Pyrénées: Nicolas Hulot vend-il la peau de l’ours avant de l'avoir lâché?

BIODIVERSITE Nicolas Hulot a décidé de réintroduire deux femelles ourses dans les Pyrénées pour garantir la pérennité des plantigrades. Les pro-ours applaudissent à deux mains, les opposants sortent les griffes…

Helene Menal

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Un ours filmé au cours de l'été 2016 dans les Pyrénées par les caméras automatiques de l'ONCFS.
Un ours filmé au cours de l'été 2016 dans les Pyrénées par les caméras automatiques de l'ONCFS. — ONCFS / Equipe ours
  • Nicolas Hulot a annoncé son intention de réintroduire à l’automne deux ourses femelles dans les Pyrénées, dans le Béarn plus exactement.
  • Il s’agirait des premiers lâchers de plantigrades depuis 2006.
  • Les pro-ours qui réclamaient ces lâchers saluent la décision du ministre.
  • Mais dans le milieu pastoral, les opposants affichent leur détermination à empêcher l’arrivée des deux ourses.

Néré, 21 ans, et son fils Cannellito, 14 ans, se morfondent dans les Pyrénées occidentales, privés de dulcinée. Et pour cause, il n’y a pas de femelle ourse à cette heure pour batifoler avec eux dans le Béarn.

Mais Nicolas Hulot, le ministre de l’Ecologie, a décidé d’y remédier. Il a annoncé lundi soir son intention de réintroduire deux femelles dans le Pyrénées-Atlantiques à l’automne. Une décision dictée notamment par le fait que Cannellito est le fils de Cannelle, la dernière ourse de souche pyrénéenne, tuée en 2004 par un chasseur. « Je ne veux pas être le ministre qui assiste à la disparition de cette lignée », a déclaré Nicolas Hulot au Parisien.

Selon les derniers relevés officiels, qui ne tiennent pas compte des oursons qui vont surgir à la sortie d’hibernation, 39 plantigrades vivent actuellement dans le massif, mais essentiellement dans les Pyrénées centrales. Et du point de vue de la pérennité de l’espèce, qui n’est pas encore assurée selon les scientifiques, donc de la biodiversité, la décision de Nicolas Hulot est logique.

« Il s’agit d’une mesure d’urgence »

Elle répond d’ailleurs à une demande de longue date des associations pro-ours. Ces dernières applaudissent à deux mains, tout en restant prudentes. « On est encore au seuil de l’extinction de l’espèce dans cette partie des Pyrénées. Il s’agit donc d’une mesure d’urgence, réagit Alain Reynes, le directeur de l’association Pays de l’Ours-Adet, mais la vraie bonne nouvelle, ce sera quand les ourses seront lâchées. On espère que le gouvernement est déterminé »., « Bravo, Tenez bon, allez au bout », lance de son côté l’ association Ferus.

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Du point de vue politique, l’initiative du ministre est courageuse. Le débat sur l’ours est si vif dans les Pyrénées qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait depuis 12 ans voulu l’enflammer par de nouvelles réintroductions. Nicolas Hulot prend d’ailleurs la précaution de demander au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lancer une concertation avec les lâchers.

« On ne va pas se laisser tondre »

Une phase de dialogue qui ne peut être que courte d’ici l’automne et s’annonce d’ores et déjà extrêmement tendue. Car le monde pastoral sort ses griffes. « C’est un choix politique qu’il fait, celui de condamner l’élevage en optant pour l’ensauvagement des Pyrénées », s’insurge Marie-Lise Broueilh, la présidente de l’Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées. La bergère fustige « les naïfs qui croient qu’une cohabitation est possible ». Elle prévient que les opposants à l’ours « feront tout leur possible pour que ces lâchers n’aient pas lieu ».

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« On ne va pas se laisser tondre », conclut-elle en rappelant qu’une vraie concertation doit se faire avec les acteurs concernés, « pas pour plaire aux Bordelais, aux Toulousains ou aux Parisiens ».