Un parasite dévastateur menace de disparition la grande nacre de Méditerranée

OCÉAN Un parasite qui pourrait venir du Japon décime les grandes nacres de Méditerranée en pondant dans leur tube digestif…

Adrien Max

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Un spécimen de grande nacre de Méditerranée.
Un spécimen de grande nacre de Méditerranée. — Nardo Vincente
  • Le professeur Nardo Vicente, directeur scientifique de l’institut Paul-Ricard, dans le Var, est inquiet : l’un de ses anciens élèves a constaté une mortalité de 100 % des nacres de Méditerranée en Espagne.
  • Il craint que le parasite, qui tue la nacre en pondant dans son système digestif, n’arrive sur les côtes françaises.
  • Pour cela, il appelle tous les plongeurs à lui envoyer des photos pour collecter un maximum d’informations.

Le deuxième plus grand coquillage du monde est menacé de disparition dans les eaux de la Méditérrannée. Le professeur Nardo Vicente, directeur scientifique de l’institut océanographique Paul Ricard, basé dans le Var, est très inquiet du sort de la grande nacre de Méditerranée.

Je travaille sur ce coquillage depuis les années 1970. Un de mes anciens élèves, qui est désormais à Alicante en Espagne, a constaté une très forte mortalité de l’espèce à partir de septembre 2016 », explique-t-il.

Ce phénomène, qui entraîne une mortalité de 100 %, a pu être observé dans le sud de l’Espagne, vers Valence, Murcie puis vers les îles Baléares. « C’est un parasite unicellulaire qui pond dans l’appareil digestif de la nacre, ce qui la tue. Il s’appelle Haplosporidium », détaille le professeur.

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Appel aux plongeurs

Ce parasite est bien connu puisqu’il a largement décimé l’ostréiculture californienne. Selon le chercheur, il arriverait du Japon, où les huîtres y résistent très bien, dans les eaux de ballast. Problème, le parasite ne s’arrêterait pas au sud de l’Espagne. « Il arrive au niveau de la Catalogne où une forte mortalité a été constatée, ainsi que dans le Golfe d’Ajaccio », s’inquiète Nardo Vicente. Il se déplacerait au gré des courants.

Le professeur Nardo Vincente en train de mesurer une nacre.
Le professeur Nardo Vincente en train de mesurer une nacre. - Rémy Simide

Pour surveiller l’évolution du phénomène, Nardo Vicente en appelle à tous les plongeurs de Méditerranée, amateurs comme professionnels, qui peuvent lui envoyer des photos*. « Le but est de mettre en place un réseau de vigilance de Monaco à Perpignan. Ils m’envoient des photos de spécimen ce qui me permet d’avoir des infos au jour le jour », se satisfait ce spécialiste de la nacre qui les référence dans un catalogue. Pour l’instant elles vont bien, mais Nardo Vicente ne baisse pas la garde.

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Enregistreur de l’évolution

La mobilisation de ces acteurs a permis de sauvegarder les espèces d’Espagne qui pouvaient encore l’être. « Tous les laboratoires s’y sont mis, ils ont pu récupérer 250 nacres qui y vivent dans un milieu fermé afin de maintenir l’espèce », raconte-t-il.

En plus d’être le deuxième plus gros coquillage du monde, derrière le bénitier géant, la nacre peut vivre jusqu’à 40 ans, et donc collecter autant de précieuses informations.

Elle a la fonction d’un enregistreur sur les paramètres du milieu. C’est une espèce clef de l’écosystème qui permet de voir l’évolution du milieu », prévient Nardo Vicente.

Un coquillage d’autant plus important que le scientifique a constaté une disparition de près de 30 % de la biodiversité en Méditerranée depuis 1996.

*nardo.vicente@institut-paul-ricard.org