Salon du survivalisme: Une première à Paris… Mais de quoi parle-t-on exactement?

SURVIE De vendredi à dimanche, la porte de la Villette accueille le Salon du survivalisme. Une première en France qui aura pour objectif de dédiaboliser ce mouvement souvent réduit à l’hurluberlu surarmé qui s’aménage un bunker au fond du jardin…

Fabrice Pouliquen

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Parmi les survivalistes, il y a ceux qui veulent renouer avec la nature sans forcément se préparer à des catastrophes. Une philosophie de vie que veut mettre en avant le premier Salon du survivalisme à Paris.
Parmi les survivalistes, il y a ceux qui veulent renouer avec la nature sans forcément se préparer à des catastrophes. Une philosophie de vie que veut mettre en avant le premier Salon du survivalisme à Paris. — Richard Gardner/Shutter/SIPA
  • Avec deux amis d’enfance, Clément Champault organise ce week-end le premier Salon du survivalisme en France et « même en Europe ». Il démarre ce vendredi à la porte de la Villette.
  • L’événement vise deux objectifs principaux : faire se rencontrer des survivalistes qui n’ont pas toujours conscience de l’être et dédiaboliser une philosophie de vie que beaucoup de survivalistes jugent caricaturée.
  • Mais, derrière l’image policée que veut renvoyer le salon, le sociologue Bertrand Vidal, spécialiste du survivalisme, note tout de même la présence parmi les conférenciers de Piero San Giorgo, proche des milieux d’extrême droite radicale.

Permaculture, aquaponie, couteaux, énergies renouvelables, gestes de premiers secours, plantes sauvages ou encore comportement animalier… On parlera de tout ça et de bien d’autres choses encore ce vendredi et pendant trois jours au Paris Event Center à la porte de la Villette.

Sur plus de 5 000 m² et avec plus de 200 exposants et une quinzaine de conférenciers, ​le site accueille la première édition du Salon du survivalisme. « Ce type de salon existe déjà depuis longtemps en Amérique du Nord, il doit y en avoir aujourd’hui une quinzaine entre les Etats-Unis et le Canada, glisse Clément Champault, cofondateur avec deux amis d’enfance de ce nouvel événement parisien. Mais en France, et même en Europe, ce sera une première. »

« Il y a plein de survivalistes qui s’ignorent »

Une mauvaise idée ? L’événement est en tout cas accueilli froidement par une partie des survivalistes, peu enclins à faire de la publicité autour de leur philosophie de vie. À l’image d’Alexandre, qui anime le site Internet Se-preparer-aux-crises qui a répondu par un long mail à notre demande d’interview. Il voit à la rigueur « une sortie inhabituelle agréable », mais craint sinon que ce salon « déborde de n’importe quoi hautement commercial, cher et qui ne servira pas en réalité ».

Alban Cambe, spécialiste du bushcraft, un art de vivre dans les bois autour duquel il organise des stages et a consacré un guide, Nature Aventure Survie, invite, lui, à regarder au-delà des stands. « Ce premier salon permettra de faire se rencontrer un grand nombre de survivalistes qui s’ignorent. », explique celui qui tiendra une conférence lors ces trois jours.

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Car le « survivalisme » reste un concept flou, sulfureux même, mais trop souvent caricaturé et moqué par les médias aux yeux des survivalistes. « Cette image du survivaliste belliqueux, passionné d’armes et qui se construit un bunker au fond de son jardin où il entasse des boîtes de conserve est trop souvent véhiculée dans les médias », décrivent Alban Cambe et Clément Champault.

Se démarquer du survivalisme des origines

Ce portrait n’est pas totalement une élucubration. « Il existe bien encore aujourd’hui un survivalisme fanatique, d’extrême droite, passionné d’armes, observe Bertrand Vidal, sociologue au Laboratoire d'études et de recherches sociologiques et ethnologiques de Montpellier et auteur des Survivalistes à paraître le 20 avril (éditions Arkhé). C’est le survivalisme des origines, tel qu’il a été théorisé aux Etats-Unis dans les années 1960 par Kurt Saxon. » Un pseudo que l’on peut traduire par le « Saxon tout court ». L’homme est un libertarien d’extrême droite, auteur de The Poor Man’s James Bond, un livret de la débrouillardise édité par l’imprimerie du parti nazi américain. « Il a inventé ce concept de survivalisme pour dire que la civilisation allait mal et qu’il fallait se préparer au pire, reprend le sociologue. Les peurs de Kurt Saxon étaient surtout liées au réchauffement de la guerre froide et à l’immigration. Et cette préparation consistait pour l’essentiel à renouer avec la nature, retrouver le pionnier du Far-West, cet homme capable de se débrouiller seul avec son couteau. »

