VIDEO. Guyane: La Montagne d’or, le méga-projet minier qui n’en vaut pas la chandelle ?

MINERAI Le débat public s’ouvre ce mardi en Guyane. Au centre de l’attention ? Le projet « Montagne d’or », une mine d’or que veut exploiter un consortium russo-canadien au cœur de l’Amazonie française. À la clé ? Des emplois. Mais à quel prix ?….

Fabrice Pouliquen

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Photo d'une mine d'or près de Cayenne en Guyane.
Photo d'une mine d'or près de Cayenne en Guyane. — JACK GUEZ / AFP
  • Le projet « Montagne d’or » est celui d’une mine d’or, la plus grande jamais entreprise en Guyane, qu’un consortium russo-canadien veut faire construire et exploiter pendant douze ans au beau milieu de l’Amazonie française.
  • À la clé, des emplois pour un territoire frappé durement par le chômage mais aussi la promesse de réduire l’orpaillage illégal, un autre fléau en Guyane.
  • Mais à quel prix ?, demandent les opposants, dont WWF France, qui mettent en avant la déforestation induite par le projet ou encore la gestion des millions de tonnes de déchets dangereux générés.

 

Il faudra creuser une fosse de 2,5 km de long, pour 600 à 800 mètres de largeur et 200 à 250 mètres de profondeur. Soit un trou béant capable d’engloutir 32 stades de France. Mais le lieu-dit, au beau milieu de l’Amazonie française à 125 kilomètres au sud de Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane) serait à la hauteur de son nom : La Montagne d’or.

Depuis 2011, la compagnie minière Colombus Gold y mène des prospections et assure l’endroit juteux. Dans le dossier de maître d’ouvrage, elle parle de « 85 tonnes d’or déjà définies sur ce gisement ». C’est trop même pour la société canadienne qui s’est associée du coup avec un mastodonte spécialisé dans l’extraction d’or : le russe Nordgold. Le consortium espère démarrer les travaux en 2019 puis exploiter cette mine d’or sur douze ans, de 2022 à 2034.

La promesse d’emplois pour un département en difficulté

La « Montagne d’or » ne rivaliserait pas par la taille avec les plus grandes mines d’or aujourd’hui en exploitation dans le monde. Mais le projet ferait tout de même basculer La Guyane dans une nouvelle dimension, le territoire s’étant limité jusque-là, pour l’essentiel, à l’ exploitation aurifère alluvionnaire*.

À la clé, il y a des emplois. Quelque 900 jobs sur les deux années de construction de la mine puis 750 emplois directs durant la période d’exploitation. C’est l’un des principaux atouts mis en avant par les promoteurs du projet au rang desquels figure la majorité de la classe politique locale. C’est que la Guyane affiche un taux de chômage à 24 %, 40 % même chez les 15-24 ans. Pour sortir de la crise, il faut que le département d’outre-mer s’industrialise et qu’on cesse de le mettre sous cloche [un tiers du territoire guyanais est classé en aires protégées], répètent régulièrement Lénaick Adam, député LREM de la deuxième circonscription de Guyane, comme Rodolphe Alexandre (Guyane Rassemblement), président de la collectivité guyanaise.

« 1.500 hectares de déforestation »

« Mais à quel prix pour l’environnement ? », demande Patrick Monier, porte-parole du collectif Or de question qui regroupe vingt-trois associations locales contre le projet Montagne d’or et dont la pétition en ligne dépasse désormais les 222.000 signatures. Ce sera en effet la question au cœur du débat public qui s’ouvre ce mardi. « Cette mine ne serait qu’à 440 mètres de la limite d’une réserve biologique intégrale, classée comme telle de par la grande biodiversité que cette zone héberge », rappelle déjà Laurent Kelle, responsable du bureau guyanais de WWF, ONG également très impliquée contre le projet Montagne d’or.

