 2030. » Même combat pour la déclaration d’Amsterdam « dans laquelle la France s’engage avec six autres pays à faire émerger une chaîne de production entièrement durable pour l’huile de palme et à mettre fin à la déforestation illégale d’ici 2030.

Plus de grands singes dans les pubs, une station d’accueil à Roissy…

Mais pour la primatologue comme pour ces quatre autres co-auteurs, il est possible de faire plus et de cibler plus précisément encore la préservation des grands singes et de leurs habitats. « Quand on parle de réduire de moitié d’ici 2020 la déforestation associée à la production agricole, on se fixe un objectif global sans préciser exactement quelles forêts nous allons préserver, note Laurence Parisot. Ces engagements sont une bonne chose mais il faut aussi fixer des priorités. La préservation des grands singes en est une. »

La tribune propose un plan en dix actions que pourrait adopter la France pour « sauver les grands singes ». Sabrina Krief commence par celle d’interdire formellement l’utilisation de grands singes dans des laboratoires de recherche, les spectacles, les cirques, les films et autres publicités. « C’est encore trop souvent le cas en France, regrette-t-elle. Or, ces événements dégradent l’image de ces grands singes et peuvent alimenter le trafic. » Les auteurs de la tribune demandent aussi à mettre en place une station d’accueil pour les animaux saisis à l’aéroport Roissy-Charle-de-Gaulle, une plaque importante dans le commerce de la faune sauvage. « Cette structure d’accueil n’existe pas encore aujourd’hui, indique Sabrina Krief. Il faut aussi évaluer le volume de viandes de brousse qui arrive chaque année en France. »

Un label « Ape friendly » ?

Ce plan en dix actions met aussi l’accent sur l’empreinte que laissent nos modes de consommation sur l’habitat des grands singes. L’appel demande ainsi de limiter les importations de produits issus des régions où vivent les grands singes à des produits qui ne contribuent pas à la destruction et à la pollution de l’habitat des grands singes. Cela vaut pour l’huile de palme mais aussi pour le thé, le cacao, le café, le coton, le coltan (un des métaux rares utilisé dans nos smartphones), le bois, les produits phytopharmaceutiques. Les signataires de l’appel verraient d’un bon œil la création d’un label « Ape friendly », qui garantirait des productions agricoles sur place responsables.

« Il faudrait aussi augmenter le recyclage des produits issus de l’habitat des grands singes, garantir l’exemplarité des commandes et des marchés publics français, orienter et accroître l’aide publique vers les pays qui protègent et restaurent les forêts et les corridors entre les habitats des grands singes ou encore encourager et soutenir la recherche scientifique pour accroître nos connaissances sur les grands singes », liste encore Sabrina Krief.

Profiter du grand plan biodiversité de Nicolas Hulot

La primatologue et ses quatre co-auteurs espèrent désormais être entendus du ministère de la transition écologique et solidaire. « Ils sont au courant de notre démarche, explique Yann Wehrling. Il y a une fenêtre de tir à ne pas manquer. Courant mai, Nicolas Hulot doit présenter son grand plan pour la biodiversité. Les auteurs de la tribune espèrent y voir intégrer la préservation des grands singes et leurs habitats. Le texte est publié sur le site Internet sauvonslesgrandssinges.org et peut-être signé par quiconque.