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Voilà pour les origines. Bertrand Vidal reconnaît tout de même que la plupart des personnes se disant aujourd’hui survivalistes sont très loin des thèses de Kurt Saxon. « Au fil du temps a émergé un néosurvivalisme qui hésite d’ailleurs souvent à reprendre le terme de survivaliste pour se définir et lui préfère souvent celui de "preppers" [ceux qui se préparent], observe le sociologue. Il y a toujours des points communs avec le discours de Kurt Saxon : l’idée que demain sera pire qu’aujourd’hui, qu’il faut se préparer à une catastrophe éventuelle, mais aussi que la meilleure façon de faire face est de renouer avec la nature. En revanche, les peurs ne sont plus les mêmes. Il ne s’agit plus tant de la crainte d’une guerre nucléaire ou de l’immigration [même si Alexandre nous en parle dans son mail], mais bien des menaces environnementales, économiques ou technologiques. Le soulèvement des machines, par exemple. »

« Acquérir un peu d’autonomie, c’est faire du survivalisme »

Un portrait dans lequel ne se retrouve pas Alban Cambe. Il dit que le survivalisme est bien plus large et loin d’être obnubilé par le catastrophisme. « Toute personne qui cherche à acquérir un peu d’autonomie vis-à-vis de la société fait du survivalisme, résume-t-il. Celui qui installe des panneaux solaires sur le toit de sa maison, par exemple, ou celui qui veut tout simplement réapprendre de vieilles astuces oubliées fondées sur le bon sens et la nature. Comme savoir faire ses propres boîtes de conserve, s’orienter sans boussole juste par la forme des plantes et des arbres, faire son propre abri… »

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C’est incontestablement cette vision « positive » du survivalisme que veut mettre en avant le premier Salon du survivalisme à Paris. « Dédiaboliser cette philosophie de vie est l’un des enjeux forts de ce premier salon », clame Clément Champault qui présente son salon comme non-religieux et apolitique. Ou encore sans armes à feu, l’une des thématiques fortes du survivalisme américain et régulièrement abordés sur les sites francophones consacrés au survivalisme. « Nous parlerons dans ce salon d’un éventail large de catastrophes plausibles, mais en s’attardant surtout sur les façons positives de s’y préparer, poursuit Clément Champault. Avec de gros focus sur l’autonomie énergétique, la gestion de l’eau ou les activités de plein air. » Et, pour en parler, une alpiniste, un agriculteur, un diététicien nutritionniste, des organisateurs de stages de survie, des représentants de l’armée…

Piero San Giorgo, l’invité gênant ?

Dans la liste, Bertrand Vidal bloque tout de même sur un nom. Celui de Piero San Giorgo, l’auteur de Survivre à l’effondrement économique qui donnera deux conférences au cours du salon. « Même si le mouvement survivaliste s’est assagi et qu’on peut estimer le profil des survivalistes aujourd’hui très divers, il y a toujours une frange pour laquelle il est nécessaire de désigner un ennemi, de se préparer à une crise, observe le sociologue. Ce risque est vague, pas clairement défini et donc facilement récupérable par des personnalités très limites, aux idées d’extrême droite. C’est le cas de Piero San Giorgo. »

Le Suisse, ami d’Alain Soral, est un admirateur de Jean-Marie Le Pen et de Serge Ayoub, expliquait le magazine Les Inrockuptibles en avril dernier. Dans une discussion filmée en novembre 2016 avec le youtubeur d’extrême droite Daniel Conversano, Piero San Giorgo soutenait que « mis sous pression, la véritable nature des Européens, c’est d’être un Waffen SS, un lansquenet, un conquistador… ».

« Nous avons beaucoup hésité avant de l’inviter, explique à 20 Minutes Clément Champault. Mais on organise le Salon du survivalisme et Piero San Giorgo est la personnalité survivaliste la plus connue et la plus suivie dans le milieu survivaliste francophone. » Tant pis pour ses idées ?