Pollution: On a déjà dépassé notre dose annuelle d'exposition aux particules fines

ENVIRONNEMENT En région parisienne, où sévit un pic de pollution aux particules fines depuis mercredi, la qualité de l’air reste moyenne ce vendredi…

Anissa Boumediene

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La Tour Eiffel aperçue à travers un nuage de pollution aux particules fines, le 14 mars 2014 à Paris
La Tour Eiffel aperçue à travers un nuage de pollution aux particules fines, le 14 mars 2014 à Paris — PATRICK KOVARIK AFP
  • La région parisienne connaît un pic de pollution aux particules fines depuis mercredi.
  • Ce vendredi, la qualité de l’air reste moyenne.
  • Trafic automobile et chauffage sont de fortes sources d’émissions de particules fines, très nocives pour la santé.

Le soleil brille sur Paris. Mais la pureté du ciel azur au-dessus de la capitale est d’être raccord avec la qualité de l’air qu’on y respire plus bas. La région parisienne connaît depuis ce mercredi un pic de pollution atmosphérique. Si ce vendredi, il n’est plus question de pic mais, cran en dessous, d’épisode de pollution de l’air aux particules fines, la qualité de l’air reste mauvaise. Et la circulation différenciée, réclamée ce jeudi à la préfecture de Paris par la maire Anne Hidalgo, n’a pas été mise en place. Pour inciter les Franciliens à quand même laisser leur voiture au parking, la Région a déclenché pour la journée de vendredi le forfait « antipollution » pour les transports en commun. Paris connaît un épisode de pollution aux particules fines depuis deux jours et un troisième est annoncé pour vendredi, a précisé Airparif.

Une pollution aux particules fines « majoritairement importée »

Au début de l’épisode qui a démarré mercredi, le niveau de pollution aux particules fines PM10 (au diamètre inférieur à 10 micromètres (µm)) a atteint des niveaux compris entre 60 microgrammes (µg) et 65 µg par mètre cube en plein cœur de Paris. Avec des pointes à 100 µg/m3 au niveau du boulevard périphérique. Et « l’épisode de pollution que nous connaissons cette semaine est caractérisé par des particules très fines, les PM2,5 (dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres (µm)) », indique Charlotte Songeur, ingénieure à Airparif. La pollution atmosphérique observée depuis le milieu de la semaine « a majoritairement été importée sur l’Ile-de-France, poursuit-elle. Le vent de nord-est qui souffle actuellement a apporté sur la France une forte pollution qui était jusqu’alors installée sur le nord-est de l’Europe, cela représente environ 80 % de la pollution en cours ». Les 20 % restant, eux, sont le fruit des conditions météorologiques.

De quoi accroître le risque d’un retour de seuils élevés la semaine prochaine, avec la vague de froid qui va déferler. « Grand froid la nuit, soleil le jour : cela augmente la part des émissions de particules fines liées au chauffage », ajoute Charlotte Sauveur. « D’après leur composition, ajoute l’organisme, elles proviennent principalement du trafic et de l’agriculture [épandage d’engrais] et sont davantage présentes à proximité des axes routiers avec des concentrations 5 % à 20 % plus élevées. »

Des particules fines dangereuses pour la santé

Jeudi, la qualité de l’air restait mauvaise, et ce vendredi, elle est « moyenne », indique Airparif et ce week-end, « la qualité de l’air devrait revenir à des seuils plus faibles », assure Charlotte Sauveur.

Mais les seuils déterminés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui recommande de ne pas dépasser une exposition à 50 µg/m3 plus de trois jours par an, ont été dépassés. Et en ce mois de février, les Franciliens ont d’ores et déjà dépassé leur dose annuelle de pollution aux particules fines. « 95 % de la population française vit dans un environnement qui dépasse les seuils de l’OMS », déplore Charlotte Sauveur.

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Or les particules fines sont dangereuses pour la santé. Elles « sont à l’origine de maladies cardiovasculaires, respiratoires, métaboliques (diabète), neurodégénératives (Alzheimer), elles sont cancérigènes et les femmes enceintes qui y sont exposées ont des risques d’avoir des enfants autistes ou qui naissent avec un retard de croissance », rappelait à l'occasion d'un précédent pic de pollution Isabella Annesi-Maesano, épidémiologiste des maladies liées à la pollution atmosphérique à  l’Inserm.

Laisser la voiture au garage

Pour sortir de ce pic de pollution, il n’y a pas de secret : à chacun d’apporter sa petite pierre à l’édifice en adoptant des gestes moins polluants. Première mesure préconisée par les pouvoirs publics : laisser la voiture au parking au profit des transports en commun. Et pour booster les bonnes volontés, la mairie de Paris a opté pour la gratuité du stationnement résidentiel ce vendredi et appel les Franciliens à privilégier les transports en commun.

Jeudi, la maire de Paris a réclamé la mise en place de la circulation différenciée, qui permet ou non aux véhicules de circuler en fonction de leur vignette Crit’Air. « Tous les efforts doivent être faits pour protéger la santé des Parisiens. La réduction du trafic automobile à Paris est un enjeu de lutte contre la pollution et de santé publique majeur qui nécessite la mobilisation et la détermination de tous », indiquait jeudi Bruno Julliard, premier adjoint de la maire PS de Paris Anne Hidalgo. Mais la Préfecture de Paris n’a pas suivi cette requête. « La Préfecture peut recourir à un ensemble de différentes mesures afin de réduire la pollution de l’air, comme l’abaissement de la vitesse autorisée ou des mesures de restriction de la circulation des poids lourds, indique Charlotte Songeur, d’Airparif. La mise en place de la circulation différenciée est la mesure de dernier recours, la plus importante et la plus compliquée à mettre en place. Et la question d’y recourir est posée à chaque fois que les seuils d’alerte sont dépassés », assure-t-elle.

Souvent taxées d’être d’une efficacité très modérée, les mesures de restriction de la circulation ont toutefois un effet sur la réduction de la pollution de l’air. « Lors du pic de pollution de mars 2014, avec des seuils élevés pendant plus de trois semaines, la mise en place de la circulation alternée (selon la plaque d’immatriculation paire ou impaire du véhicule), a entraîné une réduction du trafic de 18 % et de 6 % du taux de particules fines », souligne Charlotte Sauveur, d’Airparif, qui rappelle que « l’automobiliste est le premier exposé à cette pollution, dont le niveau est plus élevé de 5 à 20 % sur le périphérique. Lutter contre les épisodes ponctuels de pollution ne suffit pas, c’est à la pollution chronique qu’il faut s’attaquer ».

Privilégier les transports en commun

Faute de circulation différenciée, pour faire face à ce pic de pollution, Valérie Pécresse, présidente LR d’Ile-de-France Mobilités (ex-Stif) et de la région Ile-de-France, a décidé de déclencher le forfait « antipollution » sur l’ensemble du réseau de transports en commun francilien pour la journée de vendredi, annonce un communiqué. Ce forfait toutes zones, créé en 2017, permet de voyager au tarif de 3,80 euros pour la journée.

Son objectif est « d’inciter les Franciliens à laisser leur véhicule au garage et de privilégier les transports collectifs durant cet épisode de pollution ». Le coût de cette mesure est estimé à 500.000 euros par jour.