Déchets nucléaires: A quoi va servir le nouveau débat national sur le projet Cigéo à Bure?

NUCLEAIRE Ce mercredi, Sébastien Lecornu, secrétaire d’État à la transition énergétique, a annoncé une série de nouvelles concertations autour du projet controversé d’enfouissement des déchets radioactifs les plus dangereux. A commencer par un débat national cet automne...

Fabrice Pouliquen

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Des opposants au projet Cigéo tentent de revenir dans le bois Lejuc, épicentre de la contestation, le 3 mars 2018.
Des opposants au projet Cigéo tentent de revenir dans le bois Lejuc, épicentre de la contestation, le 3 mars 2018. — AFP

« Il y a urgence à concerter, il n’y a aucune urgence à brûler les étapes », lance Sébastien Lecornu, secrétaire d’État à la transition énergétique ce mercredi, à la sortie d’une nouvelle réunion de concertation, au ministère, sur le projet Cigéo.

Le projet, confié à l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), consiste à enfouir les déchets nucléaires français les plus radioactifs sous une épaisse couche d’argile, à 500 mètres sous terre, à Bure dans la Meuse. Le dossier est à l’étude depuis 1991 et les premiers déchets pourraient y être stockés à partir de 2030.

Mais ce projet Cigéo continue à cristalliser les oppositions. Des échauffourées entre forces de l’ordre et opposants au projet ont fait des blessés ce dimanche encore et le 22 février dernier, le ministère de l’intérieur, Gérard Collomb, lançait une opération de gendarmerie musclée pour « mettre fin à l’occupation illégale » du Bois Lejuc, épicentre de la lutte contre le projet Cigéo.

Un débat national entre septembre et décembre

« Nous avions alors des informations selon lesquelles des projets de construction en dur étaient prévus par les opposants dans le bois Lejuc par les opposants dans les mois à venir, justifie aujourd’hui Sébastien Lecornu. Il fallait restaurer un état de droit. »

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Pour autant, le secrétaire d’État assure que le débat n’est pas clos et que ce projet Cigéo peut encore être rebattu. À ce titre, un nouveau débat national sera organisé entre septembre et décembre sur la gestion des déchets radioactifs et qui inclura la question de l’enfouissement profond des déchets les plus radioactifs. Il sera organisé sous l’égide de la commission nationale du débat public.

En parallèle, Sébastien Lecornu annonce également la création prochaine d’un centre de ressources en ligne autour de ce projet Cigéo. Il compilera toutes les études réalisées sur l’ensemble des études sur Cigéo, « mais aussi tous les écrits des opposants au projet », assure le secrétaire d’État qui veillera à ce que cette plateforme soit interactive, avec des réponses apportées dans un bref délai aux questions posées par les internautes.

Une énième consultation ?

Toujours dans les nouvelles formes de concertation, une commission d’enquête sera mise sur pied pour étudier la façon dont les pays étrangers gèrent leurs déchets nucléaires, notamment les colis bitumineux dont l’enfouissement pose potentiellement des problèmes à Bure.

Reste à savoir ce que cette nouvelle phase de concertation apportera de plus, le dernier débat national sur le projet Cigéo datant de 2013. « Que ce souit les pro ou les anti-Cigéo, tous demandent ce nouveau débat, répond Sébastien Lecornu.

Mais pourra-t-il déboucher sur un arrêt du projet si la majorité des avis l’exige ? Le secrétaire d’Etat botte en touche. « La vraie question du débat n’est pas pour ou contre Bure, explique-t-il. Elle est avant tout de savoir comment on gère nos déchets nucléaires qui existent pour partie déjà et qui sont radioactifs sur 100.000 ans. Si on dit non au projet Cigéo, il faudra trouver une autre solution. Ce serait criminel de laisser les futures générations prendre cette responsabilité à notre place. »

Le projet de Cigéo reste « la solution qui tient la corde »

En attendant, l’enfouissement profond des déchets nucléaires à Bure est l’« option qui tient la corde », poursuit Sébastien Lecornu. La moins pire des solutions pour reprendr les mots de Nicolas Hulot. La solution la plus raisonnable pour reprendre l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). »

Les opposants au projet Cigéo préconisent eux un stockage en surface ou en sub-surface (sous une faible couche), une solution qui a l’avantage de ne pas être irréversible et de pouvoir ainsi récupérer les déchets radioactifs si une meilleure solution de stockage émerge à l’avenir. « Mais on parle de déchets radioactifs sur des centaines de milliers d’années, rétorque Sébastien Lecornu. Il faut être capable de sécuriser le site sur une aussi longue période, de garantir un État souverain et stable. »