Pollution plastique en Méditerranée: «Ces particules servent de radeaux à des bactéries qui ne devraient pas être déplacées»

INTERVIEW À l’occasion de la Monaco Ocean Week, le chercheur Gaby Gorsky sonne l’alarme autour de ce « vrai problème »…

Propos recueillis par Fabien Binacchi

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Illustration d'un exercice de dépollution en mer Méditerranée
Illustration d'un exercice de dépollution en mer Méditerranée — FRANCK LODI / SIPA
  • Cette semaine, la Monaco Ocean Week réunira des spécialistes du monde entier.
  • Le programme Beyond Plastic Med est un appel à projets visant à réduire les pollutions plastiques en Méditerranée.
  • Elles représentent « un vrai problème », selon le directeur de recherche de l’observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer, Gaby Gorsky

Changement climatique, impact de l’homme… Quelles solutions pour la préservation du milieu marin ? Toute la semaine, à l’occasion de la Monaco ocean week, portée par la Fondation Prince Albert II de Monaco, la Principauté accueillera des spécialistes du monde entier qui se mettront au chevet de toutes les mers du globe.

Et notamment via le « Beyond Plastic Med »,, un appel à projets visant à réduire les pollutions plastiques. Gaby Gorsky, directeur de recherche à l’observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer fait le point sur cette menace.

Quelle est la situation en Méditerranée ?

Dans le cadre de l’opération Tara [une expédition scientifique menée en 2014], nous avions pu constater une pollution plastique comparable à ce que l’on voit dans certains océans. C’est un vrai problème. Mais là, en plus, la Méditerranée est une mer quasiment fermée et les courants sont souvent très changeants. On ne peut donc pas prédire où nous retrouverons ces bancs entiers de morceaux de plastique.

Quel est l’impact de cette pollution ?

Elle entre d’abord en jeu au niveau de la faune. Les morceaux peuvent être ingérés par des tortues ou des poissons-lunes notamment. Ensuite, les UV qui bombardent ce plastique le fragmentent en de plus petites particules, qui se retrouvent ensuite dans toute la chaîne alimentaire et donc, au final, dans nos assiettes. Enfin, nous nous sommes aperçus que ces bouts de plastique étaient de formidables radeaux, poussés par les vents. pour des choses qui ne devraient pas être déplacées et notamment certaines bactéries. Pendant notre expédition, nous avons détecté le Vibrio, responsable du choléra.

Que peut-on faire ?

On ne peut engager de révolution et interdire purement et simplement les plastiques. Mais il faudrait une véritable volonté politique pour limiter la fabrication de ceux à usage unique et investir massivement dans le bioplastique, totalement biodégradable.