Perspective du site minier après 12 ans d'exploitation.
Perspective du site minier après 12 ans d'exploitation. - /Image Colombus Gold

Ce projet de mine est aussi gourmand en espace. L’emprise totale du site serait de 800 hectares, évalue Colombus Gold. Pour le réaliser, il resterait encore à défricher 400 hectares de forêts, précise L’Usine Nouvelle. « Mais il faudra aussi créer une ligne électrique à haute tension et élargir et aménager la piste Paul Isnard qui mène jusqu’au lieu-dit Montagne d’or mais ne permet pas aujourd’hui le passage de camions, surtout chargés de matières dangereuses, ajoute Laurent Kelle. La déforestation totale induite par le projet serait alors de l’ordre de 1.500 hectares dont 575 de forêts primaires à valeurs écologiques ».

Quelles gestions des millions de tonnes de déchets générés

Patrick Monier s’attarde lui sur les douze années d’exploitations de cette potentielle mine, peu rassuré par les promesses du consortium Colombus Gold-Nordgold d’adopter les techniques d’extraction les plus responsables possible. « L’activité aura toujours un impact environnemental, estime le porte-parole d’Or de question. Il faudra utiliser des explosifs pour casser la roche [Columbus Gold prévoit un tir par jour et l’extraction quotidienne d’une moyenne de 12.500 tonnes de minerais]. Puis utiliser du cyanure pour extraire l’or du minerai. Et pour une tonne de roche broyée, on ne récupère que 1,5 gramme d’or. »

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C’est une autre source d’inquiétude d’Or de question : la gestion des déchets miniers. Soit les millions de tonnes de boues cyanurées, mais aussi les stériles, ces roches extraites mais non-exploitables. Les premiers seront stockés dans un parc à résidus sécurisé par des digues, les deuxième entassés en colline. « La rupture d’une digue ou un glissement de terrain sont des risques majeurs en particulier dans une zone où la saison des pluies est très marquée et devrait l’être plus encore dans les années à venir », reprend Patrick Monier. Or de question garde en tête la coulée de boue survenue le 5 novembre 2015 à Mariana, au Brésil, après la rupture d’un barrage de la compagnie minière Samarco sur l’une de ses mines de fer. Une coulée de boues de plusieurs millions de tonnes de déchets miniers avait pollué sur plusieurs centaines de kilomètres le fleuve Rio Docé et ses rives. L’accident, pour l’impact à long terme qu’il occasionne sur le milieu, a hérité du surnom de « Fukushima brésilien ».

Un mirage économique ?

Cette montagne d’or n’en voudrait donc pas la chandelle. D’autant qu’en face, les retombées positives pour la Guyane promises par le consortium Colombus Gold-Nordgold sont discutables, estime WWF-France. Sur l’emploi déjà. « Les subventions dont bénéficierait le projet Montagne d’or s’élèveraient à 420 millions d’euros sur la durée du projet, ce qui reviendrait à un coût de près de 560.000 euros pour chacun des 750 emplois créés, indique Pascal Canfin, directeur de WWF France. Un montant astronomique pour un projet en outre limité dans le temps. Une meilleure utilisation de cet argent public est possible en Guyane en l’investissant dans l’éco-tourisme par exemple ou l’agriculture. »

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Les opposants ne croient pas beaucoup plus dans le fait que ce projet « Montagne d’or » contribue à réduire l’orpaillage illégal en Guyane. C’est l’autre argument régulièrement avancé par les promoteurs du projet. Y compris par Emmanuel Macron ou Sébastien Lecornu, secrétaire d’État à la transition écologique, lorsqu’ils sont interrogés sur le sujet. Un projet industriel réglementé comme celui de la Montagne d’or serait l’alternative à cette activité clandestine qui mine le département d’outre-mer occasionnant pollution, insécurité et pertes économiques. En août dernier, l’État recensait 177 chantiers aurifères illicites actifs au sein du parc amazonien de Guyane.

« Mais en quoi le projet de la Montagne d’or permettrait de lutter contre ?, interroge Pascal Canfin. Cet orpaillage illégal a cours dans d’autres régions de la Guyane, n’utilise pas les mêmes techniques d’extractions [exploitation alluvionnaire] et emploie majoritairement des travailleurs clandestins venus du Brésil et du Suriname voisins. Il est bien plus probable que le projet Montagne d’or s’additionne à l’activité existante voire même renforce l’idée qu’il y a de l’or à trouver en Guyane. »

* La récupération de paillettes d’or dans les rivières via des procédés mécaniques et chimiques simples.