VIDEO. Yvelines: Aux portes de Paris, une décharge sauvage et à ciel ouvert grande comme «sept terrains de foot»

DECHETS Depuis plus de dix ans, la plaine qui s’étend de Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines a été rendue impropre à l’agriculture…

Caroline Sénécal

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Decharge sauvage dans les Yvelines, sur la plaine entre Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes.
Decharge sauvage dans les Yvelines, sur la plaine entre Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Aujourd’hui, plus de 5.000 tonnes de déchets visibles recouvrent le sol de la plaine.
  • Les différents propriétaires des parcelles ont placé cet espace naturel en jachère.
  • En 2017, le volume de détritus a triplé en l’espace de quelques mois sur la plaine.

Des déchets à perte de vue. À moins de trente kilomètres de Paris, il y a la mer… Une mer de déchets, un véritable raz-de-marée de pollution pour l’air et le sol des Yvelines. Amiante, bois, pneus, baignoires, tuiles, carcasses de voitures… Depuis plus de dix ans, la plaine, qui s’étend de Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes, a été rendue impropre à l’agriculture avec la découverte de métaux lourds dans le sol. Ils provenaient des effluents (eau véhiculant une certaine charge polluante) de la Seine.

Dans les Yvelines, la plaine qui s'étend de Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes est couverte de 5.000 tonnes de déchets.
Dans les Yvelines, la plaine qui s'étend de Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes est couverte de 5.000 tonnes de déchets. - 20 Minutes / Maps4News

Ce spectacle de désolation émerge en 2007. Des groupes (gens du voyage, personnes en situation de précarité, etc.) s’installent à proximité de la plaine. Ils l’investissent et décident de s’y établir. S’il est difficile de connaître les véritables responsables de cette multiplication des déchets, certains accusent également des entreprises du bâtiment et des particuliers venus jetés leurs détritus. Impuissants, les différents propriétaires des parcelles placent cet espace naturel en jachère. Aujourd’hui, plus de 5.000 tonnes d’éléments visibles recouvrent le sol de ces terres.

61 zones de déchets

« Il faut absolument réagir maintenant, même si la disparition de ces déchets risque de prendre plusieurs années, détaille Bruno Millienne, député de la neuvième circonscription des Yvelines. Les élus ont mis du temps à réagir. Le gouvernement s’est emparé du dossier sérieusement depuis mercredi dernier. »

Le ministère de la Transition écologique et solidaire a remonté l’ensemble de l’historique de cet amassement. Il cherche de réelles solutions. « Nous nous y rendrons en temps venu. Il ne s’agit pas de simplement constater les dégâts et faire de belles promesses, mais bel et bien d’aboutir à des réponses concrètes à fournir aux élus », explique Bruno Millienne. Contactée par 20 Minutes, la préfecture des Yvelines n’a pas répondu à nos questions.

>> À lire aussi : Où sont passées les 200 tonnes de déchets bloqués sur un barrage de la Seine ?

En 2017, le volume de détritus a triplé en l’espace de quelques mois. « Cela ne peut plus durer, il faut que les gens sachent ce qu’il y a ici », souligne Alban Bernard, citoyen de Carrières-sous-Poissy. Cet homme engagé et révolté est à l’origine de la création de la page “Déchargeons la Plaine”. Le 27 janvier 2018, il part se balader sur l’ancien espace de maraîchage. Il se sent comme noyé dans cet « océan de terreur ». Il relaie une vidéo sur son site Internet. Depuis, il poste régulièrement des photographies des dégâts. Il a par ailleurs réalisé une cartographie où il répertorie pas moins de soixante et une zones de déchets.

Encore quatre accès à la décharge

Le 30 janvier 2018, Alban Bernard lance une pétition à destination de Nicolas Hulot, ainsi qu’aux élus locaux de Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes. « Nous avons atteint les 1.187 signatures ce matin. J’aimerais bien aboutir à 2.000 prochainement. » L’objectif de cette action ? Une prise de conscience de la population de la problématique environnementale, sanitaire et écologique.

« Aujourd’hui, la plaine est sécurisée à 80 % selon moi, détaille Alban Bernard. Il reste encore quatre accès pour pénétrer à l’intérieur de la zone. Depuis quelques mois cependant, je n’ai pas constaté de gros dépôts de déchets. »

Bruno Millienne envisage une solution écologique. « Il faudrait se servir de cette terre polluée pour lancer une expérimentation environnementale de dépollution par les végétaux. » Des plantes sont aujourd’hui capables de traiter et d’assainir la terre. Tous ces acteurs tendent à redonner sa fonction première à la plaine : le maraîchage.

Pour Alban Bernard, l’Etat doit prendre conscience et demander à la communauté urbaine d’engager le nettoyage. Il organise la deuxième mobilisation contre les déchets, le samedi 31 mars 2018 à 10h45 à Carrières-sous-Poissy. « Nous demandons à l’État un plan d’urgence pour nettoyer ces déchets. Ils représentent près de sept terrains de football. »