En Nouvelle-Aquitaine, le serpent voudrait retrouver toute sa place

BIODIVERSITE Victime de sa mauvaise réputation et de l'urbanisation qui fragmente son habitat, le serpent est en voie de disparition dans la région...

Mickaël Bosredon

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La coronelle lisse, ou Coronella austriaca, est une espèce que l'on trouve en Nouvelle-Aquitaine, notamment dans les Pyrénées.
La coronelle lisse, ou Coronella austriaca, est une espèce que l'on trouve en Nouvelle-Aquitaine, notamment dans les Pyrénées. — Association Cistude Nature
  • On recense huit espèces de serpents dans la région, dont une espèce endémique, la vipère de Seoane.
  • Considéré comme un animal à mobilité réduite, le serpent est particulièrement sensible à l'urbanisation des zones naturelles.
  • La solution pour le sauvegarder passe par la création de sanctuaires.

Longtemps délaissés, les serpents sont, aujourd’hui, « un groupe à conserver en toute priorité » estime le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, qui soutient l’association Cistude Nature, spécialisée dans la conservation de l' herpétofaune, dans son programme de conservation de ces espèces. Celui-ci porte sur le recensement des espèces, et la sensibilisation du grand public. Matthieu Berroneau, herpétologue au sein de l’association, nous dit pourquoi il faut sauvegarder le serpent.

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Quels types de serpents trouve-t-on en Nouvelle-Aquitaine ?

Huit espèces sont recensées dans la région, notamment la couleuvre verte et jaune, la coronelle girondine et la coronelle lisse, la vipère aspic et la vipère de Seoane, une espèce endémique du Pays Basque. « On trouve des espèces de milieux chauds, comme la coronelle girondine sur les dunes, le sable chaud ou encore les pelouses sèches de Dordogne et du Lot-et-Garonne, et d’autres de milieux froids, comme la coronelle lisse dans les Pyrénées. La couleuvre verte et jaune on la trouve un peu partout, sauf en altitude. »

Ces espèces sont-elles dangereuses ?

« L’ensemble de ces couleuvres est non-venimeuse, insiste Mathieu Berroneau. En revanche, les deux vipères le sont, mais elles sont devenues très rares, et elles ne mordent quasiment jamais. Il faudrait vraiment se retrouver à marcher dessus pieds nus pour se faire mordre. Ce serait pas de chance. A titre de comparaison, on recense dans la région une morsure de vipère aspic tous les dix ans, contre 5 à 6 morsures de chiens par an… Les cas de morsures de serpents sont essentiellement le fait de chercheurs qui font une mauvaise manipulation quand ils en attrapent un. »

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Ces espèces sont-elles en voie de disparition ?

Pas toutes, mais globalement oui, même s’il n’existe pas de statistiques précises. « Cela dit on peut comparer avec des écrits de naturalistes il y a un siècle, qui parlent de la vipère aspic comme "abondante" dans tel ou tel parc bordelais, alors qu’aujourd’hui il n’y en a plus du tout. Idem pour la vipérine qui était décrite comme présente dans l’agglomération bordelaise, or elle a disparu depuis. »

Quelles sont les raisons de l’extinction de ces espèces ?

Essentiellement l’urbanisation. « Le serpent est ce qu’on appelle un animal à mobilité réduite, et la construction de routes, de plus en plus nombreuses, lui est très préjudiciable à plusieurs égards : cela détruit son habitat, crée des barrières entre ses zones de vie, une fragmentation qui le pousse à traverser les routes, et à se faire écraser. »

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Dans l’agglomération bordelaise, « la pression immobilière est très forte » et a chassé l’animal de ce périmètre. « On aura du mal à lutter contre ce phénomène, admet Matthieu Berroneau, alors ce qu’il faut à minima, c’est créer des sanctuaires. » La mauvaise réputation du serpent le dessert également, puisque l’homme a tendance à tuer l’animal lorsqu’il en trouve dans son jardin…

Pourquoi faut-il sauvegarder les serpents ?

Parce qu’ils jouent tous « un rôle au sein de la chaîne alimentaire : certains sont les prédateurs naturels de petits rongeurs, quand d’autres sont les proies de grands rapaces. » Mathieu Berroneau estime toutefois que « les animaux n’ont pas nécessairement besoin d’être utiles pour être conservés. Le serpent est-il plus utile que le rouge-gorge ? Je ne le pense pas, mais il ne l’est pas moins non plus. Tout cela est une histoire de mauvaise réputation, d’où l’importance de travailler à la sensibilisation auprès des serpents, davantage même que pour une autre espèce. Ce sont des animaux très beaux et très intéressants. Cela passe par la formation du grand public, notamment les enfants, car on sait maintenant que la peur du serpent n’est pas innée, mais qu’elle se transmet